Nouvelle polémique sur la date de célébration de Noël

C’est ce que nous aurions pu lire comme titre de presse, si notre presse d’aujourd’hui avait opéré sous le même mode il y a 1600 ans ! Ca aurait pu donner quelque chose comme ça :


En cette fête de Noël de l’an 389 1, Jérôme de Stridon a mis Twitter en ébullition en réfutant ostensiblement les célébrations de Noël à des dates autres que le 25 décembre.

Théophanius, moine à Bethléem, est rapidement allé au clash face à l’occidental.

A quoi, Jérôme s’est lancé dans un long thread expliquant par le menu pourquoi la date du 25 décembre était la seule option acceptable 2 : « Nous vous disons donc que le Christ est né aujourd’hui, puisqu’il est rené à l’Épiphanie. Vous, instruisez-vous de la génération et de sa régénération, qui dites qu’il est né à l’Épiphanie : quand a-t-il donc reçu le baptême, si vous n’affirmez pas qu’il soit né et rené le même jour ? Il n’est, jusqu’à la création qui ne souscrive à notre opinion, le monde lui-même témoigne en faveur de notre avis. Jusqu’à ce jour les ténèbres croissaient, à partir d’aujourd’hui elles décroissent : la lumière croît, décroissent les ténèbres : le jour croît, l’erreur décroît, la vérité s’avance. Aujourd’hui naît notre soleil de justice. »

En arrière-fond de cette dispute, on entend bien sûr la lointaine controverse concernant la divinité du Christ : dès la naissance ou acquise au baptême ? Mais la polémique n’est pas loin de faire converger aussi les intérêt des détracteurs d’Origène contre ses défenseurs, comme l’actuel évêque de Jérusalem, Jean II. Pour en savoir plus sur cette position de Jérôme, nous avons interrogé l’évêque de Nysse, Grégoire 3 :

Jérôme défend la célébration de Noël à la date du 25 décembre en convoquant le témoignage de la Création toute entière ? N’y voyez-vous pas, comme le prévenait Origène, une dérive paganisante ? Que pensez-vous de ses propos récents ?

Il est vrai qu’en ce jour [ndrl: le 25 décembre] les ténèbres commencent à diminuer et les confins de la nuit reculent, refoulés par les rayons grandissants. Ce n’est point simple hasard si le solstice survient au jour solennel où la vie divine se manifeste aux hommes. Quel mystère la création n’enseigne-t-elle pas ici aux esprits un peu attentifs ! On dirait qu’elle élève la voix et apprend à ceux qui sont capables de l’entendre, ce que signifient la croissance du jour et le recul de la nuit au temps où vient le Seigneur.

Vous pensez donc que Jérôme a raison de voir un signe dans le cycle de la Création ? N’y a-t-il pas là matière à sombrer dans le péché avec les idolâtres et les adeptes des « mystères » ?

Il me semble, pour ma part, l’entendre tenir ce langage : ouvre tes yeux, homme : les mystères qui se cachaient dans le visible te sont révélés ! Vois-tu la nuit parvenir à ses bornes extrêmes, s’arrêter et reculer ? Entends-le de l’affreuse nuit du péché, qui s’était allongée jusqu’à ses dernières limites ; le péché, par toutes sortes de ruses, l’avait menée au comble de l’abjection. Mais aujourd’hui, ses progrès s’arrêtent : vaincue, elle recule pour bientôt disparaître. Vois-tu grandir les rayons de lumière et le soleil monter plus haut de que coutume ? Comprends que l’avènement de la vraie lumière illumine toute la terre des rayons de l’évangile.

On se souviendra que la date de célébration de Noël avait été déjà vivement discutée il y a près de 200 ans : Clément d’Alexandrie, dénonçait en effet ceux qui fêtaient la naissance de Jésus le 19 avril ou le 20 mai, alors que lui avait bien calculé la chose : Jésus était né le 17 novembre. Hippolyte situait quant à lui l’anniversaire de Jésus le 2 avril, quand d’autres le voyaient le 28 mars. Il semble que le débat ne soit pas près de se terminer.


Retour à nos époque…

En effet, le débat n’est pas terminé. On vous dira aujourd’hui, comme une évidence, que les chrétiens ont choisi la date du 25 décembre pour christianiser la fête païenne du Sol Invictus censée être célébrée à cette date-là à la même époque. Et dans 1500 ans on vous dira sans doute que les chrétiens du XXIème siècle fêtaient Noël le 25 décembre juste pour essayer de concurrencer le père Noël, les sapins, et les boules ! De toute façon, c’est bien simple, la vraie date de la Nativité n’est pas liée au 25 décembre (calendrier païen), mais au 25 kislev (calendrier juif), qui correspond aussi aisément au solstice d’hiver. Voilà, j’ai raison et en plus, en cas de besoin, ça tiendra en un tweet.

Notes:

  1. L’année a été choisie au hasard dans la période où l’on situe la présence de saint Jérôme en Terre Sainte, avant son conflit ouvert avec l’évêque Jean II de Jérusalem et avant la mort de Grégoire de Nysse.
  2. Tiré de Jérôme de Stridon, Homélie sur la Nativité du Seigneur, P.L., Supplementum, vol. II, p. 188-193. Sermon édité par Dom Morin et par lui rendu à saint Jérôme. Texte recueilli et traduit par F. Quéré-Jaulmes dans Le Mystère de Noël, éd. Grasset, 1963, pp. 89-90.
  3. Propos repris, et légèrement trafiqués, de : Grégoire de Nysse, Sermon sur la naissance de Jésus-Christ, PG 46, pp 1128-1149. Recueilli et traduit par F. Quéré-Jaulmes dans Le Mystère de Noël, éd. Grasset, 1963, p.159.