« L’identité chrétienne, c’est devenir comme le Christ »

La Croix : Qu’est-ce que l’identité chrétienne ?

Alain Thomasset : L’identité chrétienne n’est pas d’abord un ensemble de valeurs, de rites ou même de cultures, mais le fait de devenir comme le Christ, le suivre et l’imiter. Cette imitation est donc mouvante dans l’histoire, toujours à interpréter selon les appels du temps. De même que la « France de toujours » n’existe pas, « l’identité chrétienne de toujours » n’existe pas : elle s’ancre dans l’histoire, s’actualise, d’un point de vue individuel et collectif. C’est ainsi que je parlerais davantage d’« identités chrétiennes », au pluriel.

« L’identité chrétienne de toujours n’existe pas », La Croix

Prendre la parole, est-ce diviser l’Eglise ?

débat-sur-lidentité.pdf 01-02-2017 à 10-18-51La Revue Limite revient sur le débat actuel concernant la place de l’identité chez les chrétiens. Mahaut Herrmann y signe une recension affutée du livre de Koz, Identitaire – Le mauvais génie du christianisme.

Extrait :

Un des autres reproches fait à longueur de tribunes au livre de Koz est de défendre un catholicisme bourgeois, un catholicisme de salon où on cultiverait l’entre-soi. C’est à se demander si ceux qui formulent cette critique ont tous lu le livre. Car Erwan Le Morhedec combat explicitement la tentation d’un embourgeoisement du christianisme. Il n’hésite pas à poser quelques questions qui fâchent. Si la pratique religieuse se transmet principalement dans des milieux bourgeois, est-ce, demande-t-il, par transmission de la foi ou par un goût marqué pour l’héritage et la transmission ? Bien plus, « ne peut-on pas craindre que les paroisses dans lesquelles la pratique reste forte soient trop souvent celles dans lesquelles elle est, précisément, teintée de conventions sociales » (p 38) ? « Ce serait un triste visage que celui d’un catholicisme bourgeois ou réservé à une élite sociale », ajoute-il plus loin (p 106). Cela le conduit à affirmer qu’il faudrait que les chrétiens mènent à nouveau, comme ils ont su le faire par le passé, des « combats pour le bien commun … au lieu de la seule spécialisation morale, bioéthique et parfois communautaire que nous entretenons » (p 84)

Lire la suite, chez Limite.

Des racines chrétiennes d’une société multiculturelle ?

972018-societe-politique-elections-regionalesL’investiture de François Fillon et l’influence réelle ou supposée des catholiques en politique n’en finit pas de susciter la perplexité ou l’inquiétude médiatique, spécialement dans les medias situés à gauche. Un hebdo devrait d’ailleurs y consacrer un dossier la semaine prochaine mais, entretemps, on peut aussi lire l’entretien donné par Jean-Louis Schlegel à Libération, titré tout en subtilité : « Des racines chrétiennes instrumentalisées contre l’islam ».

Au-delà de ce titrage, il y a bien des choses intéressantes à retirer de cet entretien, à commencer par le doute initial sur la réalité d’un retour des cathos en politique. La primaire offre un miroir déformant, dans la mesure où le poids de l’électorat catholique est plus élevé à droite, et suscite donc une plus grande attention. Pour se convaincre, si cela était nécessaire, du fait que cet entretien n’est clairement pas unilatéral, on peut lire ceci :

A l’initiative de parlementaires allemands, émerge une version qui fait mention de Dieu et du christianisme dans le préambule du traité. Jacques Chirac demande à Lionel Jospin, alors Premier ministre, de s’y opposer au nom de la laïcité. Les laïques français ont en effet vu là – à tort – une volonté de «rechristianiser l’Europe». Je ne dis pas qu’il n’y avait pas d’arrière-pensées, mais c’était surtout un rappel historique, factuel. La polémique n’a d’ailleurs pris qu’en France, où la crainte était que d’un préambule, on tire des conclusions normatives inacceptables.

Il reste une question, suscitée par la suite de l’entretien et qui n’est pas traitée ici. Si l’on admet que la société soit multiculturelle, faut-il traiter indistinctement la culture qui procède des choix conscients posés tout au long de l’édification de notre pays et celles qui sont d’une arrivée récente ?

Merci aux chrétiens de gauche !

prUne fraction de la gauche parlementaire s’est exprimée de manière indigne après la lettre pour le moins digne que Mgr Ponthier a adressée à François Hollande en marge du débat sur le délit d’entrave numérique à l’IVG. Un coup de canif supplémentaire et inutile, en marge d’un combat politique dévoyé, mais qui à la longue et après d’autres épisodes peut laisser douter de la capacité de la gauche en France, dans son expression majoritaire, à comprendre que l’Eglise ne lui veut pas nécessairement du mal, ni même aux Français, mais souhaite juste contribuer au débat à la mesure de ce qu’elle voit et de ce qu’elle est.

Et pendant ce temps ou presque, les Poissons Roses, s’inscrivant dans le personnalisme d’Emmanuel Mounier mais aussi dans l’histoire de la gauche française, et souhaitant proposer à gauche une autre approche des sujets, publiaient « en tant que chrétiens » une tribune dans les colonnes de la Croix, en vue des prochaines élections présidentielles :

Nous appelons les chrétiens de France à ne pas succomber à un esprit de dureté et de revanche sociale, et à choisir la Fraternité.
Nous appelons la gauche à se mobiliser unie sans exiger des croyants qu’ils renoncent à leurs convictions.
Nous appelons le Parti Socialiste et toute la gauche à ne pas se refermer et à reconnaître les diverses spiritualités comme l’un des fers de lance de son combat pour la justice.
Et nous appelons la gauche à partager ce projet généreux avec la France.

Pour la santé de la démocratie en France et parce que les chrétiens ne peuvent être d’un seul parti, on ne peut que souhaiter que ces Poissons prennent la place à gauche que l’on prête à Sens Commun à droite ! Et en attendant, oui, bravo, merci et tous nos vœux de réussite à eux !

 

Une identité morte ne sert à rien sinon à recevoir des chrysanthèmes

Samuel Pruvot et Malik Bezouh s’entretiennent pour le Figaro Vox de l’identité chrétienne de la France. Extraits.

Le christianisme est-il juste une part ancestrale de nous-mêmes? (…) Si le catholique est le dernier des Mohicans il ne reste plus qu’à le parquer quelque part. En souvenir. Une identité morte ne sert à rien sinon à recevoir des chrysanthèmes. (Samuel Pruvot)

Malheureusement, aujourd’hui, certains, et il est à craindre qu’ils ne soient de plus en plus nombreux à l’avenir, font un bien triste usage de cette identité chrétienne, transformée, tantôt par opportunisme électoraliste, tantôt par peur, en une arme redoutable dont la finalité n’est nullement l’intégration mais l’exacerbation de l’altérité musulmane de France. C’est d’autant plus désolant que le patrimoine chrétien, s’il était enseigné avec intelligence et, si j’osais, avec amour, pourrait, j’en suis persuadé, constituer, en partie, un antidote au désintérêt de ces français musulmans pour la France à laquelle ils ont, hélas, tourné le dos. (Malik Bezouh)