Nous savons pourquoi vous êtes malheureux

C’est parce que l’on confond tout. Dopamine et sérotonine. Et à cause de la concurrence dans ta tête entre la tyrosine, la phénylalanine et le tryptophane. Bref, l’article est intéressant mais dépasse mes compétences en neurobiologie pour que je puisse en apprécier le bien-fondé. En revanche, parce que m’agace au plus haut point la tendance à réduire notre vie et ses interactions en hormones, acides aminés, gènes et fluides, le propos en chapeau m’irritait jusqu’à ce que l’article l’éclaire : la question est bien dans le choix de nos activités. Vous ne devriez pas être là. Fermez les réseaux sociaux. Depuis le temps qu’on vous le dit, et ma femme, aussi.

Le bonheur et le plaisir ne sont en effet pas identiques. Ce sont des phénomènes distincts, très dissemblables, et si nous ne le percevons pas, c’est ­essentiellement parce que l’industrie vend ses produits ou ses services en faisant passer l’un pour l’autre. Je compte sept grandes différences entre les deux, que chacun peut comprendre aisément.

Le plaisir est de courte durée, le bonheur de longue durée ; le plaisir est viscéral, le bonheur est spirituel ; le plaisir s’obtient en prenant, le bonheur a plutôt à voir avec donner ; le plaisir peut s’obtenir seul, le bonheur est généralement ­atteint au sein d’un groupe social ; le plaisir peut s’obtenir grâce à des substances, mais ce n’est pas le cas du bonheur. Le plaisir extrême peut conduire à l’addiction – c’est par exemple le cas pour l’alcool, la cocaïne, la nicotine et d’une manière générale pour les comportements susceptibles de procurer un plaisir ­ immédiat comme l’utilisation des réseaux ­sociaux ou des jeux vidéo, le shopping, le jeu, la pornographie… Pour tout cela, il existe une forme d’addiction, mais il n’y a rien qui ressemble à une addiction au bonheur.

Enfin, la septième et dernière différence est que plaisir et bonheur dépendent de deux neurotransmetteurs distincts : dopamine pour le plaisir, sérotonine pour le bonheur. Le plaisir et le bonheur sont localisés dans deux sites distincts du cerveau, mobilisent deux modes d’action différents, deux types de récepteurs différents…

En revanche, si vous êtes neurobiologiste, vous pouvez nous contacter sur cette page, ça nous intéresse.