Pensée complexe et communication directe

Une partie de la presse n’a manifestement pas apprécié la justification de l’Elysée de rompre avec la traditionnelle interview du chef de l’état le 14 juillet : « la « pensée complexe » du président se prête mal au jeu des questions-réponses avec des journalistes » selon une source de l’entourage présidentiel dont le Monde s’est fait l’écho. De Thomas Vampouille pour Marianne à Daniel Schneidermann pour Libération, la pilule a du mal à passer. Dès lors, il n’en fallait pas plus pour moquer le verbe et la pensée complexe du président, et les commentaires de son discours devant les parlementaires à Versailles hier n’ont pas été en reste.

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La messe est dite ?

Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef du journal La Croix, était l’invitée de l’émission politique « C’est dans l’air » ce lundi 17 avril. Lundi de Pâques oblige, l’émission était consacrée à la place des religions dans la campagne présidentielle. Si elle permet quelques clarification sur la nature de Sens Commun à destination d’un public extérieur au monde catholique et si elle dresse un vaste panorama des interactions passées, présentes et futures entre religions et programmes, elle pêche par manque de précision dans l’analyse et la définition des notions. Lire la suite

Foi de politiques

Ils ont eu une vie de foi, enfants. Ils sont candidats à la présidentielle. La Croix revient dans un article publié ce lundi sur le parcours de foi des principaux candidats, depuis Jean-Luc Mélenchon jusqu’à Marine Le Pen. Il est intéressant de noter la manière dont chacun se situe vis à vis de son héritage familial ou de ses choix de jeunesse, vis à vis de l’Eglise et de la pratique religieuse.

Il est plus intéressant encore de se demander quels candidats mobilisent aujourd’hui un imaginaire chrétien dans leur campagne. La palme revient alors sans nul doute au « christique » Emmanuel Macron, suivi de près par Jean-Luc Mélenchon, candidat du « sel de la Terre », véritable prophète de la VIe République. Contrairement à François Fillon, candidat désireux d’incarner des « valeurs catholiques », ces candidats croient que la politique rejoint le religieux à travers une dimension sacrée qui consiste à conduire une peuple vers un horizon qui le transcende. La politique n’est ainsi pas dépourvue de religiosité, de dévots, de pharisiens et de Judas. Certes, le Royaume n’est pas de ce monde et il importe de remettre la politique à sa juste place, mais il est intéressant de se demander si cet afflux de religiosité électorale n’est pas le signe d’un univers politique en quête de salut, espérant toucher l’âme des électeurs à défaut de pouvoir séduire leur raison, le signe de Temps politiques à bout de souffle, qui se défendent d’être les derniers ?

Voter c’est discerner

Un article publié dans La Croix hier rappelle l’apport de la doctrine sociale de l’Eglise pour les chrétiens en période électorale.

La DSE n’est évidemment pas un critère de vote unique invitant à se tourner vers un candidat et un programme. L’article resitue bien la notion de « points non négociables » dans les textes dont elle est issue : la liste de ces points recoupe différents aspects de la dignité humaine, en matière d’éthique comme en matière d’économie. Plus largement, le Pape Benoît XVI avait invité, dans les textes concernés, au « respect du bien commun ». Comme a pu le dire Mgr Jean-Luc Brunin, « voter, c’est discerner ».

En resituant la doctrine sociale sous cet angle, l’article nous invite à trois actes concrets : le discernement n’est évidement pas sans lien avec la prière, véritable nourriture du discernement. Mais ce dernier nous tourne aussi vers le dialogue, notamment entre catholiques, afin de confronter nos réflexions et d’enrichir ce temps de discernement. Enfin, on peut se demander jusqu’où doit aller le discernement autour de candidats que l’on considèrerait comme « les moins pires » et si le discernement ne doit pas se porter aujourd’hui sur l’acte du vote en tant que tel, en tous cas sur la crise politique et l’urgence d’un engagement renouvelé des chrétiens. Ces élections nous invitent à nous demander, pour reprendre les mots du Pape François, que faire pour ne pas se contenter de regarder « du balcon » ? Comment répondre autrement que par le vote à notre insatisfaction politique ?

Voter en chrétien : oui mais comment ?

Un long article publié dans la Vie par Marie-Lucile Kubacki fait état des réflexions actuelles des chrétiens sur leurs critères de vote, à l’approche de la présidentielle.

Bien entendu, si plusieurs points d’attention restent partagés par les chrétiens (respect de la vie, attention au plus faible, au bien commun, à la dignité humaine et à la paix), on constate que les désaccord apparaissent dès lors qu’il s’agit de hiérarchiser ces points, notamment pour évoquer des « points non négociables ». Les constats posés par cet article nous rappellent que les chrétiens appartiennent aussi, chacun, à une sociologie, à une histoire familiale. Lire la suite

Europe : joyeux anniversaire grand-mère

On se rappelle les mots du Pape François au Parlement Européen à Strasbourg, puis lors de la remise du Prix Charlemagne : l’Europe est une vieille grand-mère qui doit aujourd’hui retrouver une part de sa jeunesse.

L’anniversaire du Traité de Rome du 25 mars 1957 est l’occasion de se repencher sur les liens entre projet européen et christianisme, comme nous y invite une émission de France Inter à laquelle a participé Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef adjointe du quotidien La Croix. L’occasion aussi de relire sur le blog des Cahiers Libres une synthèse sur la pensée de Schuman : « l’Europe selon Robert Schuman ».

Surtout, il faut lire le discours du détenteur du Prix Charlemagne, le Pape François, prononcé lorsqu’il a reçu, ce vendredi 24 mars, des dirigeants européens inquiets de la montée des populismes pour leur donner une nouvelle leçon d’Europe. Lire la suite

Le premier grand débat : antidote ou poison de la campagne ?

Il y a deux manières de considérer le grand debat de ce soir, entre les cinq principaux candidats à la présidentielle, comme il y a deux manières de considérer les primaires : salut ou aveux de faiblesse démocratique ? On a pu souligner la forte participation aux primaires comme on insistera demain sur le fort niveau d’audience du débat. On évoquera alors le fait que « oui, les Français s’intéressent vraiment à la politique », que l’on aura assisté à un « beau moment de démocratie » et que ce débat aura pu offrir « une séquence d’explication avec les Français, les yeux dans le yeux ». Bref, on saura se rassurer sur la stabilité retrouvée de notre système démocratique, à quelques semaines du premier tour. Vraiment ?

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Maintenant tout commence

 

ATHLETISME departLa victoire de Benoît Hamon à la Primaire de la gauche ouvre une nouvelle étape dans la campagne présidentielle.

