2018, année catholique ?

La Vie sort un numéro que la gueule de Beigbeder en Une vient parachever. Si vous êtes férus de rentrées littéraires, vous y trouverez tout un dossier sur une production de début d’année remarquable, où l’on croise bien des auteurs amis, de François Huguenin à Denis Moreau, en passant par Patrice de Plunkett et Julien Leclercq.

Comme l’écrit Marie-Lucile Kubacki,

En cette rentrée 2018, un nombre significatif d’essayistes interrogent la place nouvelle du catholicisme dans une société qui, après l’avoir rangé dans le vieux placard à bondieuseries, se demande si face à la toute-puissance du Dieu argent, il n’y aurait pas quelque chose de bon à y puiser à nouveau. Pour certains, une identité et des valeurs avec tous les pièges contenus dans ces concepts, à commencer par la menace d’un christianisme sans Christ qui ne serait qu’idolâtrie culturelle. Pour d’autres, un antidote aux glaçantes utopies d’immortalité transhumanistes. Ou, plus simplement, une parole de vie face à l’éternel vertige de la mort. Si le monde se laisse à nouveau interpeller par le christianisme, dans la France sécularisée, les catholiques en exode d’une culture majoritairement catholique cherchent quant à eux une nouvelle manière d’être au monde – un monde qui ne pense plus toujours comme eux -, et d’exister dans le débat politique – une politique où leurs « valeurs » ne font plus la loi.

De quoi regarder cette année avec un peu plus de…. « confiance et espérance ». Sur un plan un peu différent, François Bégaudeau et Frédéric Beigbeder témoignent de leurs questionnements, et c’est en tous points profitable.

Pour la bonne bouche, deux extraits de l’entretien avec Frédéric Beigbeder.

Mais Frédéric Beigbeder ne se sent pas encore pousser d’auréole, il n’en est pas là. Il vomit même les anciens fêtards assagis qui viennent vous donner de bruyantes leçons de morale. Lui se contente d’abord de raconter que sa nouvelle vie en son jardin lui fait plus souvent lever les yeux vers le ciel. « Au lieu des immeubles et des voitures, je regarde les arbres et l’océan, ça rapproche de la création, et donc du créateur, c’est d’une simplicité biblique, sourit-il. On n’a pas les mêmes pensées lorsqu’on est entre deux rendez-vous, en train de commander un Uber sous la pluie. Au vert, on a le loisir de se concentrer sur le sens de l’existence… »

et puis celui-ci.

Si Beigbeder sort du bois pour défendre le catholicisme, c’est donc avant tout par volonté de résistance, par désir de secouer ses contemporains face au danger : « On va avoir besoin de tout le monde. J’aimerais que le pape, si justement véhément dans sa défense des plus déshérités, tape très fort du poing sur la table contre les délires du transhumanisme. Que sommes-nous prêts à perdre ? Est-ce que notre autopromotion narcissique ne nous a pas déjà changés ? Quand notre ADN sera modifié, lorsqu’on aura fusionné l’homme et la machine, mis notre cerveau sur des disques durs, n’y aura-t-il pas deux sortes d’humains, et une caste supérieure qui broiera tout le reste ? Les charlatans transhumanistes rejoignent un Hitler dans leur volonté de créer des surhommes. Je dis donc à l’Église : réveille-toi et rends-toi utile, il y a urgence. » À cette minute, c’est comme un nouvel appel de l’abbé Pierre, par une sorte de prophète barbu et plutôt convaincant…

Un bien beau numéro, c’est moi qui vous le dis (et non, ma chronique n’y est pas, ce n’est donc pas un conseil pro domo).