Le monde de Donald, ou selon François ?

Aujourd’hui, deux hommes, deux responsables internationaux, se sont illustrés dans le cadre du rapport entre les religions ou, plus largement, entre les civilisations. L’un a retweeté trois tweets de Jayda Fransen, députée du parti d’extrême-droite identitaire, Britain First. Une députée dont même le peu regardant tabloïd The Sun dresse un portait peu flatteur, au regard notamment des poursuites dont elle fait l’objet pour l’équivalent de ce que l’on appellerait en France de l’incitation à la haine. Celle-ci a beaucoup apprécié, comme en témoignent les très trumpistes lettres capitales de son dernier tweet, ponctué d’un « Dieu bénisse Donald Trump ».Donald Trump ne semble toujours pas capable de comprendre la nature de ses fonctions, ni la responsabilité immense qui est la sienne lorsqu’il diffuse un message, et en l’occurrence des messages dénonçant l’ensemble des musulmans, comme un vulgaire twittos rediffusant de vieilles vidéos pour raviver le feu (la video de l’islamiste détruisant une statue de la Vierge a, en effet, déjà quatre ans).

Dans le même temps, le pape François était en Birmanie où il a rencontré des responsables religieux, et appelé à une plus grande unité pour lutter contre l’extrémisme religieux. Lors d’une rencontre avec le Conseil suprême “Sangha” des moines bouddhistes, il s’est efforcé de souligner les points de convergence possibles, au-delà des différences évidentes :

Le grand défi de nos jours est d’aider les personnes à s’ouvrir au transcendant. Etre capables de regarder profondément à l’intérieur de soi et de se connaître soi-même de manière à reconnaître l’interconnexion réciproque entre toutes les personnes. Se rendre compte que nous ne pouvons pas rester isolés les uns des autres. Si nous devons être unis, et c’est là notre propos, il est nécessaire de dépasser toutes les formes d’incompréhension, d’intolérance, de préjugé et de haine. Comment pouvons-nous le faire ? Les paroles du Bouddha offrent à chacun de nous un guide : « Elimine la colère avec l’absence de colère, vaincs le méchant avec la bonté, défais l’avare avec la générosité, vaincs le menteur avec la vérité » (Dhammapada, XVII, 223). La prière attribuée à Saint François d’Assise exprime des sentiments semblables : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où est la haine que je porte l’amour, là où est l’offense que je porte le pardon… Là où sont les ténèbres que je porte la lumière, et là où est la tristesse que je porte la joie ».

Puisse cette Sagesse continuer à inspirer tout effort pour promouvoir la patience et la compréhension, et pour guérir les blessures des conflits qui au fil des années ont divisé les personnes de diverses cultures, ethnies et convictions religieuses. Ces efforts ne sont jamais seulement les prérogatives des leaders religieux, et ne sont pas de la compétence exclusive de l’État. Bien plutôt, c’est toute la société, tous ceux qui sont présents au sein de la communauté qui doivent participer au travail de dépassement du conflit et de l’injustice. Cependant, c’est la responsabilité particulière des leaders civils et religieux d’assurer que chaque voix soit entendue, afin que les défis et les besoins du moment puissent être clairement compris et confrontés dans un esprit d’impartialité et de solidarité réciproque.

Là où est la haine alimentée par l’un, il faudra bien mettre l’amour porté par l’autre, là où est l’offense propagée par l’un, il faudra répandre le pardon affirmé par l’autre.