Dimanche soir, c’est homélie !

Quand Jésus « pique une colère » et qu’il enchaîne par parler destruction et construction de sanctuaire dans délais intenables, pas facile de commenter ses actes ! Du coup, après avoir lu les textes de ce 3ème dimanche de Carême année B (que vous pouvez retrouver ici), nous sommes allés demander l’aide de saint Augustin dans son « Traité X » (dont un extrait de l’homélie constitue d’ailleurs la lecture patristique de l’office des lectures du jour, que vous retrouverez donc ici partiellement).

Image rare : saint Augustin peint sur le vif par Sandro Botticelli alors qu’il se demandait ce qu’il allait pouvoir dire de la part de Dieu aux lecteurs du Samaritain

 » «Alors les disciples se souvinrent qu’’il était écrit: Le zèle de votre maison m’’a dévoré ». C’est, en effet, par le zèle de la maison de Dieu que le Seigneur chassa du temple ces vendeurs. Mes frères, que chaque chrétien, puisqu’il est membre du Christ, soit dévoré du zèle de la maison de Dieu. Qui est-ce qui est dévoré du zèle de la maison de Dieu ? 

Celui qui, voyant ici-bas quelque dérèglement, s’’efforce de le corriger, désire l’’amendement des pécheurs et ne prend aucun repos, tant qu’’ils ne sont pas convertis; et s’’il ne peut parvenir à les rendre meilleurs, il les supporte en gémissant. Car le bon grain n’est pas jeté hors de l’’aire*, il y endure le voisinage de la paille, et plus tard, quand on l’a séparé d’’avec elle, il entre dans le grenier. Pour toi, si tu es un bon grain, ne désire pas, avant le moment d’être enfermé au grenier, être jeté hors de l’’aire; car les oiseaux te mangeraient, et l’’on n’aurait pas le temps de te mettre au grenier. Les puissances aériennes sont comme les oiseaux du ciel, elles épient l’’heure propice où elles pourront enlever le grain; mais elles ne le peuvent que s’’i1 est battu hors de l’’aire.

Que le zèle de la maison de Dieu te dévore donc ; que le zèle de la maison de Dieu, dont il est membre, dévore chaque chrétien; car aucune maison n’’est plus véritablement tienne que celle où tu as le salut éternel. Tu entres dans ta maison pour y trouver le repos du temps, tu entres dans la maison de Dieu pour y trouver le repos de l’’éternité. Si tu fais en sorte qu’aucun désordre n’’ait lieu dans ta maison; dans la maison de Dieu où l’’on te propose le salut et un repos éternel, supporteras-tu, autant du moins que cela dépendra de toi, qu’’il s’’y passe quelque désordre sous tes yeux ? (…)

Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours, je le relèverai. Jésus, parlait, dit l’Évangéliste, du sanctuaire de son corps. Il est manifeste, que trois jours après avoir été mis à mort, le Seigneur est ressuscité. Si les Juifs demeurent exclus de cette connaissance, parce qu’ils sont dehors, pour nous elle est patente, parce que nous savons en qui nous croyons. Nous allons bientôt célébrer la solennité annuelle qui commémore la destruction et la réédification de ce temple. Nous exhortons ceux d’’entre vous qui seraient encore catéchumènes à s’’y préparer, afin de recevoir la grâce. (…)

En venant dans le monde, le Christ a reçu un corps, qui lui vient d’Adam. Les Juifs ont détruit le temple qui vient d’Adam, le corps du Christ, mais le Seigneur l’a relevé le troisième jour. Il a ressuscité sa chair ; en cela vous voyez qu’il est Dieu égal à son Père. L’Apôtre dit : Le Christ s’est fait obéissant jusqu’à mourir, et mourir sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a relevé d’entre les morts et lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms. Le Seigneur est ressuscité, il a été exalté. Qui l’a ressuscité ? Le Père, à qui il dit dans un psaume : Relève-moi, je leur rendrai ce qu’ils méritent. Le Père l’a ressuscité. Il ne s’est donc pas ressuscité lui-même ? Mais le Père fait-il rien sans le Verbe ? Le Père fait-il rien sans son Fils unique ? Écoutez bien ce que dit le Christ : Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. Est-ce qu’il a dit : Détruisez ce sanctuaire, et dans trois jours le Père le relèvera ? Ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement: quand le Père relève, le Fils relève ; quand le Fils relève, le Père relève, car, dit le Fils : le Père et moi, nous sommes un. (…) 

Que l’’espérance soit donc la source de toutes nos joies ; que tous nos désirs aient pour objet la vie éternelle. Que tous nos soupirs s’’élèvent vers Jésus-Christ: il est l’’unique beauté ; il a aimé ceux mêmes que déparait la laideur, afin de les rendre beaux ; souhaitons donc de Lui être unis ; dirigeons vers Lui seul notre course et nos gémissements, et que ceux-là « disent toujours : Loué soit le Seigneur, qui aiment la paix de son serviteur ». »

 

  • aire : place qu’on a préparées pour battre le grain