Les candidats des différents partis étant enfin désignés, les différents protagonistes vont pouvoir entrer dans le cœur de l’affrontement. En particulier, Marine Le Pen – qui a gardé un relatif silence jusqu’alors en laissant monter la déception par le seul jeu de ses concurrents – ne devrait pas tarder à entrer dans l’arène. Même si quelques incertitudes planent encore à droite sur la candidature Fillon, entâchée d’accusations d’emplois fictifs – la désignation du candidat socialiste va ouvrir une nouvelle étape dans le débat politique.

Pour le parti socialiste lui-même, le jeu est loin d’être verrouillé par le résultat de la Primaire : on pourrait croire Benoît Hamon désigné d’office chef légitime de l’opposition pour le cinquennat à venir, mais un faible score des socialistes à la présidentielle pourrait tout aussi bien signifier des règlements de compte sévère au sein du parti après le scrutin. Considérée par les observateurs comme un véritable Congrès du PS, la Primaire de la Gauche pourrait alors n’en être que le premier round, le second se jouant après la présidentielle. Il pourrait ainsi permettre un retour de Manuel Valls et la transformation fondamentale – voire la disparition – du PS.

Les élections présidentielles françaises sont largement suivies à l’étranger, dans un contexte de bouleversements politiques forts intervenus dans plusieurs pays à la suite d’élections ou de réferndums (en Italie, en Angleterre, aux Etats-Unis, …). Les Français vont-ils vouloir eux aussi tourner une page ? De quelle façon ?

Plus que jamais, il est temps de vivre cette campagne dans la prière, tournés vers le monde politique en devenir.

Si vous avez manqué le débat Koz/Dandrieu

Erwan-Morhedec-Laurent-Dandrieu_0_730_409 C’est le débat de ce début d’année 2017 dans le monde catholique français. La parution des deux ouvrages d’Erwan le Morhedec (dit Koz) et de Laurent Dandrieu autour de l’identité chrétienne ne cessent d’alimenter le débat autour du lien entre foi, nation et identité (Identitaire, le mauvais génie du christianisme, publié au Cerf pour le premier, Eglise et immigration, le grand malaise, publié aux Presses de la Renaissance pour le second). Il y a même un débat sur le fait de savoir s’il s’agit d’un débat. Ici et là on répète qu’il y a toujours eu des « identitaires » et qu’il y en aura toujours, ou qu’il est inquiétant d’instiller la division entre catholiques, quand on devrait plutôt reserrer les rangs dans les débats du monde contemporains. Pourtant, deux arguments prêchent en faveur de ce débat : un argument de contexte, car il faut bien avouer que les questions d’identité n’ont rien d’anodin dans une période marquée par la crise des migrants et les multiples attentats et que les discours ont éclairement évolué chez les catholiques vers une préoccupation croissante pour ces sujets ; un argument plus ecclésial, car la pensée sociale de l’Eglise se construit aussi à partir des débats entre laïcs. La figure du Pape François – et donc la formulation de cette doctrine sociale – se retrouvent au centre du débat.

La politique est, par essence, l’espace de définition des oppositions. Faire de la politique n’implique pas pour un chrétien de nier les oppositions de fond. Il y en a précisément une, ici, dans le contexte actuel : la catholicisme n’est-il pas en train d’être happé dans une dynamique identitaire générale indexant la foi à un corpus culturel qu’il s’agirait de défendre ?

Il est possible d’avoir un aperçu de ce débat via différents medias : en podcast sur le site de Radio Notre-Dame ou en vidéo sur le site de La Croix.

Source photo : Flavien Edenne ; La Croix

Le Roi Hamon ?

imageComment comprendre la première place de Benoît Hamon au premier tour des Primaires de la gauche ?

Il est possible de raisonner d’abord selon les clivages et jeux d’opposition traditionnels du monde politique, en voyant dans la première place de Benoît Hamon une victoire des Frondeurs et une prise de distance des électeurs de gauche avec le bilan de François Hollande et de son premier ministre. Dans une telle optique, on peut entendre ici et là que le vote en faveur de Benoît Hamon est un vote « plus à gauche », « plus socialiste » que le vote en faveur de Manuel Valls. Ou un pur vote de rejet à l’encontre de ce dernier.

Mais il est plus intéressant d’analyser ce score à la lumière des évolutions actuelles de la gauche. Lire la suite

Radiographie du vote catholique à la mi-janvier

ifop FC

Famille Chrétienne expose les résultats d’un sondage Ifop sur le vote des catholiques à la présidentielle, effectué à sa demande.

Si la dynamique en faveur de François Fillon semble se confirmer, il est intéressant de constater que le vote FN des catholiques pratiquants s’est considérablement rapproché de la moyenne des Français et qu’Emmanuel Macron mobilise beaucoup moins chez les catholiques pratiquants que dans l’ensemble de la population (9% d’un côté, 17% de l’autre).

A ce stade, plusieurs facteurs amènent à prendre avec des pincettes ces intentions de vote des catholiques, comme les intentions de vote en général. Les catholiques ne sont pas plus épargnés que l’ensemble des Français par une lassitude à l’égard de la classe politique, une tendance au vote « flottant », incertain, évoluant au gré des mois et des semaines. A gauche, le champ reste encore très ouvert dans l’attente des résultats des Primaires et, plus encore, de ses suites : dans quelle mesure se dirige-t-on vers une dispersion des votes à gauche ? Les catholiques ont sans doute des positions plus arrêtées que la moyenne des Français sur les différents candidats de la Primaire de gauche, selon leur rapport au fait religieux, ce qui pourrait les amener à dédaigner le candidat socialiste, selon la personalité élue.

Libé face au phénomène Fillon

Sans titre

Encore un article qui s’emploie à analyser la place de l’électorat catholique dans la présidentielle.

Alain Duhamel livre dans une chronique politique publiée dans Libération hier son analyse sur le fameux «je suis gaulliste et, de surcroît, je suis chrétien» de François Fillon, qui n’a pas fini de faire couler de l’encre. La première partie est intéressante, rappelant que l’argument de « séparation entre politique et religion » est un faux argument. Il est dommage que la seconde résume la question identitaire au seul vote FN, sans analyser davantage les évolutions de l’électorat de droite, la droitisation de la vie politique française, la connexion croissance entre questions identitaires et questions religieuses. Preuve que le FN polarise toujours les commentateurs de la vie politique française, plus encore que le seul jeu politique.

