Chef, on a cassé le porno #NetNeutrality

Le désespoir est palpable. « Bien sûr, le porno ne disparaîtra jamais complètement – cela va seulement vous coûter probablement beaucoup plus cher pour y accéder. Les fournisseurs d’accès vont maintenant être en mesure de vous faire payer de votre poche le contenu que vous adorez, et ils vont aussi être en mesure de tracer exactement ce que vous regardez ». On est à deux doigts de compatir.

C’est en effet le modèle économique de l’industrie du porno qui risque de s’effondrer. Dans la bataille pour la neutralité du net – qui n’est pas, comme on pourrait le croire, la neutralité idéologique, mais (aussi) l’accès indifférencié aux tuyaux quel que soit l’usage et le volume que l’on y envoie – il y a en effet des acteurs dont on ne soupçonnait pas spontanément l’intérêt : les sites pornos. Et eux sont furieux. Ils ont d’ailleurs essayé de mobiliser contre cette réforme, comme le relate cet article éploré de Mashable repris sur Yahoo – c’est pour dire.

D’où ce tweet rageur et sarcastique de l’une de ces plateformes :

Pensez donc : jusqu’ici, le porno pouvait être (et de très loin) le plus gros consommateur de ressources du web sans en assumer aucune conséquence financière.

C’est ce que relate l’auteur dans ce paragraphe :

At the moment, porn makes up a massive portion of our online consumption. Last year Pornhub viewers alone used 3,110 petabytes of bandwidth. And people are paying almost nothing for it.

« Aujourd’hui, le porno occupe une part massive de notre consommation en ligne. L’an dernier, les utilisateurs de Pornhub ont, à eux seuls, utilisé 3,110 petabytes de bande passante. Et les gens ne paient pratiquement rien pour cela ». Nous découvrons d’ailleurs une nouvelle unité de mesure, le petabyte, qui traduit assez bien l’avenir possible de ce secteur : il faudra payer pour. Bref, le Petabyte, c’est 1.048.576 de Gigabytes. Sur une seule plateforme. Et cette plateforme, qui en tire des revenus (parce que non, le porno n’est pas caritatif), ne paie rien pour cela. Soit dit en passant, et puisque la seule responsabilité sociale de l’affaire ne semble pas emporter la conviction, on pourrait aussi se pencher sur la responsabilité environnementale du porno : faire tourner cette industrie, la première du web, exige des ressources informatiques consommatrices d’énergie.

Bref, tout est lié : mater du porno tue des ours polaires (et probablement aussi des petits chats).

Après, donc, avoir versé une larme sur nos « porns habits » (cf. l’article : « RIP your porn habit »), on se souviendra que c’est aussi du fait de cet accès gratuit et intraçable que le porno est si accessible aux enfants. Sur ce plan, il est toutefois encore à craindre que les sites pornos n’assument pas plus leur responsabilité morale qu’économique ou écologique, et qu’ils laissent accessibles une partie gratuite, abritant le reste derrière un paywall.

Mais si cette révocation de la net neutrality pouvait conduire les adultes à se comporter en personnes responsables : les industriels, en assumant le coût qu’ils font peser sur la collectivité, et les consommateurs, en assumant le coût de leurs petites manies (protégeant ainsi un peu les enfants), cela nous consolerait bien des autres effets de l’abandon de la neutralité du net.

Reste à mettre en place l’accès par carte bancaire, seul moyen de garantir une restriction d’accès aux seuls adultes.