Si un seul d’entre vous refuse d’être un saint, l’Eglise ne pourra pas s’en remettre !

Homélie de Mgr Gobilliard à Vézelay, pour le pèlerinage des Routiers Scouts d’Europe

Pour être fils de la chrétienté, mes amis il suffit d’être fils de Dieu et de l’être pleinement. Aujourd’hui, dans la liturgie, le Seigneur nous fait le cadeau de nous livrer le secret de la sainteté : « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu ! » Dans une seule phrase de la sainte Ecriture est contenu tout ce qu’il faut faire pour être un saint.

Personne ne vous demande de reproduire l’exemple de ceux qui vous ont précédés. Le seul qu’il faut imiter, dans le fond, c’est Jésus qui se donne à nous par son Esprit Saint. Chaque saint est absolument unique. De même, chacun d’entre vous est un trésor unique et précieux pour l’Eglise.

Si un seul d’entre vous refuse d’être un saint, refuse d’accomplir sa vocation, l’Eglise ne pourra pas s’en remettre et je dis cela très sérieusement.

[…] Vous vous imaginez peut-être que ce que je vous propose ressemble à la perfection, que je vous demande d’être parfaits, et peut être, avez-vous en tête la phrase de Jésus : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », et au moment où vous prenez conscience de ce que signifie cette phrase, si vous êtes normaux, vous pensez que c’est déjà foutu, que vous avez déjà raté le coche, à cause de vos imperfections, de vos blessures, de vos péchés. Mais le Seigneur ne vous demande pas d’être parfaits au sens d’un modèle à atteindre, au sens d’une pureté à préserver, au sens d’une élite à laquelle il faudrait appartenir.

Il vous demande d’être parfaits au sens d’un participe passé.

Dieu vous a créés, il vous a faits. Mais vous avez tout défait par votre péché, par votre paresse et votre orgueil, par votre volonté de puissance et votre manque de charité. […] Sa grâce n’a pas peur de ce que vous avez défait, parce qu’elle est bien plus puissante que votre péché. En revanche, elle ne peut rien contre votre liberté, contre votre volonté. Dieu ne peut entrer de force dans votre vie. C’est à vous de l’accueillir, de l’inviter pour qu’il restaure en vous sa création, même si vous vous croyez indignes.

Tous vous avez probablement vécu l’expérience du pardon, de la confession. Et vous avez probablement recommencé à tout défaire en vous éloignant de Dieu, en croyant que vous pourriez par vos propres forces obtenir ce foulard de sang, cette perfection tant espérée, cette sainteté idéale qui vous ferait ressembler à saint Tarcicius ou à saint Dominique Savio ! Vous imaginiez peut-être des grandes épopées et des batailles glorieuses. Vous pensiez peut-être que, pour être saint il fallait être le meilleur, qu’il fallait scrupuleusement observer les prescriptions de la loi et ne pas dévier, ni à droite ni à gauche ?

[…] La sainteté n’est pas un concours, sinon, ce sont plutôt les derniers, les publicains et les prostituées qui seraient les grands gagnants, comme le Seigneur lui-même nous le dit. Pour pouvoir accéder à la gloire du Ciel, il faut accepter de se laisser faire, de se laisser refaire, de se laisser parfaire par l’Esprit de Dieu. Dieu ne se lasse jamais de vous faire grâce, et à la fin il parviendra, même si vous avez tout défait des centaines de fois, à vous parfaire. Alors vous serez parfaits par Dieu votre Père. L’adjectif qualificatif, un peu statique, est devenu un participe passé, pour que Dieu ait le dernier mot dans vos vies.