Entre sécurité et liberté

« Certaines questions, en effet, auraient dû être examinées en urgence et avec loyauté. Gommées par les affaires, elles referont surface un jour ou l’autre, mais de la pire façon. Prenons un seul exemple, celui du fantasme sécuritaire. L’expression surprendra peut-être, car face au terrorisme, nous aspirons tous – légitimement – à la sécurité. Mais c’est bien de fantasme qu’il s’agit. La promesse est empoisonnée. Elle aura fini par piéger nos gouvernants, comme le montre la question insoluble de la levée de l’état d’urgence ».

Jean-Claude Guillebaud, dans La Vie

Le suicide assisté, droit suprême ?

« Si les mots ont un sens, être tué serait donc l’ultime conquête sociale, le Graal des droits de l’homme. On n’aura pas le mauvais goût de rappeler à Jean-Luc Mélenchon qui, jadis, disait : ‘¡Viva la muerte!’ Il le sait : ce sont les franquistes. À peu près toutes les figures tutélaires dont se réclame le candidat de la France insoumise se retournent dans leur tombe devant l’affirmation de ce qui devient le grand projet d’un individualisme triomphant mais désenchanté. Sans parler des héros des luttes syndicales et politiques des derniers siècles, eux qui croyaient que le progrès consiste à défendre les fragiles contre l’exploitation sociale et l’oppression politique ».

Jean-Pierre Denis, dans La Vie

Où va notre démocratie ?

« J’ajouterai un mot sur le risque sérieux d’une victoire finale de Marine Le Pen. À ce sujet, la plupart des politiciens et certains médias ne sont pas sans reproches. Ils auront passé leur temps à brandir contre Marine Le Pen la seule arme de la morale et de l’inquisition soupçonneuse, sans jamais répondre aux questions que pose son avancée. En 1984, on s’en souvient, Laurent Fabius avait déclaré : ‘Le Front National pose les bonnes questions mais donne les mauvaises réponses’.

En 2017 – 33 ans plus tard – les dirigeants des grands partis n’essaient toujours pas de donner de bonnes réponses pour contrecarrer les mauvaises. Or les questions posées ne sont pas anodines : oubli des classes populaires, crise de l’Europe, insuccès de l’euro, politique migratoire brouillonne, etc. Oublier d’y répondre, c’est conforter celle qu’on prétend combattre. Hélas ! »

Jean-Claude Guillebaud, dans La Vie

La transcendance s’est dissoute dans la présidence normale

« Le faire supplée les fragilités du croire et les déceptions du dire. Pour la transcendance, on repassera. Autrefois, l’Église et l’État s’arrangeaient tant bien que mal pour l’assurer. Et pas seulement sous les rois. La vague nostalgie du gaullisme qui ressurgit épisodiquement dans le bruissement du discours politique tient à cela. Amollie par Chirac, abîmée par le bling-bling sarkozyste, la transcendance s’est dissoute dans la présidence normale. L’horizontalité de la société lui permet d’endurer, d’attendre et de suppléer. Pour la verticalité, il semble qu’il faille encore attendre. Et prier, car on en a besoin ».

Jean-Pierre Denis dans La Vie

Lourdes : Vois, je suis moi aussi vulnérable et fragile !

Capture« Ce qui se passe là-bas ne concerne pas uniquement les croyants. En d’autres termes, une lecture agnostique de Lourdes est possible. On peut mettre de côté ce qui concerne la foi proprement dite (affaire de chacun) et repérer en ces lieux un ‘quelque chose’ de bouleversant.

Je pense à cette acceptation du corps souffrant ; à ce commerce paisible avec la disgrâce physique, l’infirmité, la maladie, la mort annoncée. Toutes choses que l’époque a littéralement en horreur (elle qui n’exalte que la jeunesse, la beauté, la santé, etc.) se trouvent là rassemblées, acceptées, surmontées et même – parfois – transcendées. La phrase (j’allais dire : le message) qui court ainsi dans les parages du sanctuaire pourrait être formulée de cette façon : ‘Vois, je suis moi aussi vulnérable et fragile ! Comme toi ! Comme nous !’ Cette phrase prend à rebours les cruautés ordinaires que propage l’air du temps. L’impression d’apaisement qui règne dans cette enceinte trouve là son origine ».

Lire Jean-Claude Guillebaud dans La Vie

Le lien fatal entre l’excès d’individualisme et la violence

Capture« Cette violence polymorphe que, à tort ou à raison, nous sentons autour de nous, ce vertige sécuritaire qui nous empoigne au point de nous pousser à la panique juridique, ce sont précisément ce que s’entêtèrent à conjurer les sociétés du passé. Il faudra nous résoudre à admettre que ces cultures traditionnelles, dont nous voulions orgueilleusement nous démarquer, n’avaient pas si mal compris le lien fatal entre l’excès d’individualisme et la violence qui vient ».

Jean-Claude Guillebaud, dans La Vie

En ­arrivera-t-on à juguler cette maladie-là ?

Capture« Aujourd’hui – en Chine, en Russie, comme en Europe ou aux États-Unis – les riches, non contents de confisquer la richesse planétaire, affichent leur voracité comme des champions exhibent leurs trophées. Du coup, on n’ose plus se moquer d’eux. Dans le passé pourtant, les ancêtres de Charlie Hebdo ne s’en privaient pas. Pensons au grand caricaturiste que fut le peintre et sculpteur Honoré Daumier au XIXe siècle. Publiés dans le journal La Caricature puis dans Le Charivari, ses portraits à charge des possédants, des bourgeois louis-philippards et des rentiers contents d’eux-mêmes valurent au dessinateur des ennuis avec la justice ».

