Du plein au vide

« Avec la déification de soi-même naît l’angoisse extrême de la mort qui apporte la tentation extrême de la mort : le suicide.
Le suicide est le test exactement contraire du sacrifice, lequel traduit une plénitude, civique ou religieuse. Il consacre la dislocation totale de l’individuel et du civique.
Là où le suicide se manifeste, non seulement la société n’a pu chasser la mort, non seulement elle n’a pu donner le goût de la vie à l’individu, mais encore elle est vaincue, niée ; elle ne peut plus rien pour et contre la mort de l’homme. L’affirmation individuelle remporte son extrême victoire qui est en même temps irrémédiable désastre. Là où l’individualité se dégage de tous ses liens, là où elle apparaît seule et rayonnante, la mort non moins seule et rayonnante se lève comme son soleil ».

Edgar Morin

Le suicide assisté, droit suprême ?

« Si les mots ont un sens, être tué serait donc l’ultime conquête sociale, le Graal des droits de l’homme. On n’aura pas le mauvais goût de rappeler à Jean-Luc Mélenchon qui, jadis, disait : ‘¡Viva la muerte!’ Il le sait : ce sont les franquistes. À peu près toutes les figures tutélaires dont se réclame le candidat de la France insoumise se retournent dans leur tombe devant l’affirmation de ce qui devient le grand projet d’un individualisme triomphant mais désenchanté. Sans parler des héros des luttes syndicales et politiques des derniers siècles, eux qui croyaient que le progrès consiste à défendre les fragiles contre l’exploitation sociale et l’oppression politique ».

Jean-Pierre Denis, dans La Vie

Le suicide médicalement assisté prisé des assureurs américains

stephaniepackerLa Californie a récemment voté une loi autorisant le suicide médicalement assisté. Conséquence immédiate, rapporte le Washington Times : une mère de famille atteinte d’un cancer en phase terminale a appris que son assureur refusait de prendre en charge la chimiothérapie recommandée par ses médecins pour adoucir ses derniers mois, mais acceptait de rembourser les 1,20 dollars que coûte la pilule pour se suicider. Stephanie Packer, la jeune mère de famille, témoigne aussi de l’évolution de la mentalité des membres de son groupe de malades en phase terminale depuis le vote de la loi. Avant, ils s’encourageaient mutuellement pendant leurs réunion. Maintenant, la dépression totale domine et ils expriment le souhait d’en finir. Cette histoire n’étonnera que ceux qui voient dans le suicide assisté une bataille uniquement philanthropique et mue par l’amour du prochain. Ceux qui alertent sur la liquidation annoncée des soins palliatifs et de l’accompagnement des malades en fin de vie verront en elle la confirmation de leur crainte. Les malades peuvent mourir dans la dignité, mais dans la dignité définie par les acteurs économiques de la protection sociale.

Aider les vieux à se suicider

seringue-de-remplissage-5-mlC’est l’un des derniers « axes de progrès » de ce pays « en avance » que l’on nous vante si souvent, les Pays-Bas. Dans un courrier adressé au Parlement, les ministres de la santé et de la justice écrivent :

Ces personnes ne voient plus de possibilité pour donner un sens à leur vie, vivent mal leur perte d’indépendance, ont un sentiment de solitude à cause peut-être de la perte d’un être cher, sont incommodées par une fatigue totale, une perte de valeur personnelle. Mais pour pouvoir mettre en place leur fin de vie, elles ont besoin d’aide.

Rêvons un peu. A ce que nos pays placent plutôt tous leurs efforts pour que des personnes âgées gardent un sens à leur vie, ne vivent pas une « perte de valeur personnelle », ne souffrent pas de la solitude. Les aider à se suicider est certes plus facile.