Un commentaire de l’évangile du jour

L’évangile d’aujourd’hui (Mt 23,27-32) nous donne à entendre la condamnation par Jésus des hypocrites qui ont au-dehors l’apparence de justes, mais sont à l’intérieur plein d’iniquité. Si plus tôt dans le même évangile nous entendons Jésus dire que l’on reconnait le faux prophète comme un arbre à ses fruits (Mt 7,15-16), encore faut-il ne pas se tromper sur les fruits en question. L’on peut réellement pratiquer la justice, de façon admirable, mais d’un coeur impur.

C’est ce qu’enseigne Basile le Grand dans son traité sur le baptême (vers 371-375 de notre ère) 1 :

Ainsi il est clair et incontestable que si on n’a pas l’amour, on aura beau accomplir les préceptes, satisfaire à la justice, garder les commandements du Seigneur, traduire en acte les grands charismes, cela sera compté comme oeuvres d’iniquité, non que dans leur principe charismes et devoirs de justice soient tels, mais parce que ceux qui les pratiquent, recherchent leurs volontés propres. L’Apôtre, en effet, tantôt parle de gens « qui regardent la piété comme une source de profits » (1Tm 6,5), tantôt déclare : « Certains annoncent le Christ dans un esprit de jalousie et de rivalité, tels autres par esprit d’intrigue, pour des motifs qui ne sont pas purs, croyant ajouter à l’accablement de mes chaines. » (Ph 1,15-17) Ailleurs il affirme : « nous ne sommes pas comme la plupart qui trafiquent la parole de Dieu. » (2Co 2,17) Et il exprime encore sa réprobation quand il déclare : « Jamais nous ne nous sommes adressés à vous avec des paroles de flatterie, comme vous le savez, ni avec une arrière-pensée de cupidité, Dieu m’en est témoin. Nous n’avons pas non plus cherché la gloire humaine, ni auprès de vous, ni auprès d’autres personnes. Et pourtant nous aurions pu, en notre qualité d’apôtres du Christ, faire sentir notre poids. » (1Th 2,5-7)

Ces paroles et d’autres semblables font voir clairement la justesse de la réponse du Seigneur : « Eloignez-vous de moi, ouvriers de l’iniquité » (Lc 13,27) Ils sont en effet ouvriers de l’iniquité puisqu’ils se servent des charismes de Dieu pour travailler à leurs volontés propres – c’est comme si, en médecine, les instruments et préparations conçus pour le traitement des maladies, pour le soin de la santé et de la guérison, étaient employés pour tuer – et puisqu’ils enfreignent ce précepte de l’Apôtre : « Que vous mangiez, que vous buviez, quoique vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. » (1Co 10,3)

Il est donc absolument nécessaire de prendre soin de l’homme intérieur, si l’on veut avoir l’esprit stable, unifié en quelque sorte dans cette perspective de la gloire de Dieu. Ainsi, observant le commandement du Seigneur qui a dit : « Rendez l’arbre bon et son fruit sera bon » (Mt 12,33), et qui a dit encore : « Pharisien aveugle, purifie d’abord l’intérieur de la coupe et alors l’extérieur sera pur tout entier » (Mt 23,26), nous pourrons, de l’abondance d’un coeur généreux (cf. Mt 12;34) porter des fruits soit en paroles soit en actions, pour la gloire de Dieu et de son Christ, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente (cf. Mt 13,8), en nous gardant, où que nous soyons, de contrister l’Esprit Saint (cf. Ep 4,30). Ainsi encore, nous pourrons échapper à cette condamnation du même Seigneur : « Malheur à vous parce que vous êtes semblables à des sépulcres blanchis. Au-dehors, ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce de pourriture ; vous de même, par votre extérieur, vous apparaissez aux hommes comme des justes, mais à l’intérieur, vous êtes plein d’hypocrisie et d’iniquité » (Mt 23,27-28).

Notes:

  1. Basile de Césarée, Sur le Baptême, SC 357, éd. Cerf, Paris, 1989, p. 181-182.