Pédophilie et récidive : retour par Alain Christnacht

Alain Christnacht, président de la commission d’expertise sur la pédophilie créée par l’Eglise catholique l’an dernier, livre une interview éclairante au Figaro. Il souligne les nouveaux enjeux, évoquant une troisième période : à une période de mutisme a succédé une période durant laquelle il a été demandé aux évêques de dénoncer les prêtres concernés, ce qu’ils ont fait. Une nouvelle période s’est ouverte : celle de la gestion des prêtres ayant été condamnés et ayant effectué leur peine. La commission évalue les risques de récidive, qu’il semble que plusieurs évêques prennent insuffisamment en compte : « beaucoup d’évêques n’ont pas pris conscience que le fait de la sanction pénale – ou l’absence de sanction pénale – ne réglait rien du problème de fond ».

Comme il l’indique aussi, « le problème concerne surtout le passé » et « c’est fini la période où l’on cachait et où l’on transférait ». Il pointe aussi une autre difficulté pratique : le manque d’information des évêques sur la réalité des faits reprochés aux prêtres concernés :

Nous constatons souvent que les évêques ne sont pas très bien informés. Beaucoup n’ont pas le jugement en mains alors que le prévenu et la victime en disposent! En régime de séparation de l’Église et de l’État, la personnalité juridique de l’évêque, en tant que telle, n’existe pas. Il n’est donc pas destinataire du jugement. Il est arrivé qu’un évêque nous dise de bonne foi qu’il y a eu «un seul cas» pour tel prêtre pédophile. Mais nous constations, en lisant le jugement, qu’il y en avait eu une demi-douzaine. Nous disposons du jugement complet et utilisons ce matériel avec prudence, mais nous sommes beaucoup mieux informés que les évêques sur ce qui s’est réellement passé. L’analyse de l’ensemble du dossier est décisive, car le fait de minimiser les faits est extrêmement fréquent chez les pédophiles, même après condamnation.

Jean-Marie Guénois note pudiquement que « la nomination d’Alain Christnacht, appelé par Mgr Olivier Ribadeau Dumas, secrétaire général de l’épiscopat, avait créé une polémique aujourd’hui éteinte ». On se souvient en effet de ces sites qui ont mené la cabale, au lieu de voir que la personnalité d’Alain Christnacht était précisément de nature à donner la crédibilité nécessaire au travail de la commission. Nul doute qu’ils tiendront compte de cet épisode – après d’autres – dans leur discernement à venir.

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