Au souffle de « l’esprit Macron » ?

La Vie publiait le 22 juin un billet d’Anne Soupa : « Et si l’Eglise s’essayait à la méthode Macron ? ». « L’Église, par exemple, tirerait-elle profit de ces aspirations essentielles : refus des clivages partisans, mise à l’écart de structures obsolètes afin de libérer les potentialités empêchées, préjugé du bien plutôt que du mal, désir de dialogue et refus de la polémique et enfin assomption du principe de compétence ? Le tout avec « en même temps » audace et prudence. », questionne ainsi l’auteure.

Il est vrai que la capacité qu’a eu le nouveau président, en particulier pour réaliser sa campagne, de libérer des énergies neuves, plus jeunes et plus audacieuses que ce que le monde politicien connaissait alors, lui a valu un franc succès. Cette « énergie », ce déploiement éclair, peut faire rêver pour qui pense au lent paquebot qu’est l’Eglise, d’apparence parfois un peu sclérosée en certaines de ses paroisses et diocèses, et surtout pour qui rêve pour elle de profondes et rapides réformes. D’un autre côté, le vœu pieux d’Anne Soupa traduit et trahit précisément un « esprit Macron » qui mérite aussi être questionné. « Le mot même de laïc devrait disparaître au profit de celui de baptisé, enfin tenu pour un acteur reconnu et investi d’une mission qui dure toute la vie. » dit-elle. Certes. Toutefois, le mot même de laïc traduit une vision du baptisé non comme un individu isolé, mais comme partie prenante d’un peuple – un peuple avec ses bergers, un peuple qui tend vers une unité transcendant sa diversité.

On est bien souvent frustré de ce que « le temps de l’Eglise » soit parfois si long, si lent. Il faut bien le reconnaître. Des forces sont à l’oeuvre dans l’Eglise pour que surtout rien ne change, et cela est déplorable ! Pour autant l’Eglise n’est pas une somme de baptisés, mais un « peuple » de baptisés. Et cette notion de peuple va bien au-delà de la notion d’agrégat. Faut-il libérer les énergies individuelles dans l’Eglise, et en même temps prendre acte de ce que les baptisés d’aujourd’hui aussi cultivent l’individualisme contemporain ? Rien n’est moins certain, finalement, et l’on voit bien que la suggestion à peine déguisée dans le texte d’Anne Soupa de traduire le sensus fidelium par une forme d’institution démocratique ou pétitionnaire au sein de l’Eglise risquerait peut-être bien de laisser sur le carreau la notion de « peuple de Dieu ». Ce peuple est en soi une entité vivante – lente, vieillie par certains aspects, avec ses scléroses et ses casseroles, mais vivante néanmoins, parce qu’unie dans l’Esprit.

Les « charismes » que nomme justement Anne Soupa, ne sont pas que ces « compétences », qu’elle évoque d’abord. Avant que d’être acteur dans l’Eglise, on est d’abord « appelé ». Et s’il y a une énergie qui demande à être libérée, c’est justement celle de l’Esprit et des vocations qu’il suscite. Alors il y a sans aucun doute bien des choses à changer dans l’Eglise, en particulier concernant le rôle que l’on réserve aux femmes, dans l’organisation des ministères… Mais il n’est pas certain qu’il faille pour autant céder à une confusion entre « l’esprit Macron » et l’Esprit Saint. Et si comme le rappelle Anne Soupa, E. Macron a été nourri à la spiritualité ignacienne, on peut croire et espérer encore que – dans le renouvellement aussi – l’Eglise abreuvée de l’Esprit puisse encore être source et génie du changement attendu, sans s’agenouiller devant de nouveaux prophètes du management des individus.