Le renouveau biblique n’a pas vraiment eu lieu

captureLa Vie a interviewé fr. Olivier-Thomas Venard op, Vice-directeur de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (EBAF), docteur en théologie et en lettres, et directeur du projet la Bible en ses traditions (Best). La finalité et les principes essentiels de ce programme ont été publiés il y a quelques années dans un volume de démonstration, disponible sur l’internet.

Pour La Vie, il s’agit d’un « ambitieux programme de traduction, commentaires et annotations du texte biblique sur Internet, par des équipes internationales, interdisciplinaires et interconfessionnelles. Le chantier en ligne vient d’être ouvert gratuitement au public, avec une invitation aux chercheurs, aux passionnés et aux érudits à proposer leur aide. La spécificité de la démarche ? Une attention très forte à l’histoire de la réception du texte dans les traditions juive, chrétienne ancienne et moderne, mais aussi dans la culture, à travers la littérature, la philosophie et les arts visuels. » Extrait :

Qu’est-ce qui fait que je respecte l’autre et que je crois en la raison ? Quand on voit ce que les rationalismes totalitaires ont produit comme horreurs au XXe siècle, il n’y a plus de raison de croire en la raison. Les « postmodernes » l’ont bien compris. Certains sont allés le chercher dans l’esthétique, d’autres ailleurs… Mais comme nous l’a rappelé Benoît XVI, le fondement de la confiance en la raison, cela peut être l’incarnation du Verbe. Si le langage de Dieu lui-même s’est humblement blotti dans des mots humains, par les lèvres de Jésus-Christ, et a lancé dans le langage des hommes ce mouvement sublime qu’on appelle l’Évangile, alors toute parole n’est pas forcément menacée de mensonge : l’esprit humain peut dire la vérité, même s’il ne peut pas la posséder comme une idée claire et distincte. Comme l’affirment très bien C. S. Lewis et J. R. R. Tolkien, il y a un mythe historiquement réalisé, l’incarnation du Verbe, et c’est là qu’est toute notre confiance. Croire tout cela ne fait pas de nous des fondamentalistes, mais nous fait respecter plus et mieux l’activité rationnelle comme un lieu religieux.

A noter, parmi les fruits récents de ce projet, une nouvelle publication de Jean-Baptiste Edart, sous la direction de fr. Olivier Thomas Venard op, Saint Paul, Epître aux Philippiens, Leuven, Peeters, 2016, coll. La Bible En Ses Traditions n°2. Pour cet ouvrage, le père Jean-Baptiste Edart a réalisé la traduction de l’ensemble de l’épître et rédigé les notes grammaticales, historiques, stylistiques, philologiques de Ph 1-2. Présentation de l’éditeur :

L’édition de l’épître de saint Paul aux Philippiens ici offerte est un premier fruit du programme de recherches La Bible en ses traditions. Moins doctrinale que d’autres textes de Paul, l’épître aux Philippiens est une lettre d’amitié et d’exhortation. L’Apôtre, tout en consolidant son partenariat économique et spirituel avec la communauté de Philippes, l’appelle à persévérer dans l’obéissance et dans la joie. La formule de Philippiens 1,27 condense bien son intention profonde: axiôs tou euaggeliou tou Christou politeuesthe. Sa traduction littérale pourrait être: «Vivez seulement en citoyens selon l’Évangile du Christ». L’écart entre cette traduction et son rendu traditionnel en latin ou en syriaque – «Conduisez vous selon l’Évangile du Christ» – donne une idée de la distance entre le contexte originel de l’épître, au temps de l’empire romain, et l’application que ne cessent d’en faire les communautés de lecteurs au fil des siècles… Car l’enseignement paulinien demeure: aux membres d’une Église qu’il avait lui-même fondée, Paul se donnait en exemple pour adresser un appel bouleversant à aimer jusqu’à se vider de soi-même, en suivant le Christ.