« Derrière les populismes (…) l’identité des peuples »

Le Pape à 'Die Zeit' je ne suis pas un homme exceptionnel - Radio Vatican 09-03-2017 à 16-26-26Le pape a accordé une interview à Die Welt, dont Radio Vatican nous donne la substance. Il confesse demander à Dieu l’humour pour affronter les critiques, explique se sentir agressé lorsqu’on l’idéalise. Et, sur les crises politiques en Europe, il redit que les populismes se sont toujours appuyés sur l’identité des peuples pour se justifier.

Le Pape est également interrogé sur les crises politiques qui secouent l’Europe. « Derrière les populismes, affirme-t-il, il y a toujours un messianisme. Il y a aussi une justification : l’identité du peuple ». Or, « le populisme est mauvais et à la fin, cela finit mal comme nous le montre le siècle passé », faisant explicitement référence au nazisme.

Le Pape François et les migrants : clarification

Le pape François appelle à accueillir mais aussi à intégrer les migrantsA lire sur La Croix, cette interview du jésuite canadien Michael Czerny, co-sous-secrétaire de la section pour les migrants et les réfugiés du nouveau dicastère pour le développement humain intégral, chargé, en décembre par le pape, de suivre sous son autorité directe cette question dont il semble avoir fait le coeur de son pontificat. Michael Czerny y explicite l’approche de François.

Extrait :

En France, certains craignent que cette immigration menace l’identité européenne…

 

P. M. C. : L’intégration est forcément aussi culturelle. Les migrants qui arrivent en France doivent s’intégrer dans la société française. Le pape souligne bien qu’ils doivent respecter la culture et les lois des pays d’accueil même si, comme cela se fait au Canada d’où je viens, il faut aussi être capable d’adapter nos normes pour faciliter cette intégration.

Ceci dit, comment peut-on, face à quelqu’un dans le besoin, se poser la question de la menace de sa propre identité ? Les chrétiens ne doivent pas être effrayés. En anglais, on parle des « gated communities », ces communautés refermées sur elles à l’abri de hauts murs. Une telle mentalité n’est plus possible aujourd’hui : nous vivons dans un seul monde, on ne peut pas bâtir un monde d’exclusion.

 

Le pape n’a-t-il pas plaidé pour une certaine « prudence », les États devant vérifier leur capacité d’accueil ? La France, par exemple, en a-t-elle les moyens ?

 

P. M. C. : La France a d’énormes capacités ! Combien de logements vides y a-t-il ? Au Liban, il y a 3 millions d’habitants et 1 million de réfugiés. Je ne crois pas que la France soit dans un tel cas. Quand on se pose la question de savoir si on est prêt à accueillir davantage de personnes, il faut dépasser la simple question statistique. C’est donc plus une question de qualité d’accueil, d’esprit d’accueil, en prenant en compte les besoins spécifiques de certains, comme les réfugiés qui n’ont nulle part où aller.

Lire l’intégralité de l’interview réalisée par Nicolas Senèze…

Prendre la parole, est-ce diviser l’Eglise ?

débat-sur-lidentité.pdf 01-02-2017 à 10-18-51La Revue Limite revient sur le débat actuel concernant la place de l’identité chez les chrétiens. Mahaut Herrmann y signe une recension affutée du livre de Koz, Identitaire – Le mauvais génie du christianisme.

Extrait :

Un des autres reproches fait à longueur de tribunes au livre de Koz est de défendre un catholicisme bourgeois, un catholicisme de salon où on cultiverait l’entre-soi. C’est à se demander si ceux qui formulent cette critique ont tous lu le livre. Car Erwan Le Morhedec combat explicitement la tentation d’un embourgeoisement du christianisme. Il n’hésite pas à poser quelques questions qui fâchent. Si la pratique religieuse se transmet principalement dans des milieux bourgeois, est-ce, demande-t-il, par transmission de la foi ou par un goût marqué pour l’héritage et la transmission ? Bien plus, « ne peut-on pas craindre que les paroisses dans lesquelles la pratique reste forte soient trop souvent celles dans lesquelles elle est, précisément, teintée de conventions sociales » (p 38) ? « Ce serait un triste visage que celui d’un catholicisme bourgeois ou réservé à une élite sociale », ajoute-il plus loin (p 106). Cela le conduit à affirmer qu’il faudrait que les chrétiens mènent à nouveau, comme ils ont su le faire par le passé, des « combats pour le bien commun … au lieu de la seule spécialisation morale, bioéthique et parfois communautaire que nous entretenons » (p 84)

Lire la suite, chez Limite.

