Improbable, l’abbé !

Hommage – lui-même improbable – de Jean-Pierre Denis à « l’homme d’en face » :

Improbable, l’abbé ! Avec sa vieille soutane et sa grande carcasse, l’Abbé de Tanoüarn est un personnage. Une sorte d’anarcuré, taillé dans un drap noir récupéré on ne sait où. […]
Loin de se montrer rétrograde, nostalgique ou pessimiste, Tanoüarn écrit contre la résignation, cherchant la voie à travers une sorte de réalisme de l’espérance. Pour l’auteur, dont l’anticléricalisme rejoint à sa façon celui du pape François, « l’Église d’aujourd’hui s’embourbe dans la morale sexuelle. Elle a toutes les peines du monde à soutenir une politique du respect de la vie. Il reste une dimension fondamentalement chrétienne, qui demeure envers et contre tout, comme un signe dressé à la face des nations incrédules : le service ». Or, remarque-t-il, « qu’est-ce que servir, sinon mettre quelque chose au-dessus de soi » ?

Catholiques, soyons vivants ! Vivants !

Éditorial virulent et vivifiant de Jean-Pierre Denis :

Le monde catholique doit se ressaisir avant de se fracasser. L’urgence me semble tenir en trois mots : charité, humilité et vérité. Mettez-les dans l’ordre que vous voulez. Éclairez-les par la justice. Mais retirez-en un seul, et tout se corrompt. Il faut que les catholiques retrouvent la capacité à s’aimer, à se parler et à se guérir. Plus que jamais, il faut qu’ils regardent leurs maux en face et choisissent leurs mots avec délicatesse. Il faut voir le mal en face, et refuser qu’il nous entraîne à la mort. Catholiques, soyons vivants ! Vivants !

J’ai écrit douze fois des éditoriaux pour Pâques. Ce treizième est différent.

Déchirant et espérant éditorial de Jean-Pierre Denis dans La Vie :

« Ce que je retiendrai, après avoir raccroché, ce sont moins les mots de Marielle Beltrame que ses longs silences, qui expriment l’indicible. J’ai écrit douze fois des éditoriaux pour Pâques. Ce treizième est différent. Je n’ai pas le sentiment de le rédiger, mais de l’accueillir, de le recueillir dans ces silences. Comme le geste de la femme versant le flacon d’albâtre sur la tête du Christ à la veille de la Passion exprime plus que tant de mots. ‘Un parfum très pur et de grande valeur’, note l’Évangile de Marc, entendu le dimanche des Rameaux, au lendemain de la mort du colonel ».

Qui a peur des miracles ?

« Les miracles sont pris avec des pincettes, entre fascination médiatique et ricanements radiophoniques. Habitué des polémiques un peu gratuites, Raphaël Enthoven assure que l’Église ‘prend les gens pour des imbéciles’. Pour employer les mots de Maurice Bellet, il faudrait se livrer à une critique de la raison sourde, celle qui ne sait entendre qu’elle-même. Cette raison-là n’a pas de cœur ».

Jean-Pierre Denis, dans La Vie

Alors, pour la Sainte Laïcité, Johnny évangélisa la France païenne

« Alors un grand silence national se fait. Il se fait pour Johnny, mais il se fait incidemment, accidentellement, providentiellement pour Dieu. Rumeurs, ricanements de petits marquis et de starlettes de talk show, postures… tout disparaît. Et l’Église, qui sait si mal communiquer, qui si sait si peu s’expliquer, qui sait si rarement se faire entendre, qui doit tant se faire pardonner… L’Église prend la parole, comme elle sait si bien en ces moments-là. Elle donne, elle pardonne ».

Jean-Pierre Denis dans la Vie

Bienvenue en laïcité

« Signalons que l’échec en début de cursus universitaire se prépare, si l’on ose dire, longtemps à l’avance. L’orientation scolaire reste beaucoup trop embryonnaire pour que les choix des élèves de terminale puissent être suffisamment éclairés. Sur ce terrain mal préparé survient le choc de la première année, trop peu ­encadrée, trop déroutante. En se terminant par de massives demandes de changement de filière, elle contribue à engorger davantage la machine APB.

On pourrait, évidemment, regarder du côté des facultés catholiques… »

Coup de gueule de Jean-Pierre Denis

Mossoul libérée

« D’abord – et avec quelle évidence ! – un immense soulagement, un cri de joie, et pourquoi pas un Te Deum ou un alléluia. La libération de Mossoul en Irak, avant celle de Raqqa en Syrie, marque la fin du califat de Daech, ce cauchemar politique, idéologique et religieux, ce diabolique empire établi au nom de Dieu, cet énorme blasphème ».

