Le premier grand débat : antidote ou poison de la campagne ?

Il y a deux manières de considérer le grand debat de ce soir, entre les cinq principaux candidats à la présidentielle, comme il y a deux manières de considérer les primaires : salut ou aveux de faiblesse démocratique ? On a pu souligner la forte participation aux primaires comme on insistera demain sur le fort niveau d’audience du débat. On évoquera alors le fait que « oui, les Français s’intéressent vraiment à la politique », que l’on aura assisté à un « beau moment de démocratie » et que ce débat aura pu offrir « une séquence d’explication avec les Français, les yeux dans le yeux ». Bref, on saura se rassurer sur la stabilité retrouvée de notre système démocratique, à quelques semaines du premier tour. Vraiment ?

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Le Roi Hamon ?

imageComment comprendre la première place de Benoît Hamon au premier tour des Primaires de la gauche ?

Il est possible de raisonner d’abord selon les clivages et jeux d’opposition traditionnels du monde politique, en voyant dans la première place de Benoît Hamon une victoire des Frondeurs et une prise de distance des électeurs de gauche avec le bilan de François Hollande et de son premier ministre. Dans une telle optique, on peut entendre ici et là que le vote en faveur de Benoît Hamon est un vote « plus à gauche », « plus socialiste » que le vote en faveur de Manuel Valls. Ou un pur vote de rejet à l’encontre de ce dernier.

Mais il est plus intéressant d’analyser ce score à la lumière des évolutions actuelles de la gauche. Lire la suite

Ségolène, nouvelle Jeanne d’Arc de la Primaire ?

jeanne-darc-segoAprès avoir vertement critiqué Manuel Valls sur le 49-3 et affiché son intérêt pour Emmanuel Macron sur Europe 1 ce dimanche, Ségolène Royal semble vouloir jouer les trublions dans la Primaire de gauche. Elle qui a toujours accordé de l’importance à Jeanne d’Arc voudrait bien, au fond, devenir l’arbitre de cette Primaire et du rassemblement de la gauche – non tant pour « faire » le prochain Roi de France que pour se préparer un nouveau rôle clé, loin des bûchers de l’oubli dans lesquels pourrait l’entrainer la fin du règne de François Hollande. Cachant moins que jamais ses différends avec Manuel Valls (concurrent de l’impossible rassemblement), Ségolène Royal a reçu le 4 janvier dernier Emmanuel Macron, autre personnalité passionnée par la pucelle d’Orléans, et parti en cavalier seul dans la course à l’Elysée. Tout en montrant ainsi sa grande liberté dans le cadre de la Primaire, Ségolène Royal veut afficher sa capacité à dialoguer avec chacun (elle dit avoir été contactée aussi par Benoït Hamon) et à se poser en dernier recours pour rassembler la gauche.

Ce n’est donc aucunement un hasard si l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 exposait tout récemment ses connivences avec Jeanne d’Arc lors de l’émission « Et si c’était vous ? », elle qui a passé son enfance dans un village des Vosges « non loin de Domrémy ». Fascinée enfant par un vitrail de l’église de son village représentant Jeanne d’Arc, elle en fait lors de cet entretien une quasi sainte-patronne républicaine, figure féministe et émancipatrice, symbole en creux des échecs de la gauche :

je viens d’une famille catholique, pratiquante, donc j’allais à la messe tous les dimanche, et même aux vêpres l’après-midi, donc vous voyez… et il y avait dans cette église la seule figure féminine, à part Marie, Jeanne d’Arc qui était magnifique, avec cet oriflamme, ce drapeau…[…]

la gauche a abandonné Jeanne d’Arc, la gauche a abandonné la nation, la gauche a abandonné la valeur travail […], la gauche avait abandonné la famille [….] par fragilité idéologique ou en se laissant déborder par une réappropriation de ces symboles par la droite.

Elle dit respecter les positions de ceux qui se sont mobilisés contre le Mariage pour Tous tout en récusant les débordements qui se sont exprimés et en refusant tout affichage de la foi en politique. Cette dernière « n’a pas à venir dans le champ politique ». Le transfert du sacré est pourtant assumé, pour Ségolène Royal, de l’Eglise à la politique.

Le dépistage des candidats catholiques continue

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Dans un article paru hier sur son site d’information catholique, Aleteia propose de se pencher sur les candidats de la Primaire de la gauche pour se demander lequel est le plus catholique.

La pratique n’est que la prolongation des analyses précédentes sur les candidats de la Primaire de la droite et du centre : la volonté d’attribuer des labels de catholicité en politique, à partir du rapport du candidat à des marqueurs catholiques et à partir de sa manière de les faire exister médiatiquement. Dans l’article d’Aleteia, on analyse à la fois la participation du candidat aux rites, son rapport à la foi, ses déclarations publiques et… son rapport à la franc-maçonnerie. Que dit cette attitude des catholiques ? Que signifie-t-elle pour la vie de foi et la vie politique ?

