Le sens, c’est par où ?

Deux articles, ces fameux télescopages du net.

L’un, dans Le Monde, à propos d’un livre sur l’angoisse des jeunes diplômés, qui trouvent difficilement du sens dans leur activité professionnel. L’auteur n’hésite pas à parler d’une « crise spirituelle ».

Les personnes concernées souffrent avant tout de ne pas arriver à visualiser leur apport au fonctionnement de l’économie, elles se sentent déconnectées. Si je construis des indicateurs de qualité de la vie urbaine, que j’optimise le taux de clics sur des bannières de pub numériques ou que je fais de la gestion de projets événementiels en ressources humains, à quoi est-ce que je sers réellement ? Le monde peut-il se passer de mon travail ? A cette crise spirituelle s’ajoute la question de la dégradation du travail de bureau et du statut de cadre supérieur. Les métiers de cols blancs, ceux de l’économie de la connaissance, subissent le même processus de dégradation et de mécanisation que ceux qu’ont expérimenté les ouvriers de la logistique, les caissières de supermarché ou les employés de call center. Soumission aux indicateurs de performance, financiarisation, empilement de modes managériales et organisationnelles, numérisation accélérée, etc.

L’autre, plus tragique, plus cruel, dans le New York Times, à propos d’un avocat de haut vol aux Etats-Unis, mort de sa consommation de drogues. Et ce détail que son ex-femme a relevé : alors qu’il était pharmacien avant d’être avocat, qu’il connaissait l’effet de ces drogues sur son organisme, il a poursuivi, et son dernier appel fut pour son job.

Of all the heartbreaking details of his story, the one that continues to haunt me is this: The history on his cellphone shows the last call he ever made was for work. Peter, vomiting, unable to sit up, slipping in and out of consciousness, had managed, somehow, to dial into a conference call.

Sa femme raconte aussi sa recherche sur l’usage de drogues dans la profession d’avocat. C’est aux Etats-Unis mais je serais surpris que l’on ne trouve pas des phénomènes comparables dans quelques cabinets de la place de Paris. Et puis, ceci, sur le sens d’une vie. On comprend bien que celui qui a vécu pauvre ne veuille plus le rester mais…

When he graduated from law school, the starting salary of his first job in law was five times what he had earned as a chemist. But our lives were not suddenly easy. Although we had enough money, Peter’s work schedule gave him little time to enjoy the fruits of his labor. One Christmas Day early in his career, Peter’s boss phoned from a ski lift in Aspen, Colo., to make sure Peter was going to finish a brief by that evening. He did, skipping dinner. “I can’t do this forever,” Peter often told me. “I can’t keep going like this for the next 20 years.”

Gagner beaucoup d’argent, ne pas même avoir l’occasion de le dépenser, manquer à ses proches, se séparer de sa femme…