« Une formidable mutation pour le christianisme »

sans-titreLe Monde des Livres du 22 décembre propose un dossier sur « Jésus donne de ses nouvelles ». En son sein, une très intéressante interview croisée de l’historienne Valentine Zuber et du théologien jésuite Christophe Theobald, à l’occasion de la parution de leurs livres respectifs. Quelques extraits marquants notamment du propos de Christoph Theobald :

[La méfiance des chrétiens au sujet des nouveaux droits touchant par exemple à l’éthique familiale ou au vivant] paraît aboutir de plus en plus, aujourd’hui, depuis la Manif pour tous, à une crispation …
C. T. J’ai l’impression que c’est lié à certains milieux. Mais cela ne couvre pas l’ensemble du catholicisme français, qui fait preuve d’une grande créativité. Il y a des gisements, des émergences, qui n’arrivent simplement pas à se relier entre eux. D’où le danger de tomber, d’une autre manière, dans le même travers que les premiers : l’esprit de citadelle assiégée. L’enjeu, par rapport à cela, c’est de définir ce qu’est la mission chrétienne. Le christianisme qui vit uniquement pour lui-même, qui n’est plus présent dans la société, n’est plus le christianisme. Le pape François parle de « disciples missionnaires ». Sur ce point, j’aimerais qu’il soit mieux écouté par les évêques français, qui ont tendance à centrer les questions éthiques sur ce qui concerne le début et la fin de la vie. C’est comme si tout le reste n’existait pas ! Il est naturel, dans les questions politiques, de laisser chacun se décider en conscience. Mais, jusque-là, on établissait au moins des limites. Aujourd’hui, tout semble devenir acceptable, y compris que des chrétiens votent Front national. L’épiscopat n’a pas fait de geste significatif pendant un an et demi de combat électoral, alors que tout le monde annonçait Marine Le Pen au second tour. […]

Le christianisme peut-il disparaître ?
C. T. Il peut disparaître, oui. En Afrique du Nord, il était très florissant aux IVe et Ve siècles, et puis il a presque totalement disparu. Que va devenir le christianisme européen ? Je pense qu’il est entré dans une formidable mutation, qui est la sortie d’une figure née, justement, au IVe siècle, sous le règne de l’empereur Constantin, celle de la concordance complète entre la société et le christianisme. Et cela n’en finit pas de finir, avec la disparition progressive de la « civilisation paroissiale » et de l’inscription du christianisme dans les structures mêmes de la société. Mais une autre figure est déjà en train de naître, qu’on peut appeler un « christianisme de diaspora », fondé sur de petites communautés locales de témoins, et sur des réseaux sachant irriguer, avec d’autres, les nappes phréatiques spirituelles de la société.