La tentation identitaire détruit l’identité

Un message posté par le Père Jean-Baptiste Nadler sur les réseaux sociaux, et qui mérite attention :

16252132_1479420808758490_4920444436123985689_oJ’ai trouvé ces deux photos sur le site d’une « académie » qui organise des universités d’été se proposant de former les jeunes catholiques à la doctrine sociale et politique.

La première montre le flyer de l’événement posé sur un visuel de « European Brotherhood » (vous pouvez jeter un coup d’œil sur le site web de ce mouvement : les références au IIIème Reich y sont omniprésentes), ainsi que le chapelet marial associé au poing américain (?!). La seconde image [ci-après] représente l’un des moments d’une soirée de l’université d’été : son inspiration outre-atlantique paraît évidente.

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Si vous avez manqué le débat Koz/Dandrieu

Erwan-Morhedec-Laurent-Dandrieu_0_730_409 C’est le débat de ce début d’année 2017 dans le monde catholique français. La parution des deux ouvrages d’Erwan le Morhedec (dit Koz) et de Laurent Dandrieu autour de l’identité chrétienne ne cessent d’alimenter le débat autour du lien entre foi, nation et identité (Identitaire, le mauvais génie du christianisme, publié au Cerf pour le premier, Eglise et immigration, le grand malaise, publié aux Presses de la Renaissance pour le second). Il y a même un débat sur le fait de savoir s’il s’agit d’un débat. Ici et là on répète qu’il y a toujours eu des « identitaires » et qu’il y en aura toujours, ou qu’il est inquiétant d’instiller la division entre catholiques, quand on devrait plutôt reserrer les rangs dans les débats du monde contemporains. Pourtant, deux arguments prêchent en faveur de ce débat : un argument de contexte, car il faut bien avouer que les questions d’identité n’ont rien d’anodin dans une période marquée par la crise des migrants et les multiples attentats et que les discours ont éclairement évolué chez les catholiques vers une préoccupation croissante pour ces sujets ; un argument plus ecclésial, car la pensée sociale de l’Eglise se construit aussi à partir des débats entre laïcs. La figure du Pape François – et donc la formulation de cette doctrine sociale – se retrouvent au centre du débat.

La politique est, par essence, l’espace de définition des oppositions. Faire de la politique n’implique pas pour un chrétien de nier les oppositions de fond. Il y en a précisément une, ici, dans le contexte actuel : la catholicisme n’est-il pas en train d’être happé dans une dynamique identitaire générale indexant la foi à un corpus culturel qu’il s’agirait de défendre ?

Il est possible d’avoir un aperçu de ce débat via différents medias : en podcast sur le site de Radio Notre-Dame ou en vidéo sur le site de La Croix.

Source photo : Flavien Edenne ; La Croix

Le Pape François, les catholiques et l’identité

dandrieu-koz Suite à la parution ce mois de janvier du livre d’Erwan le Morhedec Identitaire, le mauvais génie du christianisme, le débat paraît lancé dans le monde catholique sur le rapport de l’Eglise et des baptisés à l’identité, à la nation et à l’immigration (voir articles du Monde et de la Vie). Il faut dire que paraît, dans le même temps un ouvrage de Laurent Dandrieu intitulé Eglise et immigration, le grand malaise. Le pape et le suicide de la civilisation européenne, qui prend lui aussi position – à l’opposé – sur les déclarations du Pape concernant les migrants.

Une figure semble bel et bien surplomber le débat : celle du Pape François. Symbole pour les uns d’un discours pro-immigration dans lequel il embarque l’Eglise catholique, il est pour les autres un acteur direct de la doctrine sociale, accomplissant une mission d’actualisation et de mise en acte de l’évangile et de la parole des papes précédents.

Ce n’est donc pas un hasard s’il sera placé au centre d’un débat organisé par la Procure, à Paris, avec les deux auteurs concernés, le 1er février prochain : soirée « autour du Pape François » et, à n’en pas douter, autour de la notion d’identité. L’occasion de rappeler que la doctrine sociale de l’Eglise n’est pas un corpus lisse fournis une fois pour toute par l’Institution mais bien une pensée vivante qui se nourrit des débats entre croyants.

Des racines chrétiennes d’une société multiculturelle ?

972018-societe-politique-elections-regionalesL’investiture de François Fillon et l’influence réelle ou supposée des catholiques en politique n’en finit pas de susciter la perplexité ou l’inquiétude médiatique, spécialement dans les medias situés à gauche. Un hebdo devrait d’ailleurs y consacrer un dossier la semaine prochaine mais, entretemps, on peut aussi lire l’entretien donné par Jean-Louis Schlegel à Libération, titré tout en subtilité : « Des racines chrétiennes instrumentalisées contre l’islam ».

