« De tout mal sort un bien » pour Jean Vanier

Interrogé pour La Vie par les duettistes Kubacki et Christensen, Jean Vanier livre son regard sur la situation de l’Eglise aujourd’hui

La crise actuelle peut-elle paradoxalement faire du bien à l’Église ?

Quelque chose est en train de bouger. De tout mal sort un bien. Dans la façon dont l’Église a évolué vers le pouvoir au fil des années, un danger s’est fait jour : le cléricalisme et le désir de pouvoir. C’est ce que dit le pape. Il fut un temps où des princes de l’Église se faisaient baiser l’anneau… Toute cette hiérarchie est en train d’être cassée. Quelque chose nous ramène à l’humilité, à l’écoute, au sens profond : la phrase « Aimez-vous les uns les autres » signifie « Rencontrez-vous les uns les autres », sans forcément attendre que les clercs nous disent ce qu’il faut faire.

Comment changer cela ?

That is the question ! Jésus a voulu changer les choses par le lavement des pieds ! Tout ce que je sais, et donc tout ce que je peux dire, je l’ai appris à l’Arche, avec les gens qui venaient ici, humiliés. Pour les aider à avancer il faut leur révéler ceci : je te trouve plus beau que tu n’oses le croire ! À partir de là, ils peuvent commencer à se détendre. Or la plupart des gens ont été humiliés, mis de côté. Ainsi, l’autorité, c’est d’abord aider les gens à sortir de l’humiliation pour découvrir qu’ils sont quelqu’un. Dans Jésus, approche historique (Cerf), José Antonio Pagola montre que les Galiléens, 500 ans avant que Jésus ne vienne vers eux, étaient pauvres et persécutés par les gens du Temple. Jésus allait chez eux et il leur disait : « Le Royaume de Dieu est avec vous. » Il mangeait avec les publicains et les pécheurs. Il ne prêchait pas, il aimait. En cela, il était en réaction avec les gens du Temple, qui se croyaient meilleurs, qui utilisaient la religion pour affirmer une supériorité. Ils exerçaient l’autorité par domination et pas par tendresse. Voilà le drame !