Le premier grand débat : antidote ou poison de la campagne ?

Il y a deux manières de considérer le grand debat de ce soir, entre les cinq principaux candidats à la présidentielle, comme il y a deux manières de considérer les primaires : salut ou aveux de faiblesse démocratique ? On a pu souligner la forte participation aux primaires comme on insistera demain sur le fort niveau d’audience du débat. On évoquera alors le fait que « oui, les Français s’intéressent vraiment à la politique », que l’on aura assisté à un « beau moment de démocratie » et que ce débat aura pu offrir « une séquence d’explication avec les Français, les yeux dans le yeux ». Bref, on saura se rassurer sur la stabilité retrouvée de notre système démocratique, à quelques semaines du premier tour. Vraiment ?

En réalité, les Primaires comme le débat de ce soir constituent à la fois le symptôme et le moteur de la crise politique actuelle. D’abord parce que la programmation – inédite – de trois débats avant le premier tour (amplifiant les six débats déjà organisés au moment des primaires) surfe sur un climat délétère : la sur-focalisation sur l’élection présidentielle, régulièrement qualifiée d’ « hystérisation » de la vie politique française, le déboussolement et l’incertitude des électeurs au terme de deux quinquennats décevants, et enfin une campagne présidentielle impossible, grevée par les affaires et les rebondissements permanents. Le débat de ce soir serait-il l’occasion tant attendue de parler enfin du fond et des programmes, de confronter des candidats qui n’ont jusqu’alors ferraillé qu’à distance ? Serait-il le défibrillateur enfin capable de faire battre à nouveau le coeur d’une campagne plongée dans le coma, le coeur de la politique française ?

Rien de moins sûr. Le débat de ce soir est le signe d’un univers politique toujours plus mouvant, toujours plus perfusé au support médiatique et aux aléas de l’opinion, mettant de côté les partis et les structures militantes pour privilégier un face à face permanent, en tension, avec l’opinion. Palliatif à succès d’une campagne impossible, l’univers médiatique ne fait ainsi qu’amplifier la faillite des structures traditionnelles pour lui préférer une refondation permanente des discours. L’importance du débat est à resituer dans une mutation de l’univers politique, bien plus que dans le secours apporté à des structures dépassées. Ceux qui ont le plus à gagner ne sont donc pas nécessairement, comme le pense François Hollande, « les plus démagogiques et les plus populistes » mais ceux qui sauront capter l’attention, jouer avec les médias (quitte à être la cible de tous les autres candidats) et imposer une forme de constance et de nouveauté dans leur projet, au gré du raz-de-marée médiatique. Le christique Macron sortira-t-il vainqueur de ce chemin de croix ? S’il parvient à faire acte de clarté et de synthèse pour faire passer ses idées.

Source photo : le Parisien