Ne pas subir

« ‘J’ai estimé en conscience que le lien de confiance entre le chef des armées et son chef d’état-major était trop dégradé pour que je puisse continuer dans mon poste’. Oh, bien sûr, on peut toujours sourire de ce catholique pratiquant, saint-cyrien à l’ancienne qui, avant de se rendre à l’Élysée, rangea dans sa boîte son casoar, avec ses plumes blanches et rouges qui se fixent sur le shako, le couvre-chef des cyrards. Villiers rappelle au passage la devise du maréchal de Lattre : Ne pas subir. S’il a écrit ce livre, c’est pour aider les Français à ‘prendre conscience de la gravité de la situation et de la nécessité d’une unité nationale' ».

Jean-Claude Guillebaud, dans La Vie

Qu’ils servent le Seigneur d’une même épaule !

« C’est contre ce ralliement au nazisme que luttèrent, au péril de leur vie, de grandes figures du protestantisme allemand comme Dietrich ­Bonhoeffer, Karl Barth ou Paul Tillich. Ceux-là recommandaient – comme Luther plus jeune, et pas encore gagné par cet antijudaïsme haineux – de s’inspirer du seul texte évangélique. Philippe Richert conclut en ajoutant : ‘Ensemble, juifs et protestants, catholiques, bouddhistes et musulmans, avec ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas, osons regarder notre histoire en face' ».

Jean-Claude Guillebaud dans La Vie

Oui, nous nageons en pleine folie !

« Emmanuel Macron serait-il devenu le président des riches ? En tout cas, l’expression lui colle désormais à la peau. Elle ne sera pas facile à détacher. Pour mieux comprendre ses erreurs, il devrait lire un petit texte étincelant. Il date de 1985, mais fut édité en français en 2011 sous le titre L’Art d’ignorer les pauvres. Son auteur n’est pas un néogauchiste ou un populiste, comme on dit maintenant. Il s’agit de John Kenneth ­Galbraith (disparu en 2006), considéré de son vivant comme l’un des plus grands économistes du XXe siècle. Ces pages nous aident à comprendre pourquoi nous nageons littéralement dans la folie ».

Jean-Claude Guillebaud, dans La Vie

Limite, limites, Limite…

« Le souci des limites reviendrait-il en catimini dans le débat ? Bien sûr que oui, et c’est une bonne nouvelle. Ajoutons que cette volonté de retrouver un minimum de sagesse ne concerne pas seulement le sociétal. Elle caractérise tout autant la folie du néolibéralisme, ce capitalisme devenu fou dont s’alarment désormais nombre d’économistes ».

Jean-Claude Guillebaud

L’enfance massacrée

« C’est à sa façon de traiter l’enfance qu’une société, au bout du compte, est jugée. Comme s’il y avait là un tabou – le dernier peut-être – que l’on ne saurait enfreindre sans toucher à l’essentiel. Or, ces deux ou trois dernières années, nous sommes abreuvés d’images montrant la jeunesse assassinée, égorgée, noyée, ­profanée ».

Jean-Claude Guillebaud dans La Vie

Entre la rigolade et l’épouvante

« Pour les millions d’Européens qui, ces dernières années, guettaient à la radio ou à la télévision les nouvelles des tragédies irakienne et syrienne, un trouble finissait par s’imposer. Il tient à cette prévalence, malgré tout, du rigolo, de la galéjade, du youp-la-boum qui continue comme avant et au tragique du monde avec lequel il cohabite. Ce mélange produit en permanence dans les médias de curieuses dissonances, des amalgames choquants et même ridicules. Quand vous aurez bien ri, on vous donnera des nouvelles des victimes décapitées par les djihadistes ! »

Jean-Claude Guillebaud sur nouvelobs.com

Cette bonne conscience…

« Cet été 2017 aura été celui des incendies et des pyromanes. Piqûre de rappel : des milliers d’hectares peuvent être détruits parce qu’un gamin ou un adulte met le feu à un coin de pinède. C’est dire notre colère chaque fois qu’un incendiaire est arrêté, soupçonné, interrogé. Ses motivations sont souvent pathologiques : un jeu, une fascination pour le feu, une envie d’héroïsme médiatisé, etc. Par comparaison, nous nous rengorgeons du sentiment que, nous, citoyens ordinaires, incarnons la raison, le civisme, le respect de la nature, etc.

Cette bonne conscience, nous fait oublier un détail

Jean-Claude Guillebaud dans La Vie

En souvenir du passé

« Pourquoi donc prendre la peine d’évoquer ici ces anciennes barbaries ? Pour montrer que si nous y avons renoncé, il nous en reste des traces et des envies au tréfonds de nous-mêmes. Certes, nous nous contentons le plus souvent d’exécutions symboliques. C’est-à-dire médiatiques ».