Au-delà de ce titrage, il y a bien des choses intéressantes à retirer de cet entretien, à commencer par le doute initial sur la réalité d’un retour des cathos en politique. La primaire offre un miroir déformant, dans la mesure où le poids de l’électorat catholique est plus élevé à droite, et suscite donc une plus grande attention. Pour se convaincre, si cela était nécessaire, du fait que cet entretien n’est clairement pas unilatéral, on peut lire ceci :

A l’initiative de parlementaires allemands, émerge une version qui fait mention de Dieu et du christianisme dans le préambule du traité. Jacques Chirac demande à Lionel Jospin, alors Premier ministre, de s’y opposer au nom de la laïcité. Les laïques français ont en effet vu là – à tort – une volonté de «rechristianiser l’Europe». Je ne dis pas qu’il n’y avait pas d’arrière-pensées, mais c’était surtout un rappel historique, factuel. La polémique n’a d’ailleurs pris qu’en France, où la crainte était que d’un préambule, on tire des conclusions normatives inacceptables.

Il reste une question, suscitée par la suite de l’entretien et qui n’est pas traitée ici. Si l’on admet que la société soit multiculturelle, faut-il traiter indistinctement la culture qui procède des choix conscients posés tout au long de l’édification de notre pays et celles qui sont d’une arrivée récente ?

Saint Paul vs Les Identitaires

J’aurais pourtant, moi aussi, des raisons de placer ma confiance dans la chair. (…) Mais tous ces avantages que j’avais, je les ai considérés, à cause du Christ, comme une perte. Oui, je considère tout cela comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur.

saintpaul-608x394Philippe de Saint-Germain s’est laissé surprendre par l’épître de Saint Paul du 3 novembre dernier et il livre pour les Cahiers Libres une réflexion intéressante sur la chair, l’identité, pour penser notamment que  » l’identité, la perfection morale et le service du bien commun ne prennent leur sens que dans leur abandon dans le Christ, « à cause du Christ » »

« Evêques et politique : mêlez-vous de nos oignons ! »

rencontres-nationales-association-coexister-lille-dernier_0_730_485Il est salutaire que nos évêques nous interpellent avec vigueur sur cette obsession identitaire qui habite nombre d’entre nous, et pas d’ailleurs forcément toujours à l’extrême droite.

Très intéressante tribune de Marc Le Boucher ce jour dans La Croix ; à lire et partager ! Elle fait bien entendu suite à la contribution de la Conférence des Evêques de France « Dans un monde qui change retrouver le sens du politique » (pour mémoire, le texte intégral en cliquant ici).

En complément, on peut également lire les récentes contributions de Dominique Quinio, Présidente des Semaines Sociales de France, et du Père Bertrand Auville, Délégué auprès du monde politique pour le Diocèse de Nanterre, sur « Elections 2017 : un vote pour quelle société ? » en cliquant là.

 

Je ne suis pas « que » ce que je suis

Je suis Rosh haShanaUne magnifique réflexion sur l’identité, dans le sermon du rabbin Delphine Horvilleur, pour le soir de Rosh haShana.

Extrait :

Il est en moi une incomplétude, une faille qui me fait littéralement en faillite. Et c’est parce que cette faille existe, que je peux me tenir devant Dieu et envisager de changer, de parler au futur, de dire « Je serai » plutôt que « Je suis ».

Lire l’intégralité du sermon sur Tenou’a.

Une identité morte ne sert à rien sinon à recevoir des chrysanthèmes

Samuel Pruvot et Malik Bezouh s’entretiennent pour le Figaro Vox de l’identité chrétienne de la France. Extraits.

Le christianisme est-il juste une part ancestrale de nous-mêmes? (…) Si le catholique est le dernier des Mohicans il ne reste plus qu’à le parquer quelque part. En souvenir. Une identité morte ne sert à rien sinon à recevoir des chrysanthèmes. (Samuel Pruvot)

Malheureusement, aujourd’hui, certains, et il est à craindre qu’ils ne soient de plus en plus nombreux à l’avenir, font un bien triste usage de cette identité chrétienne, transformée, tantôt par opportunisme électoraliste, tantôt par peur, en une arme redoutable dont la finalité n’est nullement l’intégration mais l’exacerbation de l’altérité musulmane de France. C’est d’autant plus désolant que le patrimoine chrétien, s’il était enseigné avec intelligence et, si j’osais, avec amour, pourrait, j’en suis persuadé, constituer, en partie, un antidote au désintérêt de ces français musulmans pour la France à laquelle ils ont, hélas, tourné le dos. (Malik Bezouh)