Le dépistage des candidats catholiques continue

aleteia

Dans un article paru hier sur son site d’information catholique, Aleteia propose de se pencher sur les candidats de la Primaire de la gauche pour se demander lequel est le plus catholique.

La pratique n’est que la prolongation des analyses précédentes sur les candidats de la Primaire de la droite et du centre : la volonté d’attribuer des labels de catholicité en politique, à partir du rapport du candidat à des marqueurs catholiques et à partir de sa manière de les faire exister médiatiquement. Dans l’article d’Aleteia, on analyse à la fois la participation du candidat aux rites, son rapport à la foi, ses déclarations publiques et… son rapport à la franc-maçonnerie. Que dit cette attitude des catholiques ? Que signifie-t-elle pour la vie de foi et la vie politique ?

Politiquement, le débat en ressort fortement appauvri. Il suffit de cocher des cases en matière de comportement, d’ancrage sociologique, de croyance. On est bien loin d’une analyse politique de fond. On parle des Primaire comme d’une course de petits chevaux où il faut repérer de loin dans le brouillard qui a un dossard aux couleurs catholiques. Mais ces Primaires ont-elles du sens ? Parviennent-elles à renouveler les idées politiques ? Que disent-elles des évolutions de la gauche et des options politiques dans notre pays ? Au-delà même du fait de se lamenter sur la non participation des Poissons roses à la compétition, on peut aussi faire le constat de l’élimination d’autres outsiders comme Fabien Verdier. Le déroulement de la Primaire est une mauvaise nouvelle pour la politique en général et les catholiques devraient en premier lieu s’exprimer sur ce point, en n’oubliant pas la haute estime dans laquelle la doctrine sociale de l’Eglise tient la politique, « forme la plus haute de charité » pour le Pape François.

Être catholique devient toujours plus un marqueur sociologique, une donnée communautaire. Dire « les cathos » ou alors dire de quelqu’un « il est bien catho » renvoie à un ensemble de critères qui dépassent largemment la vie de foi : pas seulement la croyance mais la participation forte aux rites, à laquelle s’ajoute l’apparence vestimentaire, pas seulement l’adhésion à la doctrine sociale de l’Eglise mais l’affirmation de son discours spécifique sur les questions éthiques, voire un engagement continu autour de ces combats, qui permettent de se démarquer socialement, … Cela soulève deux questions : celle de la place des catholiques qui ne se reconnaîtraient pas dans ces marqueurs identitaires dans l’Eglise, qui est au fond celle de notre capacité à accepter des différences d’interprétation et la mise en débat, et, d’autre part, la question de l’assimilation de la foi à des marqueurs sociologiques. La cristallisation d’une « communauté catholique », par le fait même de ses spécificités dans le monde contemporain, devrait soulever toujours davantage ces questions.