Jean-Pierre Denis, dans La Vie

Qu’il me tarde d’être perdu dans cette foule de suppliants

« Au moment de la guerre d’Algérie, le degré de tension inspira à l’abbé Jean-Marie Lustiger, alors aumônier des étudiants du Quartier latin, une initiative singulière : rassembler tous les protagonistes dans une même prière à Notre-Dame de Paris. C’est ainsi que l’on vit François Mauriac et Georges Bidault, ennemis résolus sur la scène politique, affirmer leur communion, grâce à l’Église, leur mère indivisible. ‘Qu’il me tarde d’être perdu dans cette foule de suppliants’ écrivait l’auteur du Bloc-notes. Nous n’en sommes pas, fort heureusement, à un tel degré d’opposition entre chrétiens. Mais nous savons que l’Église-communion est notre recours et notre sauvegarde dans tous les moments critiques. Il nous faudra poursuivre cette réflexion, ne serait-ce que pour envisager ce que Jean-Luc Marion appelle ‘un moment catholique’.

Gérard Leclerc sur france-catholique.fr

Chrétiens d’Orient : envisager un long combat sous l’angle spirituel

« Envisager alors ce long combat sous l’angle spirituel, comme un carême de 40 ans, à l’image des Hébreux errant dans le désert. Ou comme une montée vers Pâques, une Passion vécue dans la chair, et non en costumes d’époque. Les souffrances des chrétiens de Syrie font entendre pour de vrai le cri de Jésus à l’agonie : ‘Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?’ Mais par ce mot, le Christ élève avec lui, sur la croix, tous nos découragements. Le jour des Rameaux, alors que l’on apprenait les terribles massacres de Coptes, une brève vidéo diffusée sur les réseaux sociaux par l’association Fraternité en Irak montrait les chrétiens joyeux dans l’église incendiée de Qaraqosh, où leur présence se rétablit avec difficulté. Ceux qui n’ont plus rien souffrent avec le ­Messie et par lui espèrent. Ils méritent, littéralement, le nom de fidèles ».

Jean-Pierre Denis sur lavie.fr

Mais qu’est-ce qu’« entrer en tentation » ?

Jean-Pierre Denis revient sur la nouvelle traduction du Notre-Père :

« Mais qu’est-ce qu’entrer en tentation ? Dans quel tourment Dieu peut-il empêcher le croyant d’entrer ? La nouvelle traduction et les notes exégétiques qui l’accompagnent ne s’arrêtent pas sur la question, comme si la réponse était évidente. Pourtant, c’est bien là l’enjeu de cette sixième demande du Notre Père et de sa modification ».

Et il en profite pour faire référence à l’ouvrage de notre cher co-fondateur du Samaritain, Joël Sprung : Notre Père, cet inconnu.

 

Le suicide assisté, droit suprême ?

« Si les mots ont un sens, être tué serait donc l’ultime conquête sociale, le Graal des droits de l’homme. On n’aura pas le mauvais goût de rappeler à Jean-Luc Mélenchon qui, jadis, disait : ‘¡Viva la muerte!’ Il le sait : ce sont les franquistes. À peu près toutes les figures tutélaires dont se réclame le candidat de la France insoumise se retournent dans leur tombe devant l’affirmation de ce qui devient le grand projet d’un individualisme triomphant mais désenchanté. Sans parler des héros des luttes syndicales et politiques des derniers siècles, eux qui croyaient que le progrès consiste à défendre les fragiles contre l’exploitation sociale et l’oppression politique ».

Jean-Pierre Denis, dans La Vie

La transcendance s’est dissoute dans la présidence normale

« Le faire supplée les fragilités du croire et les déceptions du dire. Pour la transcendance, on repassera. Autrefois, l’Église et l’État s’arrangeaient tant bien que mal pour l’assurer. Et pas seulement sous les rois. La vague nostalgie du gaullisme qui ressurgit épisodiquement dans le bruissement du discours politique tient à cela. Amollie par Chirac, abîmée par le bling-bling sarkozyste, la transcendance s’est dissoute dans la présidence normale. L’horizontalité de la société lui permet d’endurer, d’attendre et de suppléer. Pour la verticalité, il semble qu’il faille encore attendre. Et prier, car on en a besoin ».

Jean-Pierre Denis dans La Vie

La promesse de Grâce et de Salut, qui l’entendra ?

capture« Plus intellos, les mots de Paul à Tite expriment la même idée : ‘La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tout le monde’. Mais là encore, on a du mal, on bute, pas seulement parce que la parole devient abstraite. Le bruit de l’époque semble tout broyer. La promesse de grâce et de salut, qui l’entendra ? À ceux qui sont étrangers à la foi, païens des premiers siècles, émancipés ou agnostiques des temps actuels, chrétiens fatigués de nos Églises, nul doute qu’elle ne paraisse obscure, absurde. Sauvés ? Allons donc ! Depuis le temps que vous nous annoncez votre bonne nouvelle… »

Jean-Pierre Denis, dans La Vie…