Jean-Claude Guillebaud dans La Vie

Peut-on rire de tout ?

« Principe numéro un, donc : rire de tout ! De la vie comme de la mort, du crime et du mensonge, du faux sérieux et du grandiloquent, de l’hypocrisie et du reste. Nietzsche attendait patiemment ce « grand rire qui ferait éclater le cosmos ».

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Il y a bel et bien une terreur de la vie qui habite l’époque

« À force d’être obsédés par les germes ou les virus, à force de traquer partout les odeurs et les « imperfections », à force de réclamer des normes et des chaînes du froid de toutes sortes, on participe d’une horreur et d’une crainte qui n’osent pas dire leur nom. Une crainte de la vie, tout simplement. Il y a bel et bien une terreur de la vie qui habite l’époque. Par essence, la vie est imparfaite, odorante, transpirante, charnue, diverse, périssable. Elle grouille et elle criaille comme un marché. Elle est rebelle à la conformité, rétive à la norme. Elle est aussi – évidemment – porteuse d’aléas et d’impuretés. L’élimination programmée de tout cela est bien un affreux fantasme hygiéniste, c’est-à-dire un fantasme de mort… »

Jean-Claude Guillebaud sur lavie.fr

Un bonheur tombé du ciel

« Mon précieux correspondant ne peut s’empêcher d’exprimer sa joie. ‘Un bonheur indicible m’envahit’, écrit-il. Dans la suite de sa lettre, il explique que, sur le lac de Moliets, le rendez-vous entre le milan noir et le pêcheur landais à la barque verte s’est reproduit de nombreuses fois. Ces rencontres sont-elles dues au hasard ? Le milan reconnaît-il la barque ? ‘Voici trois ans, précise-t-il, une tête de brème et son arête principale sont retombées dans la barque. Voulait-il me signifier qu’il était de retour, ou était-ce fortuit ?' »

Jean-Claude Guillebaud sur lavie.fr

Il y a des temps où l’on ne doit dépenser le mépris qu’avec économie

« Ce piteux concours n’incline pas à sourire. À force de réalisme électoral, c’est-à-dire de cynisme, on contribue ainsi à faire éclore ce populisme qu’on promettra ensuite de combattre, avec des effets de manche. Un peu de mépris, ces jours-ci, nous gagne. N’y cédons pas. Chateaubriand écrit, dans ses Mémoires d’outre-tombe : ‘Il y a des temps où l’on ne doit dépenser le mépris qu’avec économie, à cause du grand nombre de nécessiteux' ».

Jean-Claude Guillebaud, dans La Vie

Cette France qui gronde

« On aurait tort de négliger cette France qui gronde de plus en plus fort, et donnera sans doute 40%, voire davantage, au Front National.

Cette France, c’est celle des perdants de la mondialisation et de l’Europe, celle des marges et des bourgades dont se désintéressent la droite comme la gauche. Cette France-là, non seulement elle est perdante sur tous les tableaux, mais elle est humiliée, jugée trop plouc par les élites urbaines et médiatiques ».

Jean-Claude Guillebaud, sur lavie.fr

Cette impitoyable cruauté des poulaillers…

« Pareil scénario qui voit de gentilles copines devenir collectivement meurtrières d’une des leurs correspond assez bien au (vrai) fonctionnement des médias. Il semble y régner une gentillesse de principe, une courtoisie affichée à l’endroit du monde extérieur et même, soyons francs, une relative complaisance pour les puissants. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Qu’une seule goutte de sang apparaisse, et la chasse à courre sera lancée à grands sons de trompe. Je veux dire qu’un homme politique, un écrivain, un chanteur, un acteur soit affaibli ou suspecté de n’importe quoi, et voilà qu’il devient une cible. Pour reprendre une (affreuse) expression du milieu, il perd la carte. C’est-à-dire qu’il ne peut plus espérer la moindre indulgence. Il sera l’objet de la fameuse lapidation médiatique que l’ami Jean-François Kahn englobait dans sa théorie des trois L : on Lèche, on Lâche, on Lynche. Une règle exactement calquée sur celle d’une basse-cour ».

Jean-Claude Guillebaud sur teleobs

Entre sécurité et liberté

« Certaines questions, en effet, auraient dû être examinées en urgence et avec loyauté. Gommées par les affaires, elles referont surface un jour ou l’autre, mais de la pire façon. Prenons un seul exemple, celui du fantasme sécuritaire. L’expression surprendra peut-être, car face au terrorisme, nous aspirons tous – légitimement – à la sécurité. Mais c’est bien de fantasme qu’il s’agit. La promesse est empoisonnée. Elle aura fini par piéger nos gouvernants, comme le montre la question insoluble de la levée de l’état d’urgence ».