Un article qui peut néanmoins être salué dans la mesure où il part du point de vue des catholiques :

« C’est, en réalité, plus gênant pour l’Eglise catholique que pour la République laïque, car l’objectif de François Fillon n’est en rien de remettre en cause la loi de 1905 mais est, en revanche, très clairement de disputer l’électorat catholique traditionaliste au FN. »

Ségolène, nouvelle Jeanne d’Arc de la Primaire ?

jeanne-darc-segoAprès avoir vertement critiqué Manuel Valls sur le 49-3 et affiché son intérêt pour Emmanuel Macron sur Europe 1 ce dimanche, Ségolène Royal semble vouloir jouer les trublions dans la Primaire de gauche. Elle qui a toujours accordé de l’importance à Jeanne d’Arc voudrait bien, au fond, devenir l’arbitre de cette Primaire et du rassemblement de la gauche – non tant pour « faire » le prochain Roi de France que pour se préparer un nouveau rôle clé, loin des bûchers de l’oubli dans lesquels pourrait l’entrainer la fin du règne de François Hollande. Cachant moins que jamais ses différends avec Manuel Valls (concurrent de l’impossible rassemblement), Ségolène Royal a reçu le 4 janvier dernier Emmanuel Macron, autre personnalité passionnée par la pucelle d’Orléans, et parti en cavalier seul dans la course à l’Elysée. Tout en montrant ainsi sa grande liberté dans le cadre de la Primaire, Ségolène Royal veut afficher sa capacité à dialoguer avec chacun (elle dit avoir été contactée aussi par Benoït Hamon) et à se poser en dernier recours pour rassembler la gauche.

Ce n’est donc aucunement un hasard si l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 exposait tout récemment ses connivences avec Jeanne d’Arc lors de l’émission « Et si c’était vous ? », elle qui a passé son enfance dans un village des Vosges « non loin de Domrémy ». Fascinée enfant par un vitrail de l’église de son village représentant Jeanne d’Arc, elle en fait lors de cet entretien une quasi sainte-patronne républicaine, figure féministe et émancipatrice, symbole en creux des échecs de la gauche :

je viens d’une famille catholique, pratiquante, donc j’allais à la messe tous les dimanche, et même aux vêpres l’après-midi, donc vous voyez… et il y avait dans cette église la seule figure féminine, à part Marie, Jeanne d’Arc qui était magnifique, avec cet oriflamme, ce drapeau…[…]

la gauche a abandonné Jeanne d’Arc, la gauche a abandonné la nation, la gauche a abandonné la valeur travail […], la gauche avait abandonné la famille [….] par fragilité idéologique ou en se laissant déborder par une réappropriation de ces symboles par la droite.

Elle dit respecter les positions de ceux qui se sont mobilisés contre le Mariage pour Tous tout en récusant les débordements qui se sont exprimés et en refusant tout affichage de la foi en politique. Cette dernière « n’a pas à venir dans le champ politique ». Le transfert du sacré est pourtant assumé, pour Ségolène Royal, de l’Eglise à la politique.

Le Pape François, les catholiques et l’identité

dandrieu-koz Suite à la parution ce mois de janvier du livre d’Erwan le Morhedec Identitaire, le mauvais génie du christianisme, le débat paraît lancé dans le monde catholique sur le rapport de l’Eglise et des baptisés à l’identité, à la nation et à l’immigration (voir articles du Monde et de la Vie). Il faut dire que paraît, dans le même temps un ouvrage de Laurent Dandrieu intitulé Eglise et immigration, le grand malaise. Le pape et le suicide de la civilisation européenne, qui prend lui aussi position – à l’opposé – sur les déclarations du Pape concernant les migrants.

Une figure semble bel et bien surplomber le débat : celle du Pape François. Symbole pour les uns d’un discours pro-immigration dans lequel il embarque l’Eglise catholique, il est pour les autres un acteur direct de la doctrine sociale, accomplissant une mission d’actualisation et de mise en acte de l’évangile et de la parole des papes précédents.

Ce n’est donc pas un hasard s’il sera placé au centre d’un débat organisé par la Procure, à Paris, avec les deux auteurs concernés, le 1er février prochain : soirée « autour du Pape François » et, à n’en pas douter, autour de la notion d’identité. L’occasion de rappeler que la doctrine sociale de l’Eglise n’est pas un corpus lisse fournis une fois pour toute par l’Institution mais bien une pensée vivante qui se nourrit des débats entre croyants.

Chine : un peu de théologie politique

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Le cas de l’Église chinoise nous rappelle toujours un principe exprimé avec force par le théologien politique William Cavanaugh : l’Église ne peut être soluble dans une nation, dans une superposition totale du théologique et du politique. Car l’Église a elle-même un rôle politique intrinsèque, pour la simple et bonne raison que les croyants obéissent à Dieu avant d’obéir à un pouvoir terrestre. En cela, l’Église est du monde et pas du monde, elle est fondamentalement une puissance étrangère, non pas parce qu’elle serait à la solde du Vatican, mais d’abord parce qu’elle se place entre les mains de Dieu.

La réunion par le pouvoir chinois ces 27-29 décembre dernier d’une « IXe Assemblée nationale des représentants catholiques », composée des évêques de l’Église officielle chinoise, va à l’encontre de ces principes. Elle a été l’occasion de déclarations du pouvoir chinois indiquant quel rôle il entend donner à l’Eglise, comme le rapporte la Croix :

Les catholiques doivent « mieux s’intégrer dans la société », « combiner le patriotisme à leur ferveur pour l’Église », et « s’unir pour contribuer à la construction du socialisme à caractéristiques chinoises », a martelé au cours de cette réunion Yu Zhengsheng, haut responsable du régime communiste et président du « Comité national de la Conférence politique consultative du peuple chinois » (CPCPC), cité par l’agence officielle Chine nouvelle. L’Église chinoise « doit adhérer au principe de l’administration autonome, s’occuper elle-même des affaires religieuses de façon indépendante et pousser les fidèles à adhérer au processus de « sinisation » de la religion »

En Chine, les religions « n’ont droit de cité que si elles sont autonomes par rapport à toute puissance étrangère« . Le problème donc, c’est que l’Eglise catholique ne peut qu’être, en partie, étrangère… Les questions géopolitiques qui concernent le Vatican sont toujours, en premier lieu, des questions théologiques.

Source photo : Eglises d’Asie.

Quand Matignon fait de la DSE

bernard-cazeneuve-remis-cadeaux-enfants-chretiens-dorient-refugies-france-matignon-mercredi-22-decembre-2016_0_730_485 C’est un instant symbolique des plus intéressants. Mercredi 22 décembre, des chrétiens d’Orient réfugiés en France étaient invités à Matignon pour la soirée de Noël, accueillis par un discours de Bernard Cazeneuve. L’événement mérite d’être analysé pour ce qu’il dit du lien entre religion et politique, au-delà même du message exprimé sur la protection des chrétiens d’Orient et des minorités d’Irak.

