#NotrePère Entre Massa et Refidim

Pourquoi parlerait-on d’entrer en tentation ? Le terme grec peirasmos, que nous traduisons tantôt par « tentation » tantôt par « épreuve », est lui-même la traduction d’un mot hébreu, un nom propre : Massa. C’est le nom du lieu où les fils d’Israël mirent Dieu à l’épreuve et le provoquèrent (Ex 17) :

« Il donna à ce lieu le nom de Massa (Tentation) et Meriba (Querelle), parce que les Israélites cherchèrent querelle et parce qu’ils mirent YHWH à l’épreuve en disant :  YHWH est-il au milieu de nous, ou non ? ».

Lors de cette station des hébreux dans le désert, au tout début du périple, ce ne sont pas précisément les fils d’Israël qui sont tentés, mais bien eux qui tentent Dieu. La conséquence directe en sera le difficile affrontement contre les amalécites. L’attaque d’Amalec à Refidim est sanglante pour les Israëlites, même s’ils remportent la victoire au terme de la bataille. Elle est surtout, tout au long des combats, très incertaine quant à son issue. S’il y a une épreuve pour l’homme, elle est bien là. Autrement dit, le double sens du terme grec peirasmos joue pleinement ici : Dieu met les hébreux à l’épreuve au désert (le manque d’eau, la bataille incertaine contre Amalec) ET les hébreux tentent Dieu.

Cette richesse du sens que recouvre le mot grec peirasmos ne peut donc être réduit à une vision exclusivement morale de la tentation, comme l’emploi ancien du verbe « succomber » pouvait le suggérer. Il s’agit bien d’entrer dans un lieu. Un lieu qui, avant d’être nommé Massa s’appelle Refidim. Et ce nom a aussi son importance. Car s’il s’agit bien d’un nom propre, il est formé sur la racine du verbe « Rafad » en hébreu qui signifie « étendre », « faire reposer », mais aussi « garder ». Pour qui est coutumier de la prière quotidienne des laudes, il ne peut pas ne pas venir ici à l’esprit ce passage du Psaume 95 : « Ne fermez pas votre cœur comme au désert, comme au jour de tentation (Massa) et de défi (Meriba), où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. Quarante ans leur génération m’a déçu, et j’ai dit : Ce peuple a le cœur égaré, il n’a pas connu mes chemins. Dans ma colère, j’en ai fait le serment : Jamais ils n’entreront dans mon repos. » (Ps 95, 8-11)

Il y a donc bien deux alternatives possibles : entrer dans Massa ou entrer dans Refidim. Les fils d’Israël entrent à Refidim. Les fils d’Amalec entrent à Massa. Un seul lieu, mais qui a changé de nature par ce qui s’y est passé : Dieu y a été tenté et provoqué ! Le « Notre Père » nous fait dire littéralement : « Et ne nous conduit pas à Massa », ce lieu d’épreuve, certes, mais surtout du doute et du manque de foi.