Déjà, gamin, c’est une chose que j’voulais faire, quoi. C’était atteler des bœufs.

C’est une histoire doublement incroyable.

Celle du « dernier paysan breton », tout d’abord. Non pas celle d’un « retour à la terre » comme il est indiqué, puisqu’il ne l’a jamais quittée. Celle d’un homme qui vit différemment, jusqu’au bout, et qui est heureux.

C’est aussi celle d’un statut devenu l’un des incontournables de Facebook : sept ans qu’il tourne, sept ans qu’il est liké, sept ans que l’on rêve devant la simplicité et la bonhommie du personnage et cette petite musique qu’il laisse passer, et laisse penser que le bonheur est simple.

Le tout accompagné de quelques phrases, que l’on s’abstiendra formellement de qualifier de punchlines mais de bien senties.

« Oui, j’ai passé toute ma vie ici, pis j’suis bien là, j’ai pas envie d’partir. Ici, c’est mon chez moi, j’ai passé tout mon temps là, je suis bien là »

« Déjà, gamin, c’est une chose que j’voulais faire, quoi. C’était atteler des bœufs. Bon, j’ai attendu 60 ans et avec ma première retraite, j’ai acheté une paire de boeufs. Y’en a, qui achètent, j’sais pas, un bateau, ben moi, j’ai acheté des boeufs »

« J’aime bien, peut-être, la difficulté. Et surtout, pas faire comme les autres. Ca, j’voulais pas faire. Bon, ben j’ai fait aut’ chose. J’ai fait comme je pensais. »

« On n’est pas compétitifs. Non, non, non. La vie n’est pas une course, hein. J’ai tout mon temps. C’est pas une course, la vie, on laisse ça pour le Tour de France« 

« On n’est pas riches mais bon, on vit. Moi, je suis à peu près habillé pas trop mal. Si j’ai à manger, si j’ai une paire de sabots pour marcher… Eh ben voilà, tout va bien. »

« Oh, peut-être que j’ai été isolé un peu, à un moment donné. Quand on ne suit pas le troupeau, on est un peu rejeté du troupeau, on est un peu la brebis galeuse… mais une brebis galeuse qu’a été heureuse quand même. Même que j’ai sans doute souvent emmerdé le monde, mais bon, j’suis content. »

« Moi, je pense que j’ai été très heureux et p’t’être le plus heureux du monde, un peu. Parce que j’ai fait comme j’ai voulu, un peu. J’ai jamais suivi l’troupeau. Non, et je le suivrai pas. Jusqu’au bout. C’est comme ça. »

Reste, nous non plus, à n’pas suivre le troupeau. Un peu.

Et vous pouvez en apprendre un peu plus sur Jean-Bernard Huon ici, sur Ouest-France.

Et là :


« La retraite, vous y pensez ? Ah non, la retraite, je n’y pense jamais, la retraite, ce sera au paradis »