#NotrePère Plus sublime que subliminal

Quand on parle de traduction du Notre Père, on pense tel mot, telle phrase. Mais on en oublierait presque que cette prière est un véritable morceau de poésie biblique.

Et comme souvent, le texte biblique se prête à plusieurs lectures (ce qui rend le jeu de la traduction d’autant plus délicat). Ainsi, nous pouvons réciter le Notre Père comme une prière poétique contenant sept demandes, ou bien six. Explication, à partir d’une traduction très littérale permettant de restituer la syntaxe du grec et du latin :

Sept demandes ?

Sept, c’est beau, c’est très biblique, tout ça. A l’appui : sept verbes à l’impératif, ou équivalent (subjonctif à valeur d’ordre en grec), avec une demande qui se détache au centre : la seule qui ne commence pas par le verbe. Le haut et le bas ont également un centre qui se distingue par une inversion grammaticale : l’actif par rapport au passif en haut, et la négation par rapport aux demandes positives en bas.

On peut remarquer qu’un tel schéma se retrouve dans d’autres importants passages bibliques, comme l’énoncé du Décalogue (Ex 20) où on peut voir que le « haut » et le « bas » se répondent en début et fin, mettant en valeur, au centre, la parole sur le Shabbat (qui n’est pas sans écho à la référence centrale à la Manne dans le « Notre Père »). On peut dégager une structure analogue encore dans le premier récit de création, du jeu autour de la lumière : entre le premier jour (création de la lumière, jour un) et le septième (repos, ni soir ni matin) se répondant, avec au centre, le quatrième jour, celui de la création du soleil et de la lune pour distinguer le jour (lumière) et la nuit (repos).

Six demandes ?

Une autre lecture nous fera voir que la sixième demande est difficilement dissociable de ce qui suit (« délivre-nous du Mal »). Avec la demande précédente, elle forme un parallélisme biblique assez typique, tel qu’on les trouve dans les psaumes :

Et remets-nous nos dettes / comme nous, nous remettons à nos débiteurs

Et ne nous laisse pas entrer en tentation / mais délivre-nous du mal

Dans ce cas, chaque vers est formé d’un parallélisme interne, de comparaison pour le premier, et d’intensification pour le second. Mais plus encore, il est intéressant de noter une forme de parallélisme en chiasme, où « remets-nous nos dettes » peut être placé en regard de « délivre-nous du mal » et « nous, nous remettons à nos débiteurs », en face de « ne nous laisse pas entrer en tentation ». Quant à la structure globale de la prière, nous observerions dès lors une symétrie entre les trois demandes en « tu », toujours encadrées par les cieux, et les trois demandes en « nous », commençant par celle du pain.

Et alors ?

Et alors, rien : c’est beau, c’est tout !