Il établit d’abord un lien entre Noël et le message de l’Eglise sur l’accueil des réfugiés. Doit-on rappeler que Marie et Joseph eux-mêmes ont été réfugiés en Egypte et à la recherche d’un refuge le soir de Noël ? Noël n’est pas une simple fête culturelle, commerciale et familiale : le geste témoigne du fait qu’il y a quelque chose de plus profond à tirer de cet événement. Bernard Cazeneuve l’a déclaré à cette occasion : Noël

« est un moment spirituel, de recueillement, ce n’est pas uniquement les cadeaux, c’est une fête qui conduit à prier, quand on est croyant, une fête qui a un sens profond »

Le second message concerne la place de la religion dans notre société : l’affirmation que la République peut accueillir en son sein les religions sans vouloir les dissimuler dans un univers commun neutre voire hostile. Ce message a été parfaitement exprimé par le P. Sabri Anar, curé de la paroisse chaldéenne Saint-Thomas, à Sarcelles, qui conduisait le groupe à Matignon. Selon ses propos rapportés par la Croix, il voit dans la réception à Matignon un « encouragement » et un « symbole » :

« Il est important pour nous de pouvoir se retrouver au cœur de la République »

Le quinquennat qui s’achève aurait eu besoin de bien des gestes de cet ordre pour réconcilier certains chrétiens avec la République.

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Le dépistage des candidats catholiques continue

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Dans un article paru hier sur son site d’information catholique, Aleteia propose de se pencher sur les candidats de la Primaire de la gauche pour se demander lequel est le plus catholique.

La pratique n’est que la prolongation des analyses précédentes sur les candidats de la Primaire de la droite et du centre : la volonté d’attribuer des labels de catholicité en politique, à partir du rapport du candidat à des marqueurs catholiques et à partir de sa manière de les faire exister médiatiquement. Dans l’article d’Aleteia, on analyse à la fois la participation du candidat aux rites, son rapport à la foi, ses déclarations publiques et… son rapport à la franc-maçonnerie. Que dit cette attitude des catholiques ? Que signifie-t-elle pour la vie de foi et la vie politique ?

Politiquement, le débat en ressort fortement appauvri. Il suffit de cocher des cases en matière de comportement, d’ancrage sociologique, de croyance. On est bien loin d’une analyse politique de fond. On parle des Primaire comme d’une course de petits chevaux où il faut repérer de loin dans le brouillard qui a un dossard aux couleurs catholiques. Mais ces Primaires ont-elles du sens ? Parviennent-elles à renouveler les idées politiques ? Que disent-elles des évolutions de la gauche et des options politiques dans notre pays ? Au-delà même du fait de se lamenter sur la non participation des Poissons roses à la compétition, on peut aussi faire le constat de l’élimination d’autres outsiders comme Fabien Verdier. Le déroulement de la Primaire est une mauvaise nouvelle pour la politique en général et les catholiques devraient en premier lieu s’exprimer sur ce point, en n’oubliant pas la haute estime dans laquelle la doctrine sociale de l’Eglise tient la politique, « forme la plus haute de charité » pour le Pape François.

Être catholique devient toujours plus un marqueur sociologique, une donnée communautaire. Dire « les cathos » ou alors dire de quelqu’un « il est bien catho » renvoie à un ensemble de critères qui dépassent largemment la vie de foi : pas seulement la croyance mais la participation forte aux rites, à laquelle s’ajoute l’apparence vestimentaire, pas seulement l’adhésion à la doctrine sociale de l’Eglise mais l’affirmation de son discours spécifique sur les questions éthiques, voire un engagement continu autour de ces combats, qui permettent de se démarquer socialement, … Cela soulève deux questions : celle de la place des catholiques qui ne se reconnaîtraient pas dans ces marqueurs identitaires dans l’Eglise, qui est au fond celle de notre capacité à accepter des différences d’interprétation et la mise en débat, et, d’autre part, la question de l’assimilation de la foi à des marqueurs sociologiques. La cristallisation d’une « communauté catholique », par le fait même de ses spécificités dans le monde contemporain, devrait soulever toujours davantage ces questions.

La lettre du Pape à la maire de Paris

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Le Pape François a adressé à Anne Hidalgo le 13 décembre une lettre visant à la féliciter de son action en faveur des migrants dans la capitale. Cette lettre fait suite à la participation de la maire de Paris à un colloque organisé à Rome le 10 décembre par l’Académie Pontificale des Sciences sur l’accueil des migrants et à son entrevue avec le Pape à cette occasion. Le Pape remercie Anne Hidalgo pour sa participation au colloque, auquel étaient invités 70 maires de grandes villes, et l’encourage dans son action :

«Je sais vos initiatives, vos batailles personnelles et les obstacles que vous devez surmonter. C’est pourquoi je souhaite vous exprimer mon admiration et ma gratitude pour votre action avisée et votre persévérance en faveur de nos frères et soeurs réfugiés. Ma porte vous sera toujours ouverte»

La fin de la lettre appelle, comme François en a l’habitude, à le soutenir en retour par la prière ou – assez curieusement-

 » de penser à [lui] en bien et de [lui] envoyer une “onde positive” « 

Certains pourraient y voir une concession faite à un interlocuteur non croyant. Il est plus intéressant de resituer cette lettre dans le contexte des grands engagements de François tout au long de son pontificat. Elle est d’abord le témoignage d’une parole forte sur la crise des migrants, depuis Lampedusa jusqu’à sa demande d’accueillir une famille de réfugiés dans chaque paroisse. Elle est aussi la démonstration de la volonté de François de dialoguer avec le monde et avec les responsables politiques. Enfin, elle rappelle l’importance accordée par le souverain pontife aux villes comme acteurs essentiels de l’univers politique, en droite ligne de l’encyclique Laudato Si. L’affaire est à rapprocher des rencontres organisées par le Pape avec les maires en amont de la Cop 21, auxquelles avait participé Anne Hidalgo.

Jean-Luc Mélenchon tend la main aux catholiques

Ce lundi, Jean-Luc Mélenchon répondait, dans une vidéo, à l’appel lancé par le Secours Catholique dans son dernier rapport sur la pauvreté, aux candidats à la présidentielle : « allez-vous parler de la pauvreté en France ? ».

« Là, il y a un rapport qui vient de sortir », explique-t-il, « c’est le secours catholique » et « ils demandent à tous les candidats à l’élection présidentielle [à propos de la pauvreté] : « est-ce que vous allez en parler, oui ou non ? » Alors moi je vous réponds en direct : oui, je vais en parler. Je vais en parler à tous mes discours, toutes mes interventions ».

« C’est pas forcément de leur côté que j’irais spontanément », avance le candidat à la présidentielle en parlant du Secours Catholique « mais je veux dire : ils ont fait du beau boulot, et ils font du travail. » Il ajoute : « quand il y a quelqu’un qui fait quelque chose, il faut l’aider, et il faut lui apporter du soutien même si on n’est pas toujours, politiquement, branchés de la même manière », « aidez le Secours Populaire, ou le Secours Catholique ».

