Les deux faces de la limite

Dans le cadre des débats sur la bioéthique, il est très intéressant de relire cet entretien d’Eric Fiat à La Croix (il date du 30 mars mais la bioéthique ne se périme pas 8 jours), et notamment ceci :

« Comment les chrétiens peuvent-ils se positionner dans les débats ?

E. F. : Il me semble que les chrétiens doivent veiller à ne pas s’installer dans une posture, qui est une position figée, théâtralisée et souvent insincère. Il vaut mieux avoir des positions qu’une posture. Ils doivent aussi se souvenir de la formule du Livre de l’Exode : « Tu n’invoqueras pas le nom de l’éternel en vain » (Exode 20, 7). Le nom de Dieu ne doit pas être invoqué à tout bout de champs, pour clore les débats. Rappelons-nous que l’éthique consiste plus souvent à affronter des dilemmes qu’à dénoncer des scandales. »

Quelle parole sur l’homme les chrétiens ont-ils à faire entendre ?

E. F. : Le christianisme nous rappelle la dignité de ceux que notre époque aurait vite fait de juger indignes. On y trouve une attention à la fragilité humaine « assez unique ». Pas unique, mais exprimée avec une grande sensibilité. Le christianisme est la religion de l’incarnation et d’un certain type d’incarnation, différente de celle des dieux païens qui s’incarnent dans les traits de la puissance, de la beauté, de la richesse, et par amour pour eux-mêmes.

Dans le christianisme, Dieu se fait homme dans les traits de la fragilité, de l’impuissance et par amour pour les hommes. C’est la kénose : le fait que l’éternité se fasse temporalité ; la toute-puissance, impuissance ; la richesse, pauvreté, etc. Ce que le dogme chrétien dit de l’incarnation est gros d’une attention à la dignité des plus fragiles parmi les hommes. Il serait grave que cela ne figure pas dans le débat.

Et enfin :

La langue grecque désigne la limite avec deux mots : « horos », la limite qu’il est bon et parfois nécessaire de dépasser, et « peras », celle qu’il est dangereux de transgresser. C’est parce que l’on a dépassé des horoï, que l’on soigne beaucoup mieux aujourd’hui qu’hier…