Médine Bataclan

Depuis quelques jours, quand on traîne sur les réseaux sociaux, on assiste aux remous d’une polémique concernant le rappeur Médine et sa présence annoncée sur la scène du Bataclan : les paroles de ses chansons seraient une insulte à la mémoire des victimes du terrorisme islamisme qui a fait là-bas 90 morts le 13 novembre 2015 (sur les 130 ce soir-là), sans compter les terroristes eux-mêmes. C’est tout de même une polémique qui est remontée jusqu’au somment de l’état, puisque le premier ministre Edouard Philippe a dû donner son avis sur la question, et a estimé que la prestation musicale du rappeur était protégée par la liberté d’expression.

En réalité, s’il y a polémique, c’est surtout parce que l’indignation sur les réseaux sociaux va trop souvent plus vite que la lecture. Quand j’ai vu passer la première fois les extraits des paroles de la chanson Dont Laik, je me suis dis, « Ah oui, quand même ». Et puis comme je suis toujours un peu curieux de ce qui peut motiver quelqu’un à dire des choses pareilles, et surtout d’autres à l’écouter ou à l’inviter sur scène, je suis allé lire les paroles en entier (pas écouter la chanson, il ne faut pas non plus abuser : c’est du rap, oh, quand même !). Quelle surprise (sic !) de voir que les extraits avaient été complètement sortis de leur contexte, et que la chanson, loin de cracher sur la laïcité et d’appeler à un islam violent et radical, se voulait plutôt une critique du radicalisme laïc, celui qui diabolise tout croyant un tant soit peu fidèle à ses convictions religieuses, en le faisant passer pour un fondamentaliste. Elle critique ce que nombre de catholiques dénoncent eux-mêmes dès lors, par exemple, que l’on fait passer telle conviction contre l’avortement, comme de l’intégrisme.

Puis on voit aussi passer des extraits de la chanson Angle d’attaque (Acte 1), sur des images où l’on prend d’ailleurs soin de mettre en scène le rappeur dans sa tenue provocatrice. Et là encore, on sort les paroles de leur contexte. Puisqu’au contraire du racisme anti-blanc auquel on veut faire croire, la chanson fait partie d’un triptyque anti-raciste qu’il faut écouter dans sa globalité.

Le journal libération est revenu sur cette polémique dans un article où on peut lire des extraits d’interviews dans lesquelles le rappeur s’est déjà expliqué sur ces paroles et leur sens, pour ceux qui n’auraient eu que les « extraits », et sur son engagement récurrent contre toute forme de radicalisme.

Il est sans doute possible de s’interroger sur les orientations idéologiques du rappeur, sur sa proximité éventuelle avec les Frères Musulmans, par exemple, et le cas échéant en tirer les conséquences qui s’imposent. On peut aussi évoquer sa quenelle de 2014, à condition aussi de préciser qu’il la regrette. Par contre, une chose est sûre : l’entreprise qui consiste à sortir des paroles de leur contexte pour faire croire que des chansons qui, je suppose, ont un public susceptible de les apprécier, appelleraient au djihad violent, est non seulement pervers, mais aussi irresponsable. Parce qu’à force de le répéter, certains pourraient finir par le croire, non pour en blâmer le rappeur, mais pour se conforter dans leur tentation d’un islam violent.