Appel aux hommes de bonne volonté.

Fillon ou le mythe du raz-de-marée catholique

Pope Benedict XVI (R) poses next to French prime minister Francois Fillon (C) and his wife Penelope and their sons Antoine and Edouard during a private audience at the Vatican on October 10, 2009. AFP PHOTO / ALBERTO PIZZOLI
AFP PHOTO / ALBERTO PIZZOLI / 2009

La petite chanson commence à tourner en boucle sur les réseaux sociaux : contre les sondages et les journalistes, les catholiques auraient fait l’élection du candidat de la droite et du centre pour la présidentielle, en soutenant massivement François Fillon. La preuve ? L’opération séduction menée par François Fillon au cours de sa campagne en direction des catholiques, le ralliement de Sens Commun et, in fine, le vote masssif des départements de l’Ouest en sa faveur. Dédaigneux, refusant de percevoir le poids réel des catholiques en politique, les médias, aveuglés, auraient bien mérité leur claque. Un fabuleux come back au coeur des fantasmes de la Manif pour Tous.

Qui sont les tenants de cette hypothèse ? On les trouve en premier lieu dans le champ médiatique (voir notamment ici et ici) , souvent du côté de ceux qui n’avaient pas prévu la victoire de François Fillon, Lire la suite

Primaires : qui aura la bénédiction des catholiques ?

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Dimanche la messe sera dite. En attendant, les candidats à la Primaire de la droite et du centre ont envoyé quelques derniers signaux à l’électorat catholique, dans une opération séduction des plus ostensible.

Après des participations remarquées aux solennités du 15 août (Juppé, Fillon, Sarkozy), certains candidats à la Primaire ont souhaité répondre à la Lettre des évêques de France sur la situation politique du pays, publiée mi-octobre : Bruno Le Maire le premier, le 14 octobre, François Fillon le 24 cotobre et, plus récemment, Alain Juppé. Le calendrier en lui-même est intéressant. François Fillon peut être considéré comme le candidat « historique » des catholiques, rallié par Sens Commun, multipliant les appels du pieds, jusqu’à reprendre les mots de Jean-Paul II pour clôturer le dernier débat télévisé des Primaires, hier soir : « N’ayez pas peur ». Alors que les sondages se resserrent, Alain Juppé ne veut rien négliger dans sa campagne, surtout pas l’électorat catholique. Il voit dans la Lettre des évêques une aspiration à « l’identité heureuse » qu’il défend. Bruno Lemaire saisit cette Lettre comme un moyen de porter à nouveau son thème du « renouveau » en politique, tout en s’adressant aux catholiques. Nicolas Sarkozy, qui ne bénéficie pas d’une image de grande exemplarité morale, entretient un rapport plus distant avec les catholiques, notamment depuis son changement de position sur l’abrogation de la loi Taubira. Jean-Frédéric Poisson, en baisse dans les sondages, ne paraît pas parvenir, quant à lui, à élargir ses soutiens au-delà de l’électorat catholique habituel du Parti Chrétien Démocrate.

François Fillon semble donc miser, pour le scrutin de ce dimanche, sur la capacité mobilisatrice de ses réseaux catholiques, notamment dans le contexte post-Manif Pour Tous. Le résultat nous dira la pertinence – ou non – de ce choix stratégique. Au-delà de cette opération séduction des Primaires, il est toujours intéressant de se demander à quoi les catholiques sont identifiés en politique : uniquement à une pratique religieuse et à des « valeurs » qu’il s’agirait de reconnaître a minima, promouvoir a maxima ?

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Les catholiques aux Primaires : des électeurs comme les autres ?

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Un nouveau sondage ifop réalisé par Pèlerin et présenté par Europe 1 sur le vote des catholiques à la Primaire donne Juppé en tête dans l’électorat catholique (36%), juste devant Nicolas Sarkozy (31%) et loin devant François Fillon (17%). Du côté des pratiquants, le score est en faveur de Sarkozy (33%) contre Juppé (31%) et Fillon (15% cette fois). Le sondage reviendrait à relativiser le poids de la Manif pour Tous dans les résultats du scrutin, mais il conduit même à réinterroger le caractère spécifique du vote catholique, plutôt aligné sur le vote des autres participants à la Primaire. A l’heure où sont régulièrement pointés des candidats s’attirant les faveurs des catholiques et faisant campagne dans leur direction (Fillon, Poisson), alors même que l’on invoque le vote catholique comme moteur de la remontée récente de François Fillon (soutenu par Sens Commun), le rôle des catholiques dans cette élection est sans doute bien moins évident qu’on ne le pense au premier abord.

Il convient de regarder les projections concernant la Primaire avec beaucoup de prudence. Non seulement l’élection repose sur une part faible de l’électorat français, sur laquelle il est difficile d’effectuer des pronostics, mais un certain nombre d’invités surprise pourraient bien venir – une fois de plus – renverser les estimations. On peut s’interroger sur la capacité des réseaux héritiers de la Manif pour Tous, comme Sens Commun, à mobiliser leurs troupes, comme on peut s’interroger sur les effets du vote à la Primaire d’électeurs de gauche désireux de faire barrage à Sarkozy.

Les catholiques seront-ils des électeurs comme les autres ? Seront-ils des acteurs clés du résultat final ? Nul ne le sait.

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Et voilà le retour des points non négociables

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Période électorale oblige, revoilà l’âpre querelle des « points non négociables ». A l’approche de 2017 et à l’heure de décerner aux politiques les titres de candidat « le-plus-catholique », « le moins-catholique » ou « le moins le moins-catholique », le débat refait progressivement surface. En 2012, à partir de l’exhortation apostolique Sacramentum Caritatis de Benoît XVI (§83), des catholiques avancent que tout choix électoral doit être subordonné à trois « points non négociables » : respect et défense de la vie humaine (de sa conception à sa fin naturelle), famille fondée sur le mariage entre homme et femme, liberté d’éducation des enfants. La fin de la phrase du pape sur ces « valeurs fondamentales », moins connue, évoque « la promotion du bien commun sous toutes ses formes ». La liste ne paraît donc pas limitative…

On peut se demander aujourd’hui si les prises de position fortes du Pape François sur l’écologie, l’économie ou les migrants sont susceptibles de nourrir différemment ce débat en faisant pencher la balance du côté du socio-économique plutôt que de l’éthique, ou du moins de proposer un autre équilibre. La notion d’écologie intégrale est a priori susceptible de réconcilier les catholiques dans la recherche d’un projet politique cohérent mais reste dépourvue d’incarnation politique. La question écologique peut néanmoins amener à interroger la vision politique globale des candidats.

