La messe est dite ?

Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef du journal La Croix, était l’invitée de l’émission politique « C’est dans l’air » ce lundi 17 avril. Lundi de Pâques oblige, l’émission était consacrée à la place des religions dans la campagne présidentielle. Si elle permet quelques clarification sur la nature de Sens Commun à destination d’un public extérieur au monde catholique et si elle dresse un vaste panorama des interactions passées, présentes et futures entre religions et programmes, elle pêche par manque de précision dans l’analyse et la définition des notions. Comme trop souvent, la notion de « vote catholique » demeure un attrape-tout englobant à la fois la question de l’interaction entre pratique et vote, celle de l’interaction entre foi et convictions politiques et celle du rapport entretenu par un groupe social avec les camps politiques (avec son poids d’héritage historique). La récente « révolution conservatrice » qui a traversé le monde catholique et qui s’est traduite par le soutient du candidat Fillon par Sens Commun ne rend sans doute pas service à l’analyse en ce qu’elle enferme les catholiques dans un traditionnel triptyque foi/tradition/vote à droite et une superposition de la foi et des « valeurs » avec un groupe social et un courant politique. Les choses sont-elles aussi simples ? La religion a cela de complexe qu’elle est en même temps culture et foi, temporel et spirituel. Il est primordial d’isoler cette composante « culturelle » lorsque l’on analyse les débats de type « identitaires » pour cerner si le ressort est le catholicisme en tant que tel ou les rapports qu’entretient la société avec cette religion (il en va de même pour l’islam).

De plus, en dépit du phénomène de vote pro-Fillon, pleinement avéré, le catholicisme français est aujourd’hui traversé par des lignes de fractures anciennes et nouvelles structurant des profils de catholiques engagés à gauche, de catholiques attachant, à la suite du Pape François, une importance aux questions économiques et écologiques… Quelles sont aujourd’hui les grandes chapelles catholiques ? Entre quels types de candidats les catholiques sont-ils tiraillés ? Fillon et Mélenchon ? N’est-ce pas leur originalité ? La question aurait aussi mérité d’être posée.