Alors, il te plaît, mon gros pop-up ?

Salutaire mais surprenant : l’inquiétude sur le porno sort un peu des milieux cathos, certes précurseurs mais qui peinent à mobiliser sur le sujet. Alors que Laurence Rossignol annonçait une réflexion pour bloquer l’accès aux mineurs, c’est la Fondation pour l’Innovation Politique qui sort une note sur le sujet (accessible sur le site de la Fondapol dans une note au titre explicite : « Porno addiction : nouvel enjeu de société »).

Et, si le titre de ce billet a coupablement succombé au second degré, cette note illustre aussi la misère sexuelle à laquelle la consommation de porno peut conduire des adultes, en raison de phénomènes neurologiques observés.

Les pages 18 et 19 sont consacrées aux « effets du porno : l’escalade vers l’extrême » – et notamment ce fait qui peut paraître ridicule : un homme peut se trouver sexuellement excité par l’allumage de son ordinateur ou l’apparition d’un pop-up.

Au final, non seulement les personnes risquent de perdre leur aptitude à une activité sexuelle normale (et mettre ainsi en danger leurs relations réelles) mais, plus encore, sous l’effet des décharges répétées de dopamine, se trouver moins sensibles à toutes les activités génératrices de dopamine, en ce compris les activités sociales, sportives ou artistiques.

La note souligne aussi qu’a été observé non seulement une baisse de l’attirance sexuelle pour son partenaire, son conjoint, mais également une baisse de l’attachement sentimental (p. 21) : « le porno est susceptible de faire perdre tout intérêt pour le partenaire habituel. » Autant savoir à quoi l’on s’expose dans une activité que tous – dont quelques politiques, récemment – dépeignent comme anodine et qui, de prime abord, paraît sans conséquences.

« Grâce à la multiplication des études réalisées sur le sujet, il est désormais possible d’observer et de référencer les effets du porno sur le cerveau humain.
Sur le plan neurologique, sa consommation induit un conditionnement de type chimique qui se décompose en deux processus concomitants :
– le phénomène dit de « sensibilisation » (au porno) : il désigne l’établissement de nouvelles connexions neuronales en faveur d’un certain comportement perçu comme gratifiant. Les différents circuits neuronaux activés lors de la stimulation deviennent de plus en plus interconnectés et réactifs les uns aux autres. Les connexions nerveuses ainsi remodelées rendent le sujet hypersensible aux divers stimuli qu’il peut associer au porno (allumage de l’ordinateur, pop-up explicite, solitude, ennui, etc.), déclenchant un désir sexuel automatique, indépendamment de tout contexte sexuel. En somme, un réflexe pavlovien. Il lui devient alors très difficile de ne pas succomber au comportement addictif dès lors qu’il est soumis à ces stimuli indirects. Ce remodelage des connexions neuronales est un processus d’apprentissage appelé « neuroplasticité ». Il a lieu en permanence au cours de notre vie et a pour but originel d’orienter l’individu vers les comportements perçus comme répondant à ses besoins naturels. Plus l’expérience est intense (niveau élevé de dopamine), plus les connexions nerveuses sont renforcées ;
– le phénomène dit de « désensibilisation » (à la dopamine) : fréquemment soumis à des niveaux élevés de dopamine, le sujet développe une tolérance qui se traduit par une baisse du nombre de récepteurs à la dopamine dans le cerveau. C’est une forme de « défense » neurologique face aux chocs hormonaux intenses et répétés. En conséquence, le sujet est de moins en moins sensible à l’excitation et a besoin de décharges de dopamine de plus en plus puissantes afin d’être sexuellement stimulé. »

La note pointe encore une raison supplémentaire pour prendre garde aux comportements des enfants et des adolescents :

L’accès libre au porno par les enfants étant un phénomène relativement récent, on manque encore de recul pour en mesurer l’impact sur leur vie sexuelle adulte, mais l’extrême malléabilité de leur cerveau laisse présager une amplification dramatique des effets déjà constatés sur les adultes.

On le voit : l’enjeu dépasse le seul fait d’expliquer aux enfants que le porno, « ce n’est pas la réalité ».