Lorsque le cardinal Burke proclame ce 10 novembre que Donald Trump sera en bonne position pour défendre « les valeurs chères aux catholiques », que l’on souligne l’importance de leur rôle dans l’élection américaine, sur la base de ces points non négociables, ou lorsque Jean-Frédéric Poisson s’attire ce dimanche les foudres de Patrice de Plunkett en déclarant que « les parents et les enfants sont plus importants que les papillons ou les brins d’herbe. », on est en droit de se demander si l’on est pas plutôt dans un durcissement du débat, avec d’une part des catholiques plus prompts à élargir la question à celle du projet socio-économique et écologique, et de l’autre des catholiques plus soucieux qu’auparavant des questions éthiques (épisode Manif Pour Tous oblige, dans le cas français).

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Economie : François persiste et signe

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Le discours prononcé par le Pape François ce samedi à l’occasion de la troisième rencontre mondiale des mouvements populaires est une étape de plus dans l’exposé de sa pensée économique et politique. Ce discours a notamment été l’occasion pour le Pape de compléter et préciser ses prises de paroles précédentes sur les dérives de l’économie néolibérale et les liens entre terrorisme et religion. Le fil conducteur du discours était la violence induite par les systèmes politico-économiques, conduisant le Pape à parler, à propos de la « dictature de l’argent » de « terrorisme économique ». Il s’est notamment interrogé sur le décalage entre les moyens engagés pour voler au secours de l’économie et les moyens déployés face à la détresse humaine, là où l’on ne peut que constater une « banqueroute de l’humanité ».

Le Pape a appelé les mouvements populaires réunis à agir dans la société et en politique comme forces de transformations et non comme de simples béquilles permettant au système de continuer sa course :

« Cette idée de politiques sociales conçues comme des politiques vers les pauvres mais jamais avec les pauvres et des pauvres (…), me semble une espèce de poubelle maquillée pour cacher les déchets du système ».

Source : La Croix

François Hollande : mon Royaume n’est pas de ce monde

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Se représentera ? Se représentera pas ? La possible candidature de François Hollande a occupé bien des commentateurs politiques cette semaine, le tout sur fond de défections supposées dans son propre camp (depuis les distances de Claude Bartolone jusqu’aux velléités de candidature prêtées à Manuel Valls ou Ségolène Royal).

Il est vrai que tout semble conforter, en ces temps qui sont les derniers, l’idée d’une marche finale vers Jérusalem, de la mise en scène d’une possible résurrection politique. Entouré de ses disciples les plus proches, le Président demande un dernier acte de foi en son quinquennat, invoque la figure paternelle de François Mitterand et demeure seul maître du calendrier, seul capable de donner le jour et l’heure.

Pourtant, dans le même temps, François Hollande paraît également annoncer sa propre mort politique, que son camp peine à accepter. Suite à la publication de ses déclarations sans filtre dans le le livre-confession Un président ne devrait pas dire ça…, il semble entré dans une forme de Gethsémani politique au cours duquel transparaît toujours plus la distance prise par ses disciples à son égard à l’approche de 2017. Manuel Valls lui-même paraît déjà renier sa candidature…

En demandant une attitude de foi en même temps qu’il instille l’idée de sa propre mort politique, le Président a décidément des allures christiques. Reste la question de savoir par qui il pourrait être sauvé avec seulement 4% d’opinion favorable dans les sondages.

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Philippe de Villiers fait campagne

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Philippe de Villiers sait participer à la vie politique sans en avoir l’air, qu’il reçoive Emmanuel Macron en visite au Puy-du-Fou ou qu’il fasse paraître, conformément à un rituel annuel, son essai politique de rentrée. Depuis la parution de son dernier opus mi-octobre, Les cloches sonneront-elles encore demain?, Villiers envahit la scène médiatique, diffuse ses idées, commente la campagne présidentielle. Depuis longtemps déjà, la participation directe au jeu politique n’intéresse plus l’ex-candidat aux présidentielles : c’est sur le terrain des idées qu’il s’emploie à exercer son influence. Avec son dernier ouvrage, portrait d’une France islamisée au bord de la guerre civile, Villiers entend peser dans les débats autour de la crise identitaire, la reconfiguration de la droite et la crise de régime généralisée. Il prépare la France d’après :

Tout cela, plus la révolte de la police, sent la fin de régime. Mais le peuple français se réveillera et sa colère s’exprimera hors des urnes.

Dans la vision binaire développée par Villiers, le catholicisme et la civilisation française ont un rôle premier à jouer face à l’immigration, l’islam et le déclin de la France dans la mondialisation. Mais pour quelle vision du christianisme ? Celle d’une Église sur la défensive, refusant de construire à partir des mutations du monde. Les cloches sonneront-elles demain pour nous inviter à élever le regard, à partir de notre quotidien, ou pour nous rassembler autour des reliques du passé ?

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Le pain que nous mangeons

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Evalué hier à 10-15 centimes par le candidat à la primaire de droite, le pain au chocolat de Jean-François Copé n’a plus la même saveur. L’occasion de rappeler les erreurs les plus marquantes commises par les politiques sur les prix des denrées du quotidien, depuis la baguette de pain de Lionel Jospin jusqu’au ticket de métro de Natalie Kosciuszko-Moriset. L’occasion aussi de dénoncer une classe politique éloignée du peuple, menant une forme d’existence parallèle, enfermée dans un métier et une élite échappant aux contingences le plus élémentaires.

Plus profondément, ces questions relatives à la vie quotidienne nous ramènent à l’essence même du politique et à une meilleure compréhension de la crise du politique que nous traversons. Ce qui est reproché aux hommes et femmes politiques n’est pas tant le fait de ne pas partager le même mode de vie que le fait de ne pas partager la même vision du monde que leurs électeurs. Comment quelqu’un qui ne fréquente jamais un lieu aussi commun et crucial qu’une boulangerie ou qu’une station de métro, qui sont des lieux qui structurent notre rapport à l’économie, au territoire, à la communauté, peuvent-ils partager la même vision du monde, saisir les attentes de leurs contemporains ? Le pain que l’on partage, c’est un peu de notre existence commune que l’on met sur la table. C’est encore le pain de la nouvelle alliance qui réunit le peuple de Dieu dans l’eucharistie. Symboliquement, partager un même pain, c’est appartenir à un même peuple.

Traité UE-Canada : CETA vous de choisir

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Le gouvernement wallon a aujourd’hui toutes les clés en main pour décider de l’avenir proche du traité commercial CETA : la Commission européenne lui ayant laissé jusqu’à ce soir pour livrer sa position définitive, conditionnant celle de l’Etat belge, la Wallonie tranchera sur la tenue – ou non – de la séance de ratification du traité prévue ce jeudi avec le Premier ministre canadien. Le veto wallon peut, s’il est maintenu et en conformité avec les lois constitutionnelles belges, orienter la décision du pays vers la négative et donc empêcher la ratification de l’accord, qui doit recevoir l’aval des différents chefs d’états. La pression est donc maximale du côté de la Commission européenne et des gouvernements nationaux en direction du dirigeant wallon, Paul Magnette, qui a dénoncé le défaut de démocratie dans le processus de validation ainsi que ces pressions dont il est l’objet.

