Le récit d’un converti

Le récit de Julien Leclercq – que certains connaissent comme l’animateur de la revue en ligne Le Nouveau Cénacle – est enfin dans les librairies. C’est le récit d’une conversion de fond, et ça réchauffe (*rapport à la neige*). Pas une de ces conversions mystiques et enflammées, au risque de se consumer ou du retour de flammes. Pas de ces conversions un brin bavardes ou sentencieuses.

Si vous connaissez Thierry Bizot (l’auteur de Catholique anonyme, porté à l’écran dans Qui a envie d’être aimé ?), qui préface l’ouvrage, vous reconnaitrez peut-être un chemin comparable, pour n’être, évidemment, pas identique.

Julien Leclercq se met à nu. Lui qui avoue sa grande gêne pour sa première messe de baptisé – il la compare même à celle qu’il avait ressentie, enfant, dans ce vestiaire de stade et l’avait empêché de se changer et de suivre l’entraînement de foot – se livre avec courage et sincérité. Il n’est pas Saint Augustin ni François d’Assise : il n’a pas radicalement changé de vie en un jour. Fidélité, alcool, accès de violence, il n’a pas soudainement cessé de chuter… et de se relever.

Il raconte aussi ses tâtonnements. En particulier cette messe au cours de laquelle, après avoir avancé de rang en rang vers le chœur au fil des semaines, il accepte de faire la lecture. Manque de chance, au bout de quelques secondes, le prêtre vient lui faire remarquer qu’il est en train de lire l’Évangile. Honteux et sous les regards agacés de l’assemblée, il en est reparti sur les rangs du fond de l’Église pour quelques semaines encore. Avouons-le : comme paroissien habituel, on n’est pas toujours à l’aise, à la lecture du livre – voire nous-mêmes un peu honteux. Prêtre ou fidèle, il y a de quoi s’interroger sur notre réelle capacité d’accueil. Julien, que ses presque deux mètres ne laissent pas spontanément imaginer fragile, regrette que l’attention constante dont bénéficie le catéchumène se dissipe brutalement dès le baptême célébré, quand ce nouveau catholique n’est pourtant qu’un débutant.

Julien Leclercq n’est pas non plus un converti lambda. Personne ne l’est, c’est entendu. Lui ne l’est pas, à sa façon. Parce que s’il ferait presque dandy aujourd’hui, il était plutôt casquette-survêt autrefois. Issu d’un milieu de gauche, athée à l’exception de sa grand-mère et populaire, il est catéchisé par l’abbé de Tanouärn, ce qui vaut aussi à Julien une célébration de baptême d’autant plus originale qu’il est accompagné au Centre Saint Paul de son pote à crête et de son frère à peine sorti de boîte pour rejoindre l’église.

Si Julien Leclercq ne masque pas ses rechutes, c’est probablement du fait de sa grande exigence personnelle, de sincérité et de cohérence. C’est un catholique débutant ? Qui de nous pourrait se prétendre catholique accompli ? Mais Julien cherche manifestement à mettre tant ses actions que ses convictions en cohérence avec sa foi. Issu de villes profondément marquées par l’immigration – Les Mureaux ou Mantes-La-Jolie – lui qui se dit « islamocritique » ne laisse pas le ressentiment et la crainte guider sa vision du monde.

L’Eglise a façonné la France. Il s’agit d’une donnée historique. Notre pays a été influencé par Athènes et Rome, mais il puise ses racines dans le catholicisme. Mais proclamer cette évidence pour exclure l’autre est insensé. J’en reviens donc à mon intuition concernant l’ « islam culturel » : lorsqu’une religion devient folklorique, le danger guette. Elle se transforme en un étendard brandi pour justifier un conflit. Les apologistes des « racines chrétiennes de la France se rendent-ils régulièrement à l’église ? La religion vidée de sa foi est un simple attachement culturel. Elle devient un camp, dans lequel on se retranche pour vivre parmi ses semblables. C’est-à-dire l’exact opposé du catholicisme.