Voter en chrétien : oui mais comment ?

Un long article publié dans la Vie par Marie-Lucile Kubacki fait état des réflexions actuelles des chrétiens sur leurs critères de vote, à l’approche de la présidentielle.

Bien entendu, si plusieurs points d’attention restent partagés par les chrétiens (respect de la vie, attention au plus faible, au bien commun, à la dignité humaine et à la paix), on constate que les désaccord apparaissent dès lors qu’il s’agit de hiérarchiser ces points, notamment pour évoquer des « points non négociables ». Les constats posés par cet article nous rappellent que les chrétiens appartiennent aussi, chacun, à une sociologie, à une histoire familiale.

La communauté d’Eglise se superpose avec d’autres niveaux de communauté, en particulier dans une France toujours plus fragmentée (même s’il est vrai que les chrétiens ont eu tendance à se reserrer sur un noyau sociologique plus bourgeois). Les chrétiens sont globalement marqués, comme toute la société française, par un brouillage des repères, étant susceptibles de regarder au-delà de leur famille politique traditrionnelle au moment du vote. La particularité de cette élection réside donc plutôt ici : dans l’appel à un fastidieux travail de discernement appelant chacun à articuler les points d’attention en matière de vote, à leur donner sens à partir de sa réflexion personnelle. A donner vie concrète au « tout est lié » du Pape François.

Il est alors plus intéressant de se demander d’où viennent, en termes de réflexion philosophique l’attribution des priorités de vote (et de non vote).  Elles résultent en particulier de modalités d’analyse différentes de la crise de la modernité. D’un côté il est possible d’isoler une partie des chrétiens qui fait reposer cette crise sur des fondements anthropologiques et bioéthiques, donnant une place centrale à ces thèmes. Pour d’autres, les structures économiques et sociales sont parties prenantes de la crise généralisée: la société de consommation et le capitalisme sauvage induisent structurellement une culture du déchet. Reste à penser quel projet pourrait répondre au message de l’Evangile, au-delà même des propositions et des candidatures mises en avant par cette Présidentielle.