Le veto wallon a d’abord pour avantage de braquer les projecteurs sur les négociations commerciales en cours, réinstaurant un débat public jusqu’alors extrêmement pauvre en comparaison des enjeux en présence, par exemple sur la question des tribunaux d’arbitrage (permettant aux entreprises d’attaquer des Etats pour entrave au commerce). Mais l’affaire « Paul Magnette » est surtout à suivre de près car elle pourrait créer un précédent quant au contenu et aux modalités de négociations des accords commerciaux – comme le TAFTA, actuellement mis en attente -, opaques et discutables quant à leurs retombées économiques et environnementales. Y aura-t-il un avant et un après CETA ? On peut en tous cas se féliciter du retour du politique dans l’arène des affaires européenne, en écho avec la récente lettre des évêques de France.

Source photo : Le Soir

Aide toi le ciel t’aidera

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Le dessin de Denis Pessin pour Slate peut donner lieu à bien des commentaires. Il peut notamment nous rappeler que le premier rôle du message du Christ est de trouver une incarnation concrète dans le monde. Trouver une place en crèche aujourd’hui c’est encore un peu la croix et la bannière… Dans le regard que l’on porte sur la politique, il serait bon de se demander d’abord si les acteurs se mettent authentiquement au service du bien commun (accueillons chacun comme on accueille le Christ), avant de se demander quel rôle ils jouent dans nos querelles de symboles. Sans que cela évacue pour autant l’importance du débat sur la place de la religion dans notre société, il est légitime de veiller à ne pas tomber dans un certain pharisianisme politique qui veut que l’on nettoie l’extérieur de la coupe et du plat avant de se pencher sur ce qu’il contient.

Cathos de gauche : même pas morts ?

resurrection-de-lazare-par-rembrandtRéagissant à un article de Gaël Brustier, René Poujol s’insurge, dans une tribune publiée ce jeudi sur Causeur et Aleteia, contre l’idée que les cathos de gauche seraient morts et enterrés, balayés par la tempête de la Manif pour Tous. Pour lui, le recul du vote catholique à gauche est d’abord un problème d’offre politique : orphelins politiquement, les catholiques de gauche seraient les grands déçus de François Hollande qui n’aurait su ni conduire un authentique débat sur le mariage pour tous, ni mener une politique économique au niveau des attentes. Enfin, les catholiques de gauche continuent pour lui à souffrir d’un défaut de visibilité, continuant à opter pour une forme de discrétion en décalage avec le catholicisme décomplexé de la jeune génération.

Mais parle-t-on encore de « cathos de gauche », au sens historique du terme ? Ou parle-t-on plus justement de « cathos à gauche », moins nombreux, offrant volontiers leur soutien à la gauche mais sans développer pour autant des attentes en matière de réforme liturgique en résonance avec leur engagement politique ? Quels sont les éléments qui, au-delà du « mai 68 conservateur », structurent le positionnement politique des catholiques ? Ne sont-ils pas toujours plus nombreux à chercher un autre marqueur que la gauche ou la droite ? C’est peut-être en cela que la catégorie de « cathos de gauche » est remise en question.

Primaire EELV : l’écologie au milieu du gué ?

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Drôle de primaire que celle d’Europe Écologie les Verts. Hier au soir, 17000 votants à peine permettaient à Yannick Jadot et Michèle Rivasi de passer au second tour de la primaire écologiste, devant Cécile Duflot. Au-delà de l’élimination surprise de l’ancienne ministre du logement, annoncée favorite, cette élection questionne encore sur la place de l’écologie en politique. Alors même que Cécile Duflot appelait à une « République écologique » et à « faire naître une nouvelle famille politique » pour « la justice sociale et l’écologie », au delà d’EELV, Yannick Jadot choisit quant à lui d’assumer le rôle d’outsider de son parti pour 2017, en refusant de croire au sacre d’un président écologiste. La crise de parti d’EELV paraît faite pour durer.

L’écologie est-elle arrivé à un tournant en politique ? Jamais elle n’aura été autant présente dans les esprit que ces dernières années, en étant aussi peu incarnée politiquement. L’encyclique Laudato Si comme le film Demain lui ont donné en 2015-206, sur fond de COP21, une résonance toute particulière. Pourtant, elle peine encore à s’articuler à un projet de société, dans un univers politique marqué par les questions économiques et identitaires. Les chrétiens auraient-ils un rôle à jouer dans l’émergence de cette nouvelle écologie politique ? Dans leur récent texte sur la situation politique de la France, les évêques évoquent l’écologie parmi les nouveaux enjeux offrant « une chance pour nous dire quelle société nous voulons ».

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Emmanuel Macron et la religion : libéral dans les règles

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Pas encore candidat mais tout de même en campagne, Emmanuel Macron se devait de prendre la parole sur les sujets brûlants ayant trait à l’identité française et à la place de la religion dans notre société. Son troisième meeting de « diagnostic » qui s’est tenu hier soir à Montpellier lui a permis d’exposer sa conception de la laïcité. L’ancien ministre de l’économie en est essentiellement resté à des déclarations de principe en affirmant l’importance de la liberté religieuse (« aucune religion n’est un problème »), dans les limites des lois de la République, et en plaçant l’islam « au cœur du débat ».

Sans entrer dans des questions de mise en application trop précises, Emmanuel Macron a ainsi pu se démarquer commodément de son aile gauche (Manuel Valls, accusé de promouvoir une « laïcité revancharde ») et de son aile droite, jugée trop offensive vis-à-vis des musulmans et accusée de promouvoir des identités fermées. A nouveau, Emmanuel Macron fait le choix de s’inscrire dans un marché politique de niche, à l’intérieur des espaces laissés par les autres candidats, dans une posture réconciliatrice qui tire parti des crises idéologiques existantes.

Fin des temps

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Il fallait s’attendre à ce que cette fin de quinquennat soit comme la synthèse de l’ère François Hollande. La sortie du livre d’entretiens Un Président ne devrait pas dire ça de Gérard Davet et Fabrice Lhomme montre un président prêt à toutes les confidences, même les plus déplacées, en face à face avec des journalistes. A l’image de la communication générale de ces dernières années, le geste fait hésiter entre une authentique maladresse, un suicide assumé et une stratégie christique de foi indépassable en la résurrection politique. Or, la troisième interprétation devient de moins en moins probable.