Jean-Claude Guillebaud, dans La Vie

Cette attitude philosophique, Todorov l’appelait la vie de l’esprit

Capture« À Colmar, devant le retable de Mathias Grünewald, Tzvetan Todorov m’avait donné la plus belle et la plus généreuse leçon de philosophie qui soit. Je croyais jusqu’alors que la philosophie consistait uniquement à faire s’entrechoquer entre eux des concepts, comme le montreur de bonneteau fait tinter entre eux ses gobelets pour amadouer le passant. Todorov venait de m’apprendre que l’exercice de la pensée tenait essentiellement dans le regard attentif et attentionné que nous portons au monde. Philosopher veut dire : regarder et regarder encore, user ses yeux et les user encore, jusqu’à ce que l’on soit en capacité de voir. Et voir les choses telles qu’elles sont et non pas telles qu’on voudrait qu’elles soient. Cette attitude philosophique, Edmund Husserl l’appelait phénoménologie. Todorov l’appelait la vie de l’esprit. Dans l’un comme dans l’autre cas, il s’agit de percer le sens des choses dans l’épuisement d’un regard ».

François Miclo dans La Vie

Un amical corrigé pour mon ancien élève…

capture« Au cours la matinale d’Europe 1 du mardi 10 janvier, Raphaël Enthoven nous donnait sa morale de l’info : ‘L’agnosticisme, c’est le credo de la laïcité’. Enthoven rebondit ainsi sur une profession de foi agnostique d’Arnaud de Montebourg. Puisqu’il a été mon élève (Raphaël, pas Arnaud), et que je ne le renie pas, je me sens un peu responsable de ses propos. Conscient des contraintes et des raccourcis qu’impose une prise de parole radiophonique, je proposerai à l’ancien élève, en guise de correction fraternelle, un amical corrigé ».

Paul Clavier, dans La Vie…

Apprendre à instruire, c’est (aussi) une œuvre de miséricorde

capture« En cette nouvelle année, ne réduisons pas la Miséricorde au pieux souvenir d’une porte, ouverte puis refermée. Une fois que nous aurons visité les malades et les prisonniers (deux autres œuvres de miséricorde) et peut-être enseveli un proche défunt, tout en priant pour les vivants et les morts (encore deux), pensons qu’instruire les ignorants ne nécessite pas toujours de nombreux diplômes. Il suffit parfois d’offrir un jeu de sept familles… »

Henri Quantin dans La Vie

Monsieur, combien je vous dois ?

capture« Dans ce film, le comédien revient sur la dépression qu’il a traversée, mais aussi sur sa façon de vivre son cancer, toujours ancré dans le Christ. ‘C’est un message de vie face à la mort qui se profile, un message d’espérance extraordinaire’, explique Steven Gunnell, qui a réalisé le film avec sa femme Sabrina. ‘Il montre comment un couple résiste dans une épreuve, comment la foi peut permettre de traverser la maladie, quand la fin arrive’« .

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Il nous manque un morceau de silence

capture« La société du spectacle célèbre son propre triomphe. Nous baignons du matin au soir dans ce bruit de fond où se mêlent informations utiles, messages publicitaires, pirouettes de bonimenteurs, racolages de politiciens, etc. Sur cette soupe sonore nous flottons comme dans le néant.Cette com’ omniprésente et ce bruit font de nous des humains accablés qui traversent leur vie sans vraie parole ni échange. Comme il nous manque un morceau de silence plus habitable ! »

Jean-Claude Guillebaud, dans La Vie

Damien Ricour : “Que la joie demeure“

capture« Tout s’est vraiment dégradé dans ma quatorzième année. J’étais alors beau, entreprenant, je plaisais aux filles, je faisais rire. Accident de mobylette. Dents cassées. Court temps de coma. ‘Dieu, où étais-tu à ce moment-là ?’ Mon enfance avait été suffisamment difficile comme ça… Première colère. Première fois que ma chair était atteinte. Qu’une porte s’entrebâillait, laissant apparaître ma fragilité.

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La promesse de Grâce et de Salut, qui l’entendra ?

capture« Plus intellos, les mots de Paul à Tite expriment la même idée : ‘La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tout le monde’. Mais là encore, on a du mal, on bute, pas seulement parce que la parole devient abstraite. Le bruit de l’époque semble tout broyer. La promesse de grâce et de salut, qui l’entendra ? À ceux qui sont étrangers à la foi, païens des premiers siècles, émancipés ou agnostiques des temps actuels, chrétiens fatigués de nos Églises, nul doute qu’elle ne paraisse obscure, absurde. Sauvés ? Allons donc ! Depuis le temps que vous nous annoncez votre bonne nouvelle… »

Jean-Pierre Denis, dans La Vie…

Décidément la parole de Dieu complique les choses…

capture« C’est en témoin de la puissance de l’Évangile que le Pape François considère les vies déchirées, les amours détruits, les relèvements, parfois bien claudicants, d’hommes et de femmes qui n’ont pas su ou pu garder la fidélité promise. Dès lors, le grand souffle de vie de l’Évangile renverse les tables de ceux qui sont occupés à faire des poids et des mesures, à objecter un règlement aux pécheurs qui se présentent, comme à un poste de douane ».

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Jean et Manuel…

capture » ‘Un grand homme qui porte haut la fraternité, cette valeur cardinale de la République’. Le chef du gouvernement ne ménage pas ses éloges. Et il semble presque dans ses petits souliers. ‘Jean Vanier, assoiffé spirituel’… tente-t-il. ‘Assoiffé !’, scande une personne dans l’assistance, forçant l’orateur à quitter les glissières de sécurité d’un discours forcément formaté. ‘On n’est pas à l’Assemblée nationale’, s’amuse alors Valls. L’ambiance de fête de Noël avant l’heure contraste avec l’acrimonie des débats du moment… »

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