François Huguenin veut des chrétiens radicalisés

C’est, entre autres bonnes choses, ce qu’il explique peu ou prou dans l’entretien qu’il livre à Atlantico. Entretien dense, abordant plusieurs sujets d’importance, que l’on aura à cœur de lire parce qu’on se nourrit soi-même. Une sélection ? Bien sûr, la voici, mais pas avant d’avoir cité cette phrase, qui fait écho aux propos de Mgr Michel Aupetit, précédemment rappelés par votre site préféré : « ce qui fait la spécificité du chrétien sur les questions politiques est au fond l’accueil du plus faible. »

En provoquant un peu, je dirais que je ne serai jamais contre, dans un certain sens, une radicalisation des chrétiens. Dans le sens où être radical est interprété au sens étymologique comme « retourner à la racine » et non pas « sombrer dans l’extrémisme » ce qui malheureusement tente certains catholiques.

Soulignons aussi ceci :

Laissez-moi d’abord préciser le rapport au monde du chrétien. Je pense que le chrétien ne vit pas dans une position confortable. On l’oublie peut-être un peu trop. C’est-à-dire que le chrétien est un pèlerin sur la terre. Cela ne veut pas dire qu’il n’a pas d’attaches. Il a une famille, un pays, des liens de sociabilité… Mais qui ne peuvent pas être un absolu. Son seul absolu c’est quand même la Jérusalem céleste, ce chemin qui le conduit vers la seule patrie qui est le Royaume de Dieu. Son but, et l’Église sert à cela, c’est de faire vivre d’une certaine manière, imparfaitement, le Royaume sur terre. Il est « dans le monde, mais pas de ce monde ». Je pense que l’articulation existe, tous les chrétiens essayent de la vivre mais cela passe parfois par des zones d’inconfort. Le chrétien ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, la gloire sans la croix. Après, c’est une histoire de discernement personnel, il n’y a pas une seule réponse.

Et cela, sur la possibilité de critiquer le pape, lorsque l’on est catholique :

Qu’entend-on par critique ? Le fait de s’emparer d’une parole et d’essayer de la comprendre, d’en saisir la fine pointe et de d’essayer de voir comment elle peut être agissante dans un contexte donné, le nôtre, quitte à la reformuler si besoin est ? Ou s’exercer à une entreprise de démolition, dresser un « non possumus » face à la parole pontificale ? Je soutiens dans ce livre que l’absence de bienveillance, l’opposition systématique, voire l’insulte et la haine qui caractérisent les propos de certains catholiques, notamment sur la question des migrants, est une profonde atteinte à l’unité de l’Église et à la charité qui devrait y régner.

Lire l’entretien dans son intégralité par ici