Consolez consolez mon peuple, parlez au coeur de Jérusalem…

Nah’amou nah’amou ‘ammy yomar élohéykhèm, ddaberou ‘al-lév yeroushalami… (Is 40,1-2a)

Dans la tradition juive, chaque Shabbat est l’occasion de la lecture d’une section du Pentateuque, la parasha de la semaine. Cette lecture est suivie de celle de la haftara, un texte tiré des prophètes en lien avec la parasha (un peu comme l’évangile en lien avec la première lecture).

Or le texte d’Isaïe que nous lisons en ce deuxième dimanche d’Avent constitue, dans le calendrier liturgique juif, la haftara d’un passage du Deutéronome (Dt 3,23-7,11). Au début de cette section, Dieu annonce à Moïse que le peuple en Exode va enfin sortir du désert pour entrer dans la Terre Promise. Et c’est aussi ce que dit Is 40 : Dieu annonce à son peuple qu’après la traversée du désert qu’est l’exil à Babylone, il va entrer à nouveau sur la Terre de la Promesse. Autrement dit, la haftara actualise, des siècles après l’Exode,  la promesse de délivrance faite à Moïse pour Israël.

C’est exactement ce que fait l’évangéliste ce dimanche en prêtant au prophète les mots de l’Exode : « Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin » (Ex 23,20). La liturgie de ce dimanche nous donne donc une nouvelle haftara de la traversée du désert ; une manière de nous dire : la promesse faite à Moïse est toujours valable aujourd’hui. Et le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse (2P 3,9). Il est tout proche celui qui ramènera nos cœurs exilés vers la terre de la consolation.

 « Consolez, consolez mon peuple », dit le prophète. En hébreu : « Na’hamou, Na’hamou ‘ami ». Pourquoi Isaïe redouble-t-il le mot « consolez » ? Le midrash Yalkut Shimoni enseigne qu’il y a cinq lettres dans l’Ecriture qui sont doublées ; et chaque fois, c’est en lien avec le salut. Ainsi en est-il du « Pakod Pakadti etkhemvisiter, je vous ai visités » (Ex 3,16), que Dieu dit lorsqu’il envoie Moïse pour délivrer son peuple. Le doublement de la lettre ou du mot invite donc à dépasser le sens littéral et à discerner une prophétie de salut eschatologique.

Voilà pourquoi la consolation d’Isaïe nous renvoie au-delà d’une délivrance historique, celle de l’Exode ou de l’Exil. « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans et mille ans sont comme un seul jour » (2P 3,8). Isaïe annonce l’accomplissement d’un salut qui fut inauguré par l’entrée en Canaan, mais qui demeurant inachevé du fait même que Moïse soit resté sur le seuil (et ce, malgré sa prière insistante pour entrer, cf. Dt 3,27) ; un salut qui s’étire jusqu’au retour du Messie. Ainsi la consolation d’Israël se fait consolation pour l’humanité entière.