L’avenir du travail

Intervention de Pierre-Yves Gomez :

Je vais développer mes propos en trois temps. Le premier : comment l’emploi est devenu le cœur de l’activité humaine dans les sociétés occidentales ; le second  sera consacré à la description de la crise ; le dernier dressera quelques questions autour de l’évolution de la société et de l’entreprise.

Je vais vous montrer comment on a réduit le travail à l’emploi et pourquoi dans les années 50, ce qu’on a appelé le compromis fordien, mis en place après la guerre, va organiser l’ensemble des sociétés occidentales jusqu’à la crise du travail qu’on est en train de vivre aujourd’hui.

Construire l’unité : bouc émissaire ou projet ?

« L’anthropologie montre depuis des siècles qu’il ne peut y avoir d’unité sans un objet de cristallisation qui conduit les différents acteurs à se conjuguer, se coordonner, à partir d’un objet qui leur échappe. Il faut donc qu’il y ait un facteur de cristallisation dans une société : c’est cela qui va construire l’unité. Ce facteur peut être positif ou négatif… »

Pierre-Yves Gomez, sur ecologiehumaine.eu

Le sens du travail à l’ère numérique

« Privés de la possibilité de donner du sens à leur travail professionnel, les salariés sont allés en chercher ailleurs. En réaction à l’hyper-rationalisation des organisations, notamment avec la période de financiarisation, mais aussi à l’insécurité croissante de stratégies globalisées et souvent incompréhensibles, ils ont réinvesti les formes du travail privé pour reprendre la main sur leurs activités et y trouver une nouvelle opportunité de donner du sens à leurs efforts. Il s’en est suivi un désengagement des entreprises sous forme de bore out (prise de conscience que le travail professionnel est ennuyeux), de brown out (prise de conscience que ce travail est inutile), voire de burn out (travail insoutenable) ».

Analyse de Pierre-Yves Gomez dans Projet

Gaston Lagaffe et le travail vivant

« Franquin a fait de son personnage quelqu’un d’unique, qui met du sens dans ses activités, qui invente – c’est notable – toujours pour aider, et qui choisit la vie malgré ses échecs et ses maladresses puisque, curieusement, c’est un innovateur qui ne réussit jamais. Dans une époque qui idolâtre la performance et la technologie, il nous ramène à la modestie de ceux qui aiment créer des objets parce qu’ils sont utiles ou beaux ».

Pierre-Yves Gomez, Et la disruption fit irruption dans la BD

Droit du travail : petite analyse de la Loi Macron

« Si le salariat a été inventé, ce n’est pas par goût de la bureaucratie soviétique ! Mais pour protéger les entreprises. Les protéger de l’infidélité des salariés qui peuvent aller au plus offrant. Cela met à mal le projet de long-terme, avec une instabilité des compétences. On nie l’existence même d’une entreprise, en tant que collectif de travail, en en faisant une sorte de plateforme où chacun vient apporter son travail à un moment donné, sans vision globale ni sentiment d’appartenance ».

Pierre-Yves Gomez, sur Mag2Lyon

Le travail, fondement de notre société

« Prendre conscience qu’il ne faut pas réduire le travail au travail salarié, il faut ouvrir notre regard, et faire ouvrir le regard de chacun sur l’ensemble des formes du travail qui forme la société. Dans ce sens il y a humanisation par le travail, il y a humanisation de notre environnement par le travail, il y a une création d’une société particulière : la société française qui n’est pas la société birmane ou la société japonaise parce que la façon de travailler y est différente, parce que l’environnement que nous produisons est différent, parce que les formes de travail y sont différentes.

Un travail violent dégrade l’Homme et aussi l’environnement. Voici le message qu’il faut porter dans les entreprises, les administrations, dans les nouvelles formes de travail précaires : c’est l’enjeu d’une écologie humaine authentique ».

Lire ou écouter Pierre-Yves Gomez sur ecologiehumaine.eu

La présidentielle, l’occasion de dégager une vision commune sur le travail ?

Capture« Ce n’est pas le travail qui va se raréfier, c’est le travail salarié qui va se contracter. C’est très différent Par exemple, une partie de l’activité qui relevait du travail salarié est déjà effectuée par le consommateur : lorsqu’il commande un billet de train sur internet ou lorsqu’il scanne ses achats dans une caisse sans caissière. C’est lui qui travaille à la place d’un salarié, mais vous voyez bien que ce travail ne se fait pas tout seul ! Il faut donc bien distinguer les différentes formes de travail : une partie est familial, associatif, collaboratif ou consiste en un « travail du client ». Ce travail là est bénévole, il ne procure pas de revenu à la différence du travail salarié ou du travail indépendant. Je reviens donc à votre question :  le travail salarié va-t-il se raréfier ? »

Pierre-Yves Gomez, dans actuel CE

Cité du travailleur et cité du consommateur

capture« Dès lors qu’on a pris conscience que le travail humanise, que le travail libère, mais que les conditions du travail peuvent être aliénantes, on se rend compte que l’histoire des organisations humaines depuis deux siècles développe un travail de plus en plus organisé, de plus en plus éloigné des personnes, de plus en plus mécanisé, puis globalisé, puis financiarisé, et donc de plus en plus abstrait. Si bien que les personnes qui travaillent ont de moins en moins la capacité à pouvoir répondre à ces deux questions : à quoi sert ce que je fais, à quoi je sers moi-même. Nous avons été lentement privés de notre liberté de travailleurs. Mais cela a été compensé par la consommation ! C’est cette idée de la liberté par la consommation, c’est l’abbaye de Thélème : fais ce que tu veux, consomme ».

Pierre-Yves Gomez sur la Radio Suisse Romande (33′, quand même)…