Lorsque les voies légales sont bouchées…

Une chronique alerte, voire une chronique-alerte, d’Erwan Le Morhedec dans La Vie :

Un gouvernant devrait savoir que, lorsque les voies légales sont bouchées, c’est la rue que l’on emprunte. L’enjeu dépasse la seule PMA, il engage le lien social. Or, cette fois, le pouvoir a souhaité l’organisation d’États généraux de la bioéthique, mais lorsqu’une opposition massive s’y est exprimée, on s’est empressé de la discréditer au prétexte qu’elle serait militante – comme s’il existait d’autre participation que militante à ce type d’événements – et l’avis du CCNE a été rendu comme si ces états généraux ne s’étaient pas tenus.

Médecine : quelle finalité ?

Éléonore Le Cesne, interne en médecine, s’interroge :

Les études de médecine enseignent que le médecin a une obligation de moyens en vue d’une finalité médicale. Elles n’enseignent pas que le médecin a une obligation de résultats en vue d’une satisfaction sociétale, par le biais de moyens médicaux. En conséquence, la société ne peut user de la médecine, et du médecin, pour contourner une problématique d’ordre civil et physiologique. C’est même la garantie de la liberté de la médecine vis-à-vis de toute action politique, et de tout lobbyisme. Le contraire serait à redouter.

Si on considère ce raisonnement comme dépassé, alors il faut admettre logiquement que la médecine a changé de finalité, et s’interroger : quelle est cette nouvelle finalité ? Et où nous mène-t-elle ?

La dignité de la procréation

Tous les évêques de France ont signé une déclaration, « La Dignité de la procréation », pour expliquer leur position sur l’Assistance Médicale à la Procréation.

« Notre attitude n’est pas d’être “contre”. explique Mgr d’Ornellas. Mais nous sommes pour la dignité de la procréation. » « Nous entendons les souffrances. Mais c’est avec sérénité que nous présentons ici des arguments éthiques car c’est le dialogue que nous cherchons et non la confrontation. »

 

 

 

Débat politique vs dimension anthropologique

Jean-Yves Nau s’interroge sur la diabolisation des opposants à la PMA pour toutes, en citant le professeur Sicard :

J’ai avant tout été frappé par une forme de diabolisation des opposants à l’évolution de la loi dans les débats auxquels j’ai participé et dans les médias. Ceux qui ne sont pas d’accord avec l’ouverture de la PMA ou la modification de la loi sur la fin de vie sont très souvent traités de «réacs», d’obscurantistes ou désignés comme croyants. Ils sont accusés de mépris envers les couples homosexuels ou les femmes célibataires. C’est une manière de fermer le débat, de dénier à l’autre sa capacité de réflexion ou de mettre en doute son raisonnement en le considérant comme biaisé par une idéologie. J’y vois une confusion entre le débat politique et la dimension anthropologique de ces thèmes.

 

Hep garçon, un enfant !

« En avril 2014, la couverture de l’hebdomadaire américain Bloomberg Businessweek affichait le slogan Freeze your eggs, free your career — Congelez vos ovocytes, libérez votre carrière. Une manière de plier la biologie aux exigences sociétales. La même année Facebook et Apple annonçaient leur intention de proposer à leur personnel féminin la prise en charge financière d’une telle congélation — histoire de permettre d’optimiser les carrières en mettant en veilleuse le projet d’enfant. Une pression douce qui en dit long sur la conception 2.0 de la vie privée dans la Silicon Valley… »

Entretien Jean-François Bouvet – Eugénie Bastié

Nous sommes une génération d’abandonnés

« ‘Nous sommes une génération d’abandonnés, orphelins de nos origines’… À l’heure où la question de la procréation médicalement assistée revient sur le devant de la scène médiatique, la première génération d’enfants issus d’un don de gamète anonyme veut faire entendre sa voix. ‘Nous avons à présent un recul de plus de 40 ans sur ces techniques. L’ouverture de l’assistance médicale à la procréation implique au préalable le devoir impérieux de prendre en compte notre expérience, celle des parents et des donneurs’, scandent les membres de l’association Procréation médicalement anonyme (PMA) qui militent pour l’accès aux origines.

Agnès Leclair dans Le Figaro

José Bové, démonteur de cyborgs

« Un rapport sur la robotisation a été débattu au Parlement européen le 14 février…
Le rapport est fou. L’objectif de ce texte est de considérer comme une personne électronique tout robot qui prend des décisions autonomes et qui agit de manière indépendante avec des tiers. Il faudrait donc créer une identité juridique pour les robots ! On crée de toute pièce un droit pour des personnes électroniques afin de pouvoir débattre de ces questions avec eux. C’est assez extraordinaire : on ne considère plus le robot comme un outil appartenant à une technologie nouvelle, mais comme une personnalité juridique ».

Lire l’entretien sur Limite

Ouverture de la PMA à toutes les femmes en 2018

Le gouvernement en difficulté, la tentation de reprendre l’avantage sur le terrain sociétal, avec des arguments déjà entendus sur d’autres thèmes. L’histoire, un éternel recommencement ?

« Sans vouloir ‘préjuger du débat parlementaire’ qui suivra, Marlène Schiappa a confirmé que le gouvernement proposerait à ce moment-là ‘d’ouvrir la PMA à toutes les femmes’. ‘C’est une question de justice sociale’, permettant de mettre fin à une ‘forme de discrimination à l’égard des femmes lesbiennes et célibataires’ et à ‘l’inégalité’ entre celles qui ont les moyens financiers de recourir à des PMA à l’étranger et celles qui ne les ont pas, a-t-elle précisé.

Sur francetvinfo.fr

L’enfant, objet de désir puis produit manufacturé ?

« La véritable question, c’est effectivement la disparition du père. Mais aussi le fait que l’enfant devient un simple produit manufacturé : sous prétexte qu’il est objet de désir, il est mis à la disposition des adultes, comme l’on ferait pour une voiture ou un smartphone à la mode ! Le problème est que l’enfant n’est pas un objet qu’il suffirait de désirer. L’enfant est une personne qui doit être respectée dans sa conception, dans son origine et dans son développement. L’enfant n’est pas un dû, mais un don ! »

Mgr Aupetit dans Famille Chrétienne

Le célibataire, ce handicapé.

94331107_c001kd_a_father_lifting_his_son_in_the_air-large_transqvzuuqpflyliwib6ntmjwzavhxqzbmczl0sj3gtk990Au nom d’un « droit à se reproduire », l’incapacité à pouvoir s’auto-reproduire pourrait bien être considéré sous peu comme un handicap, et les célibataires sans enfant comme souffrant d’infertilité, sociale.

C’est ce que rapporte The Telegraph. Ainsi les experts de l’OMS auraient résolu de définir de nouveaux standards et, poursuivant la logique toujours plus absurdes des droits individualistes, consacreraient un « droit à la reproduction ».

Under the new terms, heterosexual single men and women, and gay men and  women who want to have children would be given the same priority as couples seeking IVF because of medical fertility problems. Dr David Adamson, one of the authors of the new standards, said: “The definition of infertility is now written in such a way that it includes the rights of all individuals to have a family, and that includes single men, single women, gay men, gay women.

Ce point mérite l’attention tant, d’une part, il consacre la conception de la vie en société comme la mise en œuvre de droits personnels, individuels et individualistes et, d’autre part, il ouvre la voie aux pratiques que l’on sait largement contestées aujourd’hui, autour de la PMA et de la GPA.