Jean-Claude Guillebaud, dans La Vie

Où va notre démocratie ?

« J’ajouterai un mot sur le risque sérieux d’une victoire finale de Marine Le Pen. À ce sujet, la plupart des politiciens et certains médias ne sont pas sans reproches. Ils auront passé leur temps à brandir contre Marine Le Pen la seule arme de la morale et de l’inquisition soupçonneuse, sans jamais répondre aux questions que pose son avancée. En 1984, on s’en souvient, Laurent Fabius avait déclaré : ‘Le Front National pose les bonnes questions mais donne les mauvaises réponses’.

En 2017 – 33 ans plus tard – les dirigeants des grands partis n’essaient toujours pas de donner de bonnes réponses pour contrecarrer les mauvaises. Or les questions posées ne sont pas anodines : oubli des classes populaires, crise de l’Europe, insuccès de l’euro, politique migratoire brouillonne, etc. Oublier d’y répondre, c’est conforter celle qu’on prétend combattre. Hélas ! »

Jean-Claude Guillebaud, dans La Vie

Lourdes : Vois, je suis moi aussi vulnérable et fragile !

Capture« Ce qui se passe là-bas ne concerne pas uniquement les croyants. En d’autres termes, une lecture agnostique de Lourdes est possible. On peut mettre de côté ce qui concerne la foi proprement dite (affaire de chacun) et repérer en ces lieux un ‘quelque chose’ de bouleversant.

Je pense à cette acceptation du corps souffrant ; à ce commerce paisible avec la disgrâce physique, l’infirmité, la maladie, la mort annoncée. Toutes choses que l’époque a littéralement en horreur (elle qui n’exalte que la jeunesse, la beauté, la santé, etc.) se trouvent là rassemblées, acceptées, surmontées et même – parfois – transcendées. La phrase (j’allais dire : le message) qui court ainsi dans les parages du sanctuaire pourrait être formulée de cette façon : ‘Vois, je suis moi aussi vulnérable et fragile ! Comme toi ! Comme nous !’ Cette phrase prend à rebours les cruautés ordinaires que propage l’air du temps. L’impression d’apaisement qui règne dans cette enceinte trouve là son origine ».

Lire Jean-Claude Guillebaud dans La Vie

Le lien fatal entre l’excès d’individualisme et la violence

Capture« Cette violence polymorphe que, à tort ou à raison, nous sentons autour de nous, ce vertige sécuritaire qui nous empoigne au point de nous pousser à la panique juridique, ce sont précisément ce que s’entêtèrent à conjurer les sociétés du passé. Il faudra nous résoudre à admettre que ces cultures traditionnelles, dont nous voulions orgueilleusement nous démarquer, n’avaient pas si mal compris le lien fatal entre l’excès d’individualisme et la violence qui vient ».

Jean-Claude Guillebaud, dans La Vie

En ­arrivera-t-on à juguler cette maladie-là ?

Capture« Aujourd’hui – en Chine, en Russie, comme en Europe ou aux États-Unis – les riches, non contents de confisquer la richesse planétaire, affichent leur voracité comme des champions exhibent leurs trophées. Du coup, on n’ose plus se moquer d’eux. Dans le passé pourtant, les ancêtres de Charlie Hebdo ne s’en privaient pas. Pensons au grand caricaturiste que fut le peintre et sculpteur Honoré Daumier au XIXe siècle. Publiés dans le journal La Caricature puis dans Le Charivari, ses portraits à charge des possédants, des bourgeois louis-philippards et des rentiers contents d’eux-mêmes valurent au dessinateur des ennuis avec la justice ».

Jean-Claude Guillebaud, dans La Vie

Il nous manque un morceau de silence

capture« La société du spectacle célèbre son propre triomphe. Nous baignons du matin au soir dans ce bruit de fond où se mêlent informations utiles, messages publicitaires, pirouettes de bonimenteurs, racolages de politiciens, etc. Sur cette soupe sonore nous flottons comme dans le néant.Cette com’ omniprésente et ce bruit font de nous des humains accablés qui traversent leur vie sans vraie parole ni échange. Comme il nous manque un morceau de silence plus habitable ! »

Jean-Claude Guillebaud, dans La Vie

Les “réalistes“ n’ont rien compris au film “Demain“

capture« On passe par pertes et profits la dimension subversive, coléreuse, dénonciatrice du film. Or ce sont d’abord les analyses des grands témoins rencontrés sur la planète qu’on retient. Dans Demain on n’entend pas seulement des paroles gentilles. La compétence et l’envergure desdits témoins force le respect. Leurs réquisitoires gagnent en radicalité à mesure qu’on progresse dans les cinq séquences : l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation ».

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