« En Birmanie, tout cela reste très compliqué »

Le pape François se rendra en Birmanie le 27 novembre. Analyse dans La Vie du cardinal Charles Maung Bo sur la situation du pays.

Tout le monde est heureux [de sa visite], pas seulement les chrétiens mais les bouddhistes et le gouvernement aussi. Nous sommes dans un processus de paix instigué par Aung San Suu Kyi. Nous voulons porter un message d’amour et la paix. Il y a différentes religions dans ce pays, différents groupes ethniques. Il doit y avoir une unité et une dignité. Nous devons réussir à trouver la paix dans tous les États, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. La paix est essentielle. Le pape montrera que c’est possible.

Certains craignent qu’il emploie le mot « Rohingya ». 

Il ne devra pas utiliser ce mot, cela choquerait les Birmans, le gouvernement et les militaires. Cela voudrait dire qu’ils sont une ethnie birmane, qu’ils appartiennent à ce pays, ce qui n’est pas le cas.

Je vais lui dire qu’il devra s’exprimer en utilisant le mot « musulman ». « Rohingya » est un terme très politique.

Peut-on dire, comme Emmanuel Macron l’assure, qu’il y a un génocide en cours en Birmanie ?

Je ne le dirai pas. Je ne dirai pas non plus qu’il y a un nettoyage ethnique. Il y a des discriminations, des persécutions oui, mais la situation est très complexe. Les informations sont très différentes. Les médias internationaux sont très durs, particulièrement à l’encontre d’Aung San Suu Kyi et les médias locaux n’ont que peu d’influence. Il y a beaucoup d’atrocités mais pour beaucoup de raisons. Historiquement, les musulmans sont partis du Bangladesh et y sont revenus. Il y a aussi beaucoup d’islamophobie, beaucoup de terrorisme avec Daech notamment. Les Birmans ont peur de l’islamisation du pays. Et il y a eu des insurgés du côté des Rohingyas. Donc tout cela reste compliqué. Le gouvernement est très agressif, c’est une réaction très dure. Je veux aussi ajouter que j’ai entendu que beaucoup de Rohingyas sont au Bangladesh car ils veulent rejoindre les pays arabes riches. Tout cela est à prendre en compte.