Jean Vanier et la Danse des canards

© Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

Un jour, sur France culture, un journaliste demande à Jean Vanier quelle est sa musique préférée. Au lieu de piocher dans le répertoire de Chopin ou de Mozart, il répond « la danse des canards ». « Nous la mettons souvent dans nos foyers, dit-il en riant, alors tout le monde déplie et replie les bras, se dégèle, se défoule ». En se laissant façonner par les personnes avec un handicap mental, par « leur liberté d’être un peu fou », comme il l’écrit, Jean s’affranchit peu à peu des normes de la conformité sociale, s’autorise à devenir un peu fou lui-même.

A cet esprit du monde, il oppose la sagesse du pauvre apprise aux contacts de ses nouveaux amis. « Eux que la société regarde comme inutiles, nous les voyons comme précieux pour Dieu et pour le monde » , écrit-il. Les « fous », les petits, les marginaux sont des messagers de Dieu, comme le pointe saint Paul dans un verset que Jean cite souvent : « ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages et les intelligents » (1 Co 1, 27). Inspiré par cette folie de l’évangile qui met tout sans dessus dessous, la prophétie de l’Arche renverse tranquillement l’ordre du monde. « Contre l’idéologie libérale, confirme Christian Salenson, Jean nous rappelle que la valeur d’un homme ne dépend pas de son efficacité à produire, ni de ses apparences, ni de ses capacités intellectuelles, sociales ou financières. »

Merci à La Vie pour cette belle biographie, à lire impérativement, et merci à Jean Vanier pour le message de confiance et d’espérance qu’il n’a cessé de transmettre tout au long de sa vie.