François Hollande peut-il « revenir d’entre les morts » ? C’est la question posée par un journaliste de BFMTV. Cela paraît de moins en moins crédible à mesure que le temps passe (et les trois jours canonique avec ?). Le Président ne fait sans doute plus que freiner la course vers 2017, et l’avènement du monde d’après.

Causeur peut aller relire Laudato Si

6 juillet 2013 : Lors d'une Audience dans la salle Paul VI, François a rencontré des séminaristes et novices présents à Rome pour un pèlerinage dans le cadre de l'Année de la Foi. Vatican, Rome, Italie. July 6, 2013: Audience with seminarians and novices in Paul VI hall at the Vatican. Vatican, Rome, Italy.

Quitte à choisir entre Najat Vallaud-Belkacem et le Pape François, Causeur a fait son choix : autant mettre tout le monde dans le même sac. Car si le Pape François évoque des sujets partagés à gauche, il doit forcément être quelque part du côté de la « bien pensance » contemporaine. On apprend ainsi qu’avec Laudato Si, le Pape « flatte l’air du temps avec une pensée peu exigeante mais bien sympathique », qu’il est fâcheusement « européiste, antilibéral et relativiste ». Truffé d’erreur, l’article témoigne d’une lecture sélective et caricaturale des propos du Pape, qui n’est finalement que le pendant d’une lecture restrictive, à gauche, des discours de l’Église. Non, dans Laudato Si le Pape n’est pas étatiste et non, il n’est pas possible de se passer aujourd’hui d’une regard critique sur la technique et la soumission du politique à l’économique.

Cher Causeur, « le vent souffle ou il veut, et tu en entends le son; mais tu ne sais pas d’ou il vient, ni ou il va ».

Source photo : eglise.catholique.fr

« Un président ne doit pas autant se confesser »

Claude Bartolone explique à La Provence

Un président doit entretenir le feu sacré de la République. Un président ne doit pas autant se confesser. Le devoir de silence fait partie de sa fonction. Il doit être à tout moment le garant de nos institutions.

Le Pape François n’est pas d’accord :

N’ayez pas peur de la confession ! Quand on fait la queue pour se confesser, on sent tout cela, et la honte aussi, mais après, quand la confession est terminée, on sort libre, grand, beau, pardonné, blanc, heureux. C’est cela qui est beau dans la confession ! Je voudrais vous demander – mais ne le dites pas à voix haute, que chacun réponde dans son cœur – quand est-ce que tu t’es confessé, quand est-ce que tu t’es confessée pour la dernière fois ? Que chacun réfléchisse… Il y a deux jours, deux semaines, deux ans, vingt ans, quarante ans ? Que chacun fasse le compte, mais que chacun se dise : quand est-ce que je me suis confessé pour la dernière fois ? Et s’il y a longtemps, ne perds pas une journée de plus, vas-y, et le prêtre sera bon. C’est Jésus qui est là, et Jésus est meilleur que les prêtres, Jésus te reçoit, te reçoit avec beaucoup d’amour. Sois courageux et va te confesser !

Moi, je vous dis : chaque fois que nous nous confessons, Dieu nous serre dans ses bras, Dieu fait la fête !

Libé – CEF : même combat

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Dans une tribune publiée ce jeudi soir, Libération s’émeut du contenu du texte en cours de publication par la CEF sur la vie politique française.

Le billet, qui parle de « nos évêques » salue « une leçon de républicanisme » à la lecture d’aspects de la pensée sociale de l’Eglise qui ne sont pas toujours en première ligne dans les médias. La conclusion de la tribune montre à nouveau que l’Eglise, universelle, peut parler à chacun :

« Messieurs les évêques, veuillez pour une fois accepter que la gauche laïcarde, libertaire et insolente vous dise sincèrement, sans aucune arrière-pensée, merci »

Les cathos contre les robots

La société Saint-Vincent de Paul réalise un clip saisissant sur la robotisation croissante de l’assistance aux personnes. La question du remplacement de l’humain par la machine dans les politiques sociales et, plus généralement, celle des conséquences de l’avènement de la nouvelle ère numérique, restent totalement absentes du débat public à l’heure où les candidats rivalisent de petites phrases sur l’identité française et la place de l’Islam dans notre société.

Et vous, confieriez-vous vos proches à un robot ? Découvrez B.E.N. le film

Jean-Luc Mélenchon, la Révolution et l’Apocalypse

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Au lendemain du premier épisode d’ « Ambition intime » diffusé sur M6, le Monde présente la nouvelle émission politique de la chaîne « Toute l’histoire » : « Et si c’était vous ».

Réalisée en partenariat avec le quotidien, cette émission place les hommes politiques en situation historique, face aux événements, pour savoir quelles auraient pu être leurs réactions aux moments clés de l’Histoire de France. Premier participant à l’émission de ce dimanche 9 octobre, Jean-Luc Mélenchon se retrouve ainsi face à Robespierre, aux dernières heures de la Terreur. Le leader du Front de gauche commence l’émission en parlant de la Révolution comme d’une période « hors du commun », multipliant les images bibliques :

« Ce moment extraordinaire où un jour est comme dix ans et dix ans comme un jour, pour reprendre une image tirée de l’Apocalypse, c’est la fin d’un monde, la naissance d’un nouveau. Les derniers sont les premiers, les humbles d’un seul coup renversent toutes les hiérarchies. » (3:46)

Sortons du canapé

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La chaîne M6 ne semble pas avoir entendu les conseils du Pape François lors des dernières JMJ.

La toute nouvelle émission lancée hier soir et animée par Karine Le Marchand, expose la personnalité et la vie intime des candidats, tranquillement installés dans des canapés et fauteuils. L’objectif ? Montrer que derrière le politique, il y a l’homme, derrière le vernis de la communication, une personnalité authentique. Bref : rendre les dirigeants plus proches des français, dans un contexte où les représentés se sentent toujours plus éloignés de leurs représentants. Karine Le Marchand peut-elle réconcilier les Français avec les politiques comme elle s’emploie à les réconcilier avec le monde agricole ? Il n’est pas sûr que l’incarnation de la représentation soit une simple affaire de sentiment et que le développement d’une « communication sentimentale », en parallèle de la « communication politique », soit la bonne réponse à la crise de régime actuelle. Elle ne fait finalement que la mettre au grand jour, en lui opposant de fausses solutions. Politiquement aussi, il est temps de sortir du canapé.

« Il faut quitter le canapé pour des chaussures, des bonnes chaussures de marche. Il faut marcher, vers des sentiers que l’on ne connaît pas encore. […] Être des acteurs politiques, des animateurs sociaux. Porter partout la bonne nouvelle. Un don pour Dieu et pour les autres. Et c’est cela qu’être courageux, qu’être libre. » Pape François, JMJ de Cracovie, 30 juillet 2016.