Il n’y a rien de plus complexe que le pardon

Entretien avec Ingrid Bétancourt :

« Il n’y a rien de plus complexe que le pardon. Pardonner, c’est d’abord en prendre la décision, donc intellectualiser. Le pardon, c’est comme une réflexion intime, un choix spirituel pour ne pas être prisonnier d’une souffrance. Pour pardonner aux autres, il faut d’abord se pardonner à soi-même. Il faut se délester de beaucoup de douleur, décharger son âme. Je peux dire de façon légère que je pardonne aux Farc pour ce qu’ils m’ont fait subir. Notamment parce que j’ai envie que les Colombiens les accueillent bien alors qu’ils reviennent à la vie civile et forment un parti politique. Si l’on considère les émotions charriées par les souvenirs, le pardon est plus difficile à accorder. En particulier si je pense à des moments concrets et encore douloureux de ma captivité. Je me demande alors ce que ferais si je croisais dans la rue une de ces personnes responsables de cette douleur… Je veux avoir la force de les accueillir si un jour cela m’arrive réellement. Je veux pouvoir leur accorder le bénéfice de la transformation. Eux aussi ont le droit de devenir des gens bien. Je me dis que plus on sera généreux et ouverts vis-à-vis d’eux, plus on leur permettra d’abandonner ce passé sanglant et de trouver en eux l’harmonie. Eux aussi ont besoin de se pardonner les souffrances qu’ils ont infligées. Plus on leur permettra de se retrouver, de panser leurs plaies, plus ils pourront s’impliquer dans la construction d’un pays nouveau. Chaque être humain a cette liberté, ce pouvoir de se transcender et de choisir d’être habité par des forces de vie plutôt que de mort. On a toujours le choix entre la haine et l’amour ».

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