Claudel, Le Chemin de la Croix

Première Station

C’est fini. Nous avons jugé Dieu et nous l’avons condamné à mort.

Nous ne voulons plus de Jésus-Christ avec nous, car il nous gêne.
Nous n’avons plus d’autre roi que César ! D’autre loi que le sang et l’or.
Crucifiez-le, si vous le voulez, mais débarrassez-nous de lui ! qu’on l’emmène !
Tolle ! tolle ! Tant pis ! Puisqu’il le faut, qu’on l’immole et qu’on nous donne Barabbas !

Pilate siège au lieu qui est appelé Gabbatha.
«N’as-tu rien à dire ? » dit Pilate.  Et Jésus ne répond pas.
«Je ne trouve aucun mal en cet homme », dit Pilate, «mais bah !
Qu’il meure, puisque vous y tenez ! Je vous le donne. Ecce homo ».
Le voici, la couronne en tête et la pourpre sur le dos.

Une dernière fois vers nous ces yeux pleins de larmes et de sang !
Qu’y pouvons-nous ? pas moyen de le garder avec nous plus longtemps.
Comme il était un scandale pour les Juifs, il est parmi nous un non-sens.
La sentence d’ailleurs est rendue, rien n’y manque, en langages hébraïque, grec et latin.
Et l’on voit la foule qui crie et le juge qui se lave les mains.

 

Paul Claudel, Chemin de la Croix