Nous avons jugé ces hommes, et c’est à présent notre silence qui nous juge

« En 1923, Albert Londres décide d’enquêter sur les pénitenciers de la Guyane. Ses articles pour Le Petit Parisien seront réunis plus tard dans un livre intitulé Au bagne, dont la lecture reste saisissante plus de soixante ans après que le bagne a disparu. Nous découvrons que nos ascendants se sont, à quelques grandes voix près, accommodés du chemin de la pourriture.

Il nous est interdit de nous croire meilleurs. Le bagne est devant nos yeux, à Fresnes, à Fleury, dans les maisons d’arrêt, et nous passons sans le voir. De même que les politiciens n’ont commencé à regarder en face la dureté de la procédure pénale qu’après avoir vu leurs petits camarades gardés à vue, retenant leur pantalon à deux mains, de même faudra-t-il, je le crains, attendre qu’un ministre, un directeur de l’administration pénitentiaire soient condamnés pour ‘mise en danger de la vie d’autrui’ pour que l’exécutif s’arrête un instant de twitter et considère la lèpre des ‘lieux de privation de liberté’. Je ne veux pas ici parler de la fonction de la peine, ni donner une doctrine de la prison. J’en serais bien incapable. Et puis il suffit d’y entrer, même pour une heure, pour que l’envie de théoriser disparaisse.

Lire la chronique de François Sureau