« Il faut éviter toute confusion entre identité politique et confessionnelle » (JL Marion)

A l’occasion de la sortie de son ouvrage, Brève apologie pour un moment catholique, Jean-Luc Marion, philosophe, académicien, répond aux questions du Monde des Livres. Parmi les réponses apportées, on peut retenir celle-ci :

Pour revenir à l’actualité, n’avez-vous pas le sentiment que le « moment catholique » de l’élection présidentielle a été raté avec l’échec de la candidature d’un François Fillon ?

Mon livre se veut plutôt un appel aux catholiques à accepter un examen de conscience sur le ratage qu’ont constitué deux alliances politiques, l’une à droite et l’autre à gauche. Il serait temps qu’ils renoncent à l’une comme à l’autre. En un sens, ma démarche va contre ce que certains catholiques ont cru lire dans la candidature de François Fillon.

Il faut éviter toute confusion entre identité politique et confessionnelle, non seulement parce qu’elle est vouée à l’échec, mais aussi parce qu’elle est contradictoire avec la théologie chrétienne de l’histoire. Croire qu’il fallait catholiciser la France politiquement – donc en recourant à la force – a fait des catholiques des adversaires de la séparation (terme que je préfère à « laïcité », lequel ne se trouve pas dans la loi de 1905) et par conséquent… de mauvais catholiques. Certains disciples du Christ ont vu en lui un roi d’Israël qui chasserait les impies. Il a au contraire respecté la séparation au point de ne jamais avoir de projet politique et même d’en mourir. Je ne supporte pas ces catholiques qui prétendent être plus chrétiens que lui. Quand l’Epître aux Hébreux [4, 12-13] nous parle de la parole de Dieu comme d’un glaive, cela signifie que la guerre ne se déroule pas là où on le croit. Elle se passe entre la parole de Dieu et la « nuque raide » des hommes. Pas sur le terrain politique.

Pour la bonne bouche, au-delà de cette interview, on peut aussi relever les extraits suivants de son ouvrage :

La séparation ne s’instaure ou ne peut guère s’instaurer que dans les pays qui ont été christianisés d’une manière ou d’une autre, qui ont été atteints par la révélation judéo-chrétienne. Et c’est d’ailleurs aussi sans surprise dans ces mêmes pays que l’incroyance individuelle peut devenir une attitude acceptée, tolérée voire encouragée, précisément parce que l’on sait ce que l’on quitte et que l’on assume. Dans tous les autres pays, même l’athéisme personnel devient impensable et impraticable, sinon dans la clandestinité et la marginalité.

 

Ou encore :

Quant aux catholiques (ou, plus souvent encore aux ex-catholiques et aux non-catholiques bouleversés par le dernier contre philosophique de Houellebecq), eux qui déplorent que l’islam les envahisse, il leur reste au moins un moyen de résister à la fois pacifiquement et efficacement – qu’ils retournent à l’église le dimanche !

Et une petite pour la route :

Ainsi l’Etat doit-il rester neutre, précisément parce que la société ne l’est pas.