Politiquement, le débat en ressort fortement appauvri. Il suffit de cocher des cases en matière de comportement, d’ancrage sociologique, de croyance. On est bien loin d’une analyse politique de fond. On parle des Primaire comme d’une course de petits chevaux où il faut repérer de loin dans le brouillard qui a un dossard aux couleurs catholiques. Mais ces Primaires ont-elles du sens ? Parviennent-elles à renouveler les idées politiques ? Que disent-elles des évolutions de la gauche et des options politiques dans notre pays ? Au-delà même du fait de se lamenter sur la non participation des Poissons roses à la compétition, on peut aussi faire le constat de l’élimination d’autres outsiders comme Fabien Verdier. Le déroulement de la Primaire est une mauvaise nouvelle pour la politique en général et les catholiques devraient en premier lieu s’exprimer sur ce point, en n’oubliant pas la haute estime dans laquelle la doctrine sociale de l’Eglise tient la politique, « forme la plus haute de charité » pour le Pape François.

Être catholique devient toujours plus un marqueur sociologique, une donnée communautaire. Dire « les cathos » ou alors dire de quelqu’un « il est bien catho » renvoie à un ensemble de critères qui dépassent largemment la vie de foi : pas seulement la croyance mais la participation forte aux rites, à laquelle s’ajoute l’apparence vestimentaire, pas seulement l’adhésion à la doctrine sociale de l’Eglise mais l’affirmation de son discours spécifique sur les questions éthiques, voire un engagement continu autour de ces combats, qui permettent de se démarquer socialement, … Cela soulève deux questions : celle de la place des catholiques qui ne se reconnaîtraient pas dans ces marqueurs identitaires dans l’Eglise, qui est au fond celle de notre capacité à accepter des différences d’interprétation et la mise en débat, et, d’autre part, la question de l’assimilation de la foi à des marqueurs sociologiques. La cristallisation d’une « communauté catholique », par le fait même de ses spécificités dans le monde contemporain, devrait soulever toujours davantage ces questions.

Pas de candidature des Poissons Roses à la primaire de gauche

Poissons RosesDans La Croix :

Les Poissons roses ne porteront finalement pas de candidature à la primaire « citoyenne » organisée par le Parti socialiste. Leur candidat, Régis Passerieux, ancien cadre du PS et ancien maire d’Agde (Hérault), n’a pas réuni les parrainages nécessaires avant la date limite de dépôt des candidatures, jeudi 15 décembre.

Dans un communiqué diffusé jeudi, les Poissons roses assurent d’ailleurs que sa candidature « a reçu le plus souvent un accueil personnel favorable » lors des rencontres avec les parlementaires. « Retisser les liens partout, fonder une nouvelle économie du partage et de la connaissance, poser des limites à la démesure des désirs des consommateurs, notre message n’a pas laissé indifférent », assure le même texte.

« Nous n’avons plus de place au PS, il faut le dire. Notre vision spirituelle et personnaliste est rejetée par la direction du PS », déplore Philippe de Roux, le porte-parole du courant chrétien, soulignant que les Poissons roses n’ont même pas été reçus par le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis.

Pour Philippe de Roux, « cette fermeture est suicidaire pour la gauche ». « Nous représentons beaucoup de monde, en particulier dans tous les réseaux de l’action sociale, prévient le porte-parole. Mais aussi un pont avec les musulmans qui ont déserté le PS, principalement en raison des options sociétales. »

« Une grande recomposition est inévitable à gauche », veut croire le porte-parole des Poissons roses après ce désaveu.

Fillon ou le mythe du raz-de-marée catholique

Pope Benedict XVI (R) poses next to French prime minister Francois Fillon (C) and his wife Penelope and their sons Antoine and Edouard during a private audience at the Vatican on October 10, 2009. AFP PHOTO / ALBERTO PIZZOLI
AFP PHOTO / ALBERTO PIZZOLI / 2009

La petite chanson commence à tourner en boucle sur les réseaux sociaux : contre les sondages et les journalistes, les catholiques auraient fait l’élection du candidat de la droite et du centre pour la présidentielle, en soutenant massivement François Fillon. La preuve ? L’opération séduction menée par François Fillon au cours de sa campagne en direction des catholiques, le ralliement de Sens Commun et, in fine, le vote masssif des départements de l’Ouest en sa faveur. Dédaigneux, refusant de percevoir le poids réel des catholiques en politique, les médias, aveuglés, auraient bien mérité leur claque. Un fabuleux come back au coeur des fantasmes de la Manif pour Tous.

