La spiritualité n’est pas entrée en moi par effraction

9265Besoin d’une petite lueur dans des perspectives trop sombres ? Yves Duteil a publié un billet évoquant son livre à paraître. Et rien que l’extrait qu’il choisit offre quelques promesses. Quand bien même l’on souhaiterait aller au-delà que la seule spiritualité, du nom des rayons fourre-tout en librairie, le seul fait de s’échapper du matérialisme et du consumérisme est déjà une heureuse dissidence.

La spiritualité n’est pas entrée en moi par effraction : j’ai compris qu’elle était déjà là, qu’elle attendait le moment opportun pour me proposer son bras, comme on aide le malvoyant à traverser la rue aux mille dangers… Attendrie par notre ignorance, elle nous offre un espace de vérité. Irrationnelle à première vue, elle parvient à s’imposer par son évidente simplicité. Une intime conviction, étayée par des signes, sans apprentissage, quand l’élève est prêt, le maître arrive. Sous la forme de rencontres, elle nous invite à une affinité intuitive avec des êtres dont la voix, le visage ou la lumière nous éclairent un instant la route. Un service de phares et balises qui s’allume au passage comme pour nous dire « c’est par là »… La spiritualité joue avec nos nerfs, mais elle attend son heure, accoudée au balcon de notre existence, comme l’inconnue d’une équation qu’on ne calcule pas mais qui détient la clé de notre identité remarquable… Puis un jour, elle avance dans la lueur de notre désespoir, et nous dit en silence: « bon, on y va ? ». Et si la clé était ailleurs ? Une petite boussole de voyage dort toujours dans notre poche intérieure. C’est notre kit de survie…