Petit commentaire de Carême

En ce premier dimanche de carême, un petit bout de commentaire exégétique, pour approfondir notre lecture de l’Evangile du jour (Mc 1,12-15) :

Le lien étroit entre le baptême de Jésus et sa tentation au désert est éclairant. Le baptême administré par Jean ne semble pas avoir eu son sens habituel dans le cas de Jésus. Marc ne parle pour lui d’aucune confession des péchés, alors que c’était le trait distinctif du baptême de Jean (1,5). Pour Jésus, il est plutôt question d’une expérience de l’Esprit, et celui-ci le mène sans retard au combat avec Satan. Le bref récit des v. 12-13 n’éclaire pas le lecteur sur la nature des tentations de Jésus qui est laissé à son imagination, mais il lui livre le secret de l’autorité de Jésus à l’encontre des esprits impurs : au désert, il a affronté leur prince et il l’a vaincu. De cette épreuve, il est revenu porteur de l’heureuse annonce (1,14-15), objet principal du récit global. Parce qu’il est au courant de cette victoire initiale, emblématique, et qui précède le récit proprement dit, le lecteur saisira mieux la portée de la phrase que Jésus adressera plus tard aux scribes sans que ceux-ci la comprennent : « personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, à moins qu’il n’ait d’abord lié l’homme fort » (3,27). Au désert, Jésus a déjà lié Satan. Il pourra donc piller ses biens. Son action ultérieure aura l’allure d’une lutte de l’Esprit contre Satan.

Camille Focant, L’évangile selon Marc, Commentaire biblique : Nouveau Testament Vol. 2, Cerf, Paris, 2010, p. 72