Qui sont les tenants de cette hypothèse ? On les trouve en premier lieu dans le champ médiatique (voir notamment ici et ici) , souvent du côté de ceux qui n’avaient pas prévu la victoire de François Fillon, Lire la suite

Primaires : qui aura la bénédiction des catholiques ?

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Dimanche la messe sera dite. En attendant, les candidats à la Primaire de la droite et du centre ont envoyé quelques derniers signaux à l’électorat catholique, dans une opération séduction des plus ostensible.

Après des participations remarquées aux solennités du 15 août (Juppé, Fillon, Sarkozy), certains candidats à la Primaire ont souhaité répondre à la Lettre des évêques de France sur la situation politique du pays, publiée mi-octobre : Bruno Le Maire le premier, le 14 octobre, François Fillon le 24 cotobre et, plus récemment, Alain Juppé. Le calendrier en lui-même est intéressant. François Fillon peut être considéré comme le candidat « historique » des catholiques, rallié par Sens Commun, multipliant les appels du pieds, jusqu’à reprendre les mots de Jean-Paul II pour clôturer le dernier débat télévisé des Primaires, hier soir : « N’ayez pas peur ». Alors que les sondages se resserrent, Alain Juppé ne veut rien négliger dans sa campagne, surtout pas l’électorat catholique. Il voit dans la Lettre des évêques une aspiration à « l’identité heureuse » qu’il défend. Bruno Lemaire saisit cette Lettre comme un moyen de porter à nouveau son thème du « renouveau » en politique, tout en s’adressant aux catholiques. Nicolas Sarkozy, qui ne bénéficie pas d’une image de grande exemplarité morale, entretient un rapport plus distant avec les catholiques, notamment depuis son changement de position sur l’abrogation de la loi Taubira. Jean-Frédéric Poisson, en baisse dans les sondages, ne paraît pas parvenir, quant à lui, à élargir ses soutiens au-delà de l’électorat catholique habituel du Parti Chrétien Démocrate.

François Fillon semble donc miser, pour le scrutin de ce dimanche, sur la capacité mobilisatrice de ses réseaux catholiques, notamment dans le contexte post-Manif Pour Tous. Le résultat nous dira la pertinence – ou non – de ce choix stratégique. Au-delà de cette opération séduction des Primaires, il est toujours intéressant de se demander à quoi les catholiques sont identifiés en politique : uniquement à une pratique religieuse et à des « valeurs » qu’il s’agirait de reconnaître a minima, promouvoir a maxima ?

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Les catholiques aux Primaires : des électeurs comme les autres ?

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Un nouveau sondage ifop réalisé par Pèlerin et présenté par Europe 1 sur le vote des catholiques à la Primaire donne Juppé en tête dans l’électorat catholique (36%), juste devant Nicolas Sarkozy (31%) et loin devant François Fillon (17%). Du côté des pratiquants, le score est en faveur de Sarkozy (33%) contre Juppé (31%) et Fillon (15% cette fois). Le sondage reviendrait à relativiser le poids de la Manif pour Tous dans les résultats du scrutin, mais il conduit même à réinterroger le caractère spécifique du vote catholique, plutôt aligné sur le vote des autres participants à la Primaire. A l’heure où sont régulièrement pointés des candidats s’attirant les faveurs des catholiques et faisant campagne dans leur direction (Fillon, Poisson), alors même que l’on invoque le vote catholique comme moteur de la remontée récente de François Fillon (soutenu par Sens Commun), le rôle des catholiques dans cette élection est sans doute bien moins évident qu’on ne le pense au premier abord.

Il convient de regarder les projections concernant la Primaire avec beaucoup de prudence. Non seulement l’élection repose sur une part faible de l’électorat français, sur laquelle il est difficile d’effectuer des pronostics, mais un certain nombre d’invités surprise pourraient bien venir – une fois de plus – renverser les estimations. On peut s’interroger sur la capacité des réseaux héritiers de la Manif pour Tous, comme Sens Commun, à mobiliser leurs troupes, comme on peut s’interroger sur les effets du vote à la Primaire d’électeurs de gauche désireux de faire barrage à Sarkozy.

Les catholiques seront-ils des électeurs comme les autres ? Seront-ils des acteurs clés du résultat final ? Nul ne le sait.

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NKM et la cohérence…

QG de campagne à la primaire 2016 pour présidentielle 2017. Nathalie Kosciusko Morizet dite NKM ©E.SCHNEIDER-HANSLUCAS.COM POUR FC
Nathalie Kosciusko Morizet 
©E.SCHNEIDER-HANSLUCAS.COM POUR FC

Famille Chrétienne interview les candidats aux primaires de la droite. Cette semaine, c’est le tour de NKM.

