Attali contre l’euthanasie des plus pauvres

Dieu sait que l’un de ses textes sur l’euthanasie, vieux de plus de trente ans, circule. Celui-ci est d’une toute autre teneur et il vient souligner une chose qu’il va falloir rendre cristal clear aux gens de gauche aveuglés, persuadés de prêter la main au progrès, égarés dans le système libéral-libertaire : l’euthanasie viendra frapper d’abord les plus faibles.

Les grèves des personnels des EPAHD et autres maisons de retraite rappellent à qui aurait pu l’oublier que le principal enjeu du pouvoir, dans toute société, depuis l’aube des temps, est fondé sur le rapport à la mort : une société qui rationne les soins, qui ne gère pas décemment les dernières années de la vie, qui organise une euthanasie implicite des plus pauvres, et qui ne donne pas de sens à la mort, est vite ressentie comme illégitime. Le pouvoir y est alors remis en cause, et renversé. (…) La France, où bien des établissements de soin manquent de tout, n’en est pas indemne. Et en particulier les soins accordés aux plus âgés y sont de moins en moins suffisants, malgré le dévouement et la compétence des personnels. Sauf pour ceux qui peuvent se payer des séjours dans des établissements couteux et dotés de tous les services. Sauf pour les puissants qui ont les moyens de ne pas passer par les systèmes généraux et qui, comme dans toutes les sociétés depuis des millénaires, ont ainsi plus de chance de vivre vieux que les autres.

Plus de chances de vivre vieux, plus de chances de vivre mieux vieux. Plus de chances de disposer d’un accompagnement véritable, physique et psychologique, dans un cadre apaisant. Les autres, les petits, les sans-dents, on leur proposera la piqûre. Voilà la réalité qui adviendra, sous les discours de liberté de ses promoteurs.

Le reste de la chronique brosse le tableau du grand marché que l’âge et la dépendance sont en train d’ouvrir, avec la bénédiction de progressistes myopes.

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M.A.J : Sur Twitter, Jacques Attali apporte les précisions ci-dessous. Ainsi c’est non seulement un vieux texte, mais un texte manipulé, qui circule.