Violence chaude, violence froide

Recension du film En guerre, par Vera Reissner :

Il y a l’opposition entre deux mondes : celui des gens calmes, pleins de ressources matérielles et symboliques, dont la simple manière d’être et de dérouler des phrases sans signification est une violence, et celui des gens de peu, qui n’y arrivent pas, qui bégaient, s’énervent, se répètent – du pur Bourdieu illustré.

Les premiers – les représentants de la direction, mais aussi du gouvernement – sont bien mis, bien peignés et raisonnables ; ils savent parler et se maîtrisent. Les syndicalistes ouvriers, en face, font tâche dans les beaux endroits où ils viennent négocier – cabinets ministériels, siège du MEDEF –, ils n’arrivent pas à manier les mêmes expressions lisses et sans aspérité (le taux de rendement, l’environnement concurrentiel, croyez-moi, nous sommes tous sincèrement attachés…), et leurs tentatives de mettre des mots sur ce qui leur arrive sonnent comme un scandale : trop crues, trop émotives, en somme inconvenantes…