Le #NotrePère : une prière identitaire

Oui c’est sûr que dit comme ça…

Le « Notre Père » est transmis dans l’évangile de Matthieu dans un contexte où il est opposé au rabâchage des païens, et aux pratiques des « hypocrites » (aka. « les religieux mainstream »). Même chose dans la Didachè, où est ajouté en plus, à la fin du « Notre Père », l’instruction : « Priez ainsi trois fois par jour ». Le « Notre Père » a alors nettement vocation à se substituer à la prière de l’office synagogal. Dans l’évangile de Luc, enfin, le « Notre Père » répond à une demande des disciples : « Apprends-nous à prier comme Jean l’a appris à ses disciples ». C’est là aussi très clair : l’école de Jésus veut sa propre prière, comme l’école de Jean a la sienne. Comme si la prière permettait d’identifier la secte chrétienne parmi les autres communautés.

Oui mais… quelle communauté s’agit-il d’identifier ici ? La réponse se trouve dans les deux premiers mots de la prière. Son enseignement répond au besoin d’identification tout en le dépassant largement. Car si dans la Didachè le « Notre Père » se substitue à la prière du Shema Israël, ou si chez Luc il semble répondre à une demande d’identification, ce n’est pas pour devenir le slogan d’une n-ième communauté parallèle, mais pour ouvrir ceux qui prient à un « nous » plus large que leur petit cercle. Dans la Didachè, la prière est d’ailleurs enseignée en lien avec la liturgie baptismale (ce qui s’entend d’ailleurs très bien dans la prière elle-même, qui se conclue par « Délivre-nous du mal » : la fonction même du baptême), c’est-à-dire dans le cadre de l’ouverture des frontières de la communauté à tout croyant, qu’il soit membre ou non d’Israël.

La seule identité qui ressort de cette prière du Notre Père, c’est celle de fils de Dieu. Autrement dit, le « Notre Père » est une prière communautaire, mais de la communauté humaine tout entière. Elle est « identitaire » au sens où elle nous identifie tous les uns aux autres comme fils de Dieu. Autant dire qu’il est vain de la brandir en étendard pour s’opposer à quiconque : la prière du « Notre Père » ne peut avoir d’autre fonction communautaire que de rassembler le plus largement possible.