Le Conseil d’État ne fait qu’exacerber les tensions d’une société déjà fragile.

En droit, rien à redire : le Conseil d’État est habilité à demander à la mairie de Ploërmel de supprimer la croix qui accompagne la statue de Jean-Paul II sur une place publique. En droit, certes. Mais dans la réalité, on ne peut que déplorer une décision stupide, et surtout dangereusement contre-productive.
De fait, le juge du Conseil d’État a tout simplement appliqué mécaniquement la loi de 1905, et son fameux article 28, qui « interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions ». Si l’on s’en tient à une lecture littérale, le Conseil d’État a raison. La croix est bien un signe ou un emblème religieux. Et il s’agit d’une place de village, donc d’un lieu public.

Sauf qu’en l’espèce, appliquer à la lettre la loi de 1905 conduit à une situation dont on ne comprend pas comment l’absurdité a pu échapper aux sages du Palais Royal. La statue de Jean-Paul II, peut rester, rien de religieux là-dedans, assurent-ils (sic). L’arche qui la surplombe aussi, ce qui est faire peu de cas de l’Arche d’alliance, symbole religieux s’il en est. La croix, elle non. Bien qu’elle ne soit là que pour qualifier la statue du pape. Mais qu’aurait fait le Conseil d’État si la croix était au cou de la statue du pape ? Il aurait exigé qu’on lui coupe la tête ? ! ! !

[…] Cette conception si étriquée de la loi de 1905 est tout sauf une publicité pour la laïcité. Elle donne de l’eau au moulin de certains courants qui abritent leur revendication identitaire derrière une défense d’un christianisme patrimonial. […] Le Conseil d’État ne fait qu’exacerber les tensions d’une société déjà fragile.

Isabelle de Gaulmyn, La Croix