La conversion d’Aséneth

Joseph et Aséneth est un texte grec très ancien (daté aux environs du IIème siècle de notre ère) qui raconte l’histoire du mariage de Joseph, fils de Jacob, avec la belle égyptienne Aséneth, fille de Putiphar (Gn 41,45), et qui deviendra la mère d’Ephraïm et de Manassé.

Dans ce « roman midrashique », il est notamment question de la conversion soudaine d’Aséneth, à l’occasion de sa rencontre avec Joseph. Le prêtre Putiphar avait confié à sa fille son intention de la marier à Joseph, ce à quoi elle avait très vivement et très négativement réagit. Puis vient Joseph et lorsqu’elle l’aperçoit – le roman le décrit avec des traits très… christologiques – elle tombe brutalement amoureuse et regrette vivement du même coup ses paroles mauvaises. Le chapitre 10 raconte la pénitence qu’elle s’impose, chemin de conversion pour elle, [spoiler] avant de finalement pouvoir revoir Joseph et l’épouser.

Cette pénitence dit, je trouve, quelque chose de notre carême et notre attente du retour du bien-aimé 1 :

Aséneth se leva, ouvrit doucement la porte et passa dans sa deuxième chambre où se trouvaient se, coffrets à parure, elle ouvrit son coffre et sortit une tunique noire et couleur de suie. C’était sa tunique de deuil, celle qu’elle avait portée à la mort de son frère premier-né. Aséneth enleva sa robe royale et elle noua sa robe noire, puis elle dénoua sa ceinture dorée, elle ceignit d’une corde, et elle ôta la tiare de sa tête et son diadème et les bracelets de ses mains.

Elle prit à pleines mains sa robe favorite et elle la jeta par la fenêtre aux mendiants. Elle prit tous ses dieux d’or, d’argent, qui étaient innombrables, elle les brisa en petits morceaux, et elle les jeta aux pauvres et aux indigents. Elle prit son dîner royal, les viandes grasses, les poissons, les morceaux de viande, tous les sacrifices faits à ses dieux et les vases du vin de leurs libations et elle les jeta tous par la fenêtre, à manger aux chiens.

Après cela, elle prit la cendre et la versa sur le sol. Puis elle prit un sac et elle se ceignit les reins ; elle défit la tresse de sa tête et elle se couvrit de cendre. Elle se frappa la poitrine à coups redoublés de ses deux mains, elle se jeta sur la cendre et elle pleura amèrement, toute la nuit, en gémissant jusqu’au matin. Au matin, Aséneth se leva, et voici ce qu’elle vit : la cendre, sous elle, mêlée à ses larmes, était devenue comme un limon. Et Aséneth tomba de nouveau le visage dans la cendre jusqu’au coucher du soleil.

Ainsi fit Aséneth pendant sept jours, sans goûter à rien. Le huitième jour, Aséneth releva la tête du sol où elle gisait, car elle avait les membres brisés à la suite de sa grande humiliation. Elle étendit ses mains vers l’Orient, leva ses yeux vers le ciel et dit :

« Seigneur, Dieu des siècles, toi qui donnes à tous le souffle de vie, qui as produit à la lumière ce qui était invisible, qui as créé l’univers et rendu apparent ce qui était sans apparence, qui as élevé le ciel et affermi la terre sur les eaux, qui as fixé les grandes pierres sur l’abîme de l’eau, elles qui ne seront pas submergées, mais qui sans défaillir font ta volonté, Seigneur, mon Dieu, c’est à toi que je crierai, prête attention à ma prière, et c’est à toi que je confesserai mes péchés, et c’est à toi que je dévoilerai mes iniquités. J’ai péché, Seigneur, j’ai péché, j’ai commis l’iniquité et l’impiété et j’ai dit de mauvaises paroles devant toi. … »

Notes:

  1. Joseph et Aséneth. Trad. M. Philonenko in A. Dupont-Somer & M. Philonenko, La Bible écrits intertestamentaires (Pléiade 337), Paris, Gallimard, 1987, p. 1565-1604.