Comment vous situez-vous par rapport à l’enseignement de l’Église ?

Cet enseignement est d’une remarquable cohérence. Comme beaucoup de catholiques Français, tout en admirant cette cohérence, je prends certaines libertés. C’est ma façon personnelle de vivre les choses, comme le font d’ailleurs certains prélats… Parce que l’Église de France a toujours eu une petite distance avec les directives papales sur certains sujets. C’est historique.

 

Qui convaincra les catholiques (de droite) ?

Vous êtes catholique et vous passez le week-end de la Toussaint en famille ? La Vie, Pascale Tournier et Jérôme Fourquet vous proposent quelques accroches pour ouvrir le débat et ambiancer le déjeuner.

Sur François Fillon,

Quand on regarde son parcours et ses propos, il marque des points. Il y a des liens avec sa Sarthe natale et l’abbaye de Solesmes, un haut-lieu du catholicisme. Il s’est rendu souvent au Kurdistan pour soutenir les Chrétiens d’Orient. Dans la sphère identitaire et celle de la Manif pour tous, c’est une cause qui parle.

Sur Alain Juppé,

En prônant la modération, il a dans sa manche toute une partie de l’électorat catholique, notamment à l’Ouest.

Sur Nicolas Sarkozy,

Son style clinquant, lors de son dernier quinquennat, a heurté. Le meeting de Sens commun puis sa volte-face sur le mariage pour tous a causé beaucoup de dégâts. Il n’a pas remonté la pente depuis.

Sur Jean-Frédéric Poisson,

À noter d’abord que l’électorat catho ultra est réduit numériquement. (…) De plus, celui qui se revendique uniquement du catholicisme rafle rarement la mise. Les dernières élections européennes, où le parti de Christine Boutin a présenté des candidats, l’ont montré.

Nous vous souhaitons une belle fête de la Toussaint et un bon repas familial.

Vous nous raconterez.

(lire le reste de l’article pour étayer un minimum)

Qui sauvera… le politique ?

primaireCe pourrait être une suite au livre des évêques que propose ici Louis Manaranche – contributeur du Samaritain – dans une tribune au FigaroVox, Qui sauvera la primaire ? :

Pendant trois à quatre mois, dans chaque «camp», des candidats doivent mener une campagne afin de montrer qu’ils lavent plus blanc que blanc, qu’ils coïncident le plus parfaitement possible à l’idée que les Français se font, à un moment donné de l’histoire, de l’essence de la droite ou de la gauche. Il ne s’agit plus, dès lors, de fonder en raison son ancrage dans l’une ou l’autre tradition. Il ne s’agit pas davantage d’en assumer pleinement l’héritage tout en gardant à l’esprit qu’un jour prochain, il faudrait bien rassembler au service du pays, sans exclusive partisane. Non, il s’agit de proposer chaque matin un nouveau buzz autour d’une mesure dont les sondeurs et les relais autorisés ont montré la résonance viscérale chez les électeurs de droite. Que le pays entier assiste à des litanies de propositions toutes plus clivantes et peu applicables les unes que les autres importe peu !

Lettre de François Fillon aux Evêques de France

François Fillon. / Fadel Senna/AFP
François Fillon. / Fadel Senna/AFP

Le candidat à la primaire de la droite et du centre répond dans La Croix au texte publié par les évêques en prévision des prochaines élections :

J’ai lu avec attention le texte que vous avez adressé aux habitants de notre pays : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». En prenant la parole sur des questions essentielles qui traversent notre pays, l’Eglise de France est dans son rôle. La gravité de votre propos doit nous interpeller, votre espérance aussi.

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Alain Juppé et Anne Coffinier en débat…

… sur l’éducation dans Famille Chrétienne. Une discussion riche et à lire attentivement pour démêler les philosophies de l’éducation qui dialoguent (et s’affrontent un peu, avouons-le). On savourera en particulier cet échange sur la légitimité de l’enseignement :

A.J.C’est ma conviction : le service public peut être assuré par des organismes de droit public ou par des organismes de droit privé. Pardon de cette comparaison qui vous choquera, mais une délégation de service public, c’est aussi une participation au service public.

A. C. – Lorsque l’Église enseigne, elle ne le fait pas en tant que délégataire de service public, mais de sa propre autorité, parce qu’elle est chargée par Dieu d’une imprescriptible mission d’intérêt général. La fondatrice de l’Université n’a pas besoin du « garde-fou » des programmes fixés par l’Éducation nationale !

le 16 septembre 2016, Rencontre / Débat entre Alain juppé et Anne Coffinier poru le magazine Famille chrétienne.
le 16 septembre 2016, Rencontre / Débat entre Alain juppé et Anne Coffinier poru